INTERVIEW. Le ministre du Logement et de la Ville Julien Denormandie a missionné Bernard Michel et Robin Rivaton sur le sujet de la transformation numérique de la construction et de l'immobilier. Respectivement président et directeur général de l'association Real Estech, ils devront rendre 4 rapports thématiques et transcrire les doléances des 250 membres de leur organisation, acteurs de l'innovation pour le logement.

Batiactu: Quel est l'objet de la mission qui vous a été attribuée à Bernard Michel et vous par le ministre du Logement ?

Robin Rivaton: La mission porte sur l'accélération de la transformation des secteurs du bâtiment et du logement sous la dimension de l'innovation numérique mais pas seulement. Nous avons plusieurs sujets importants notamment celui de l'industrialisation de la construction. L'objet de ce travail n'est pas de refaire ce qui a déjà été fait, mais de faire remonter les témoignages des 250 adhérents de l'association Real Estech*. Nous souhaitons par la suite participer aux discussions sur le permis de faire, les propositions en cours sur la refonte du code de la construction en transmettant les demandes, les points saillants de ces jeunes entreprises qui ont parfois des difficultés à intégrer les marchés du fait d'une réglementation compliquée et de gros acteurs déjà en place.

 

Quelles sont justement les demandes qui remontent régulièrement ?

Nous ne voudrions pas vous révéler ce qui fera l'objet de nos futurs rapports. L'idée est surtout de réfléchir à la manière de faire en sorte que le secteur immobilier français ne prenne pas de retard sur ses concurrents à l'échelle internationale, car beaucoup de choses se font déjà. Il faut prendre de l'avance, évoluer positivement et nous essayons d'établir des recommandations en ce sens en capitalisant sur les propos qui remontent de nos adhérents.

 

Certaines préconisations des rapports pourraient-elles intégrer des décrets de la loi Elan ?

 

Nous espérons positionner notre travail dans ce contexte de production réglementaire à la suite de l'adoption de la loi Elan, afin de proposer une évolution du cadre réglementaire, qui vaut également pour la loi Essoc en matière de construction.

La Real Estech peut-elle participer au choc de l'offre promis par le Gouvernement ?

Elle peut participer au choc de l'offre et contribuer à produire plus de bâtiments, de meilleure qualité et moins chers à certains égards. Mais il ne faut pas se leurrer, la technologie vient suppléer, elle peut aider la réglementation, mais les principaux leviers sont encore entre les mains des pouvoirs publics.

Selon vous, les pouvoirs publics ont-ils montré leur intérêt pour les innovations que permet la Real Estech ?

Depuis 3 ans que nous suivons ce secteur, nous constatons que quelque chose s'est réellement créé et que la Real Estech a désormais une réelle légitimité chez les investisseurs et les industriels qui se voient dans les levées de fonds. L'intérêt des pouvoirs publics prend de plus en plus d'importance, alors que le secteur n'était pas considéré comme partie prenante de l'activité économique ou industrielle. Ils prennent désormais conscience qu'il s'agit d'un secteur à part entière de la vie économique, et qu'il faut savoir innover pour ne pas être distancé par des concurrents d'autres pays qui pourraient s'installer rapidement chez nous.

 

En 2018, moins de start-up, plus de fonds levés

 

L'association Real Estech qui fédère les start-up de la construction et de l'immobilier et se fait notamment le porte-voix des acteurs de l'innovation auprès des pouvoirs publics. Dans son deuxième baromètre annuel, Real Estech note en 2018 une année de transition. Après un engouement pour les jeunes pousses de la construction et de l'immobilier, l'heure serait donc "à la maturation des projets". Cela se traduit par la création d'une quarantaine de start-up (contre une centaine en 2017) qui rejoignent le groupe des 420 start-up exerçant davantage de l'immobilier que dans la construction. Les fonds levés en 2018 sont néanmoins bien plus importants qu'en 2017, passant de 177 millions d'euros à 204 millions.

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