INTERVIEW. Face aux défis climatiques et à la croissance urbaine, Lyon mise sur l'innovation. Raphaël Michaud, adjoint en charge de l'urbanisme, détaille sa vision d'une ville durable, attractive et centrée sur la qualité de vie de ses habitants.
Batiactu : Vous évoquez souvent le principe d'une ville agréable et désirable. D'ailleurs, votre titre exact est adjoint à la mairie de Lyon en charge de la ville abordable, bas carbone et désirable. Concrètement, qu'est-ce que cela veut dire
Raphaël Michaud : Pour moi, c'est se demander
: "Est-ce que je me sens apaisé ? ", "Est-ce que mes sens sont titillés par une odeur plaisante ? Qu'il s'agisse du feuillage ou des fleurs à proximité".
C'est aussi la capacité, quand j'ouvre les yeux, de voir un arbre à moins de 300 mètres.
Dans un contexte de dérèglement climatique, le confort thermique est également essentiel : pouvoir se mettre à l'abri lors des grands froids comme des canicules.
Enfin, il y a l'aspect santé et bien-être. Il s'agit de pouvoir respirer sans inhaler des particules fines, des PFAS ou d'autres polluants susceptibles de nuire à la santé.
Batiactu : Comment cela se traduit-il concrètement dans vos actions ? Vous avez prévu de planter près de 11.800 arbres d'ici à 2026 et donc d'enlever du bitume.
Raphaël Michaud : Effectivement, il faut redonner de la terre à la ville, retrouver de la pleine terre. Nous avons mené un travail important avec les promoteurs et les bailleurs sociaux pour retirer le bitume et les dalles lorsqu'ils n'étaient pas nécessaires. Lyon doit rester une ville accueillante, mais son développement doit s'accompagner d'une nature en ville massive.
Dans chaque opération, nous avons mis en place un indicateur qui suit la densité végétale. Cela nous a permis de construire des immeubles moins épais et traversants, offrant davantage de lumière et une meilleure qualité de vie.
Nous continuons à « débitumiser » les cours et à développer des initiatives pédagogiques
Batiactu : Sur 2020-2025, 25 rues aux enfants doivent être aménagées et 25 cours nature (écoles et crèches) créées pour renforcer le lien des enfants avec la végétation. Où en êtes-vous ?
Chaque école définit son propre aménagement, qui peut être plus ou moins sauvage ou orienté vers un potager. Ces dispositifs intègrent également des réflexions sur les îlots de chaleur.
L'objectif est de permettre aux enfants d'avoir un contact quotidien avec des espaces verts, ce qui favorise leur santé mentale et leur bien-être.
Batiactu : L'ancien maire de Lyon, Gérard Collomb, s'était positionné comme un maire bâtisseur et avait fait appel à de grands noms de l'architecture. Il voulait même une skyline. Vous avez opéré un virage à 180 degrés en axant votre politique sur le bas carbone et le verdissement urbain. Quelle marque souhaitez-vous laisser de ces dernières années ?
Raphaël Michaud : Lyon bénéficie déjà d'une reconnaissance internationale pour son architecture. L'UNESCO a salué la capacité de la ville à superposer différentes époques - Renaissance, romaine, contemporaine. Nous souhaitons prolonger cette tradition et faire de Lyon une ville pionnière pour l'architecture de demain.
Nous collaborons avec la Commission européenne dans le cadre du projet des 100 villes climatiquement neutres d'ici 2030, afin de tirer parti des solutions innovantes développées ailleurs en Europe. Les Ateliers de la Danse, construits en terre crue, constituent par exemple une réalisation majeure : c'est le plus grand bâtiment en terre crue construit en France depuis plusieurs siècles.
Ces nouvelles solutions permettent de construire autrement et de redonner du sens aux métiers du BTP
Batiactu : Vous parlez beaucoup d'intégrer la nature en ville pour renforcer la biodiversité et faire de Lyon une ville plus harmonieuse. Dans la construction, vous adoptez aussi des matériaux respectueux de l'environnement comme le bois, la terre ou la paille. Les objectifs de construction de logements sont-ils compatibles avec la réduction du béton ?
Raphaël Michaud : Oui, ces nouvelles solutions permettent de construire autrement et de redonner du sens aux métiers du BTP, ce qui facilite également le recrutement. Au début, il y avait beaucoup d'inquiétudes : concepteurs, bureaux d'études, entreprises de construction se demandaient comment appliquer cette démarche. Mais nous avons rapidement réactivé des expertises locales.
Batiactu : Ces savoir-faire anciens sont parfois difficiles à trouver dans les entreprises. Avez-vous rencontré des difficultés sur le terrain ?
Raphaël Michaud : Les acteurs locaux ont été les premiers à répondre aux appels d'offres. Les grandes entreprises forment également leurs équipes et mettent en avant ces opérations sur les réseaux sociaux. La commande publique joue un rôle clé : elle peut orienter les acteurs privés, et ceux-ci répondent positivement à ces exigences. Cela nous permet d'allier éthique sociale et environnementale dans nos projets.
Aujourd'hui, il existe des programmes remarquables dans toute la ville
Batiactu : La végétalisation et la réutilisation des espaces est importante pour vous pour améliorer la qualité de vie à Lyon. Dans ce contexte, comment appréhendez-vous des quartiers comme celui de la Part-Dieu, en plein renouveau ? Ici, les logements construits y seront à 46 % accessibles. Ce quartier illustre le modèle "construire la ville sur la ville", c'est-à-dire rénover et transformer plutôt que détruire. Comment convaincre les acteurs immobiliers d'adopter cette approche ?
Aujourd'hui, il existe des programmes remarquables dans toute la ville, notamment dans le 8ème et le 7ème arrondissement, capables de s'adapter au climat et aux nouvelles conditions de vie. Ce modèle prouve que l'on peut rester attractif et fonctionnel tout en intégrant du logement, du logement social et des espaces verts. J'ai le sentiment que nous avons réparé la ville.
Batiactu : Certains habitants pourraient craindre des expérimentations urbaines. Comment sécurisez-vous votre démarche ?
Raphaël Michaud :Je n'aime pas l'idée de faire des Lyonnais des cobayes. Nous préfigurons plutôt la massification des solutions. Avec les opérateurs, nous changeons les méthodes sans prendre de risques inconsidérés, en sécurisant ces actions tout en testant de nouvelles approches.
Retrouvez quotidiennement des articles territoires, ainsi que chaque mois, une newsletter Batiactu Territoires avec des décryptages, des interviews et des projets.