MARCHÉ. Après avoir enregistré en 2018 une hausse de 5% pour atteindre environ les 900 millions d'euros, le marché des constructions modulaires devrait augmenter de 4% chaque année d'ici 2022, d'après le groupe Xerfi-Precepta. Les récentes évolutions législatives et l'arrivée de nouveaux acteurs tendent à consolider ce segment.

Le marché de la construction modulaire profite d'une bonne dynamique. C'est ce qu'affirme le groupe Xerfi-Precepta, spécialisé dans les études économiques par secteurs d'activité, en affirmant qu'il enregistrera une augmentation de 4% par an d'ici 2022, après avoir déjà progressé de 5% en 2018, atteignant environ les 900 millions d'euros. Dans une étude intitulée "Le marché des constructions modulaires à l'horizon 2022 - Loi Elan, nouveaux entrants, mutations de l'offre : quels leviers et perspectives de croissance ?", les analystes livrent leurs perspectives sur ce segment d'activité, visiblement en forme puisque les entreprises de constructions modulaires affichent des carnets de commandes bien remplis.

 

Il faut dire que le concept présente des atouts intéressants : rapidité des délais, flexibilité des prix... et assouplissements législatifs. En effet, la promulgation de la loi Elan a permis de faire rentrer les constructions préfabriquées dans le cadre du Contrat de construction de maison individuelle. "Dit autrement, cette loi a créé un échéancier de paiement ajusté aux contraintes du modulaire, qui se caractérise par des délais de montage et de livraison très courts, avec à la clé un financement facilité et un besoin en fonds de roulement allégé", précise l'auteur de l'étude, Aurélien Vernet. Ainsi, les constructions modulaires engrangent des parts de marché dans l'industrie, le tertiaire ou la logistique. Mais ce dynamisme ne permet pas de neutraliser les difficultés auxquelles les professionnels sont confrontés sur le terrain : l'approche des élections municipales de 2020 tend à geler les décisions relatives aux projets d'aménagements urbains, et la France accuse un certain retard sur le segment du modulaire.

 

Une filière tricolore composée en écrasante majorité de PME familiales régionales

 

Ce retard s'explique notamment par les problèmes de structuration de la filière tricolore : cette dernière se compose en écrasante majorité de PME familiales implantées localement, et ne compte que deux "gros" acteurs spécialisés, à savoir GSCM et Cougnaud. Les autres mastodontes du secteur - Algeco, Losberger De Boer et Sheperd - sont sous capitaux étrangers. Malgré cela, le marché pourrait bien bouger avec l'arrivée d'Eiffage Construction, qui a racheté la société B3 EcoDesign, spécialisée dans la construction modulaire à partir de containers maritimes.

 

Et la liste ne s'arrête pas là d'après le chargé d'études de Xerfi-Precepta : "Les proptech [jeunes pousses spécialisées dans la numérisation des activités immobilières, ndlr] s'immiscent également dans le jeu concurrentiel. C'est notamment le cas de Boximby et son concept de produits prêts-à-poser (chambre supplémentaire, bureau...). En somme, la concurrence va s'intensifier. Outre-Atlantique, la plateforme américaine Airbnb déploie ainsi ses prototypes de modules Backyard pour inventer le créneau du logement 'partagé'." En effet, les Gafam (Google-Amazon-Facebook-Apple-Microsoft) ont d'ores-et-déjà commencé à s'intéresser au monde de la construction en cherchant à couvrir numériquement toutes les étapes, de la conception à l'exploitation en passant par la réalisation. Une prise de position qui inquiète évidemment les acteurs traditionnels du bâtiment, au vu de la main-mise de ces géants de l'Internet sur les données de masse.

 

Automatisation des process, diversification de l'offre et expansion du maillage territorial

 

Dans un tel contexte de concurrence, comment les professionnels de la construction modulaire peuvent-ils s'organiser ? Pour Aurélien Vernet, ils auraient a minima trois possibilités : "Tout d'abord, ils cherchent à réduire leurs coûts de production pour gagner en compétitivité. [...] A cet effet, les acteurs augmentent leurs capacités de production, digitalisent et automatisent leurs process, et renforcent la préfabrication en usine. Ensuite, ils travaillent sur la valeur perçue de l'offre pour séduire de nouveaux clients et accroître leurs revenus. [...] Enfin, ils partent à la conquête de nouveaux marchés."

 

Pour ce faire, l'accent est mis sur la communication : les atouts esthétique et énergétique de la construction modulaire sont mis en avant, pendant que les constructeurs tentent de diversifier leur offre. Des modules connectés, et parfois même des services de gardiennage et de maintenance sont ainsi proposés, pour renforcer le caractère innovant du secteur. En parallèle, de nouvelles agences commerciales sont ouvertes et des acquisitions ont lieu, l'objectif étant de densifier le maillage territorial des entreprises spécialisées. Ces dernières se positionnent par ailleurs sur de nouveaux segments d'activité, à l'instar des maisons en kit à monter soi-même. Les constructeurs modulaires semblent donc prêts à se plier en quatre pour développer leur activité.

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