RECONVERSION. L'architecte Jean-Paul Philippon était l'invité de Batimat pour parler des enjeux de réhabilitation et de patrimoine. Le spécialiste a insisté sur la nécessité de conserver les bâtiments existants.

La réhabilitation fait l'objet de grands questionnements au sein du BTP. Jean-Paul Philippon, secrétaire général de l'Académie d'architecture et architecte du patrimoine français, était invité à discuter de cette thématique au salon Batimat, ce 3 octobre 2022 à la porte de Versailles de Paris. Le professionnel est à l'origine des transformations du musée d'Orsay et de la piscine de Roubaix. "Les transformations offrent quelque chose d'inhabituel et nous avons montré que ces réhabilitations étaient possibles", a-t-il déclaré, devant une foule compacte.

 

Une conception déjà appliquée depuis des siècles

 

"Pourquoi faudrait-il détruire le patrimoine existant ?", a-t-il questionné, rappelant que, déjà à la Renaissance, l'architecte Leon Battista Alberti disait qu'il ne fallait pas le faire. "L'impératif de modernité dans l'architecture a été un mot d'ordre dévastateur", a-t-il ajouté. Selon lui, réutiliser l'existant ne coûte pas plus cher que de construire du neuf. "Certes, les études de réhabilitation sont plus longues et plus complexes mais il faut considérer le bilan global d'un projet. L'existant a une valeur difficile à reproduire, et conserver ce que l'on a est un enrichissement sur le long terme."

 

La réhabilitation et la transformation d'un bâtiment apparaissent comme une évidence pour l'architecte, qui considère que, "comme une ville, un bâtiment n'est jamais terminé car il doit répondre à de nouveaux usages". Mais pour cela, la transformation se doit d'être à la hauteur du bâtiment dont l'architecte hérite, juge Jean-Paul Philippon. Cette injonction était déjà d'actualité chez les bâtisseurs entre le XIIe et le XVIIe siècle, a-t-il avancé. "Ils se posaient la question de la valeur qu'ils ajoutaient à un bâtiment existant; une question qui a été omise au XXème siècle."

 

"Solidité, commodité et beauté"

 

Le secrétaire général de l'Académie d'architecture regrette que certains oublient le contexte dans lequel un édifice a émergé, le terrain sur lequel il est situé et la complexité du paysage alentour. Il a appelé à "apprécier un lieu pour pouvoir mesurer toutes ses potentialités". Se pose également la question des normes, parfois estimées "trop sévères" par le concepteur de la réhabilitation de l'École nationale supérieure d'architecture de Paris-Belleville. Il propose de comprendre les principes de ces normes et "de ruser". Prenant l'exemple du musée d'Orsay, à Paris, il a raconté comment il existait un problème d'acoustique dans la nef de cette ancienne gare. "Le cahier des charges nous imposait certaines normes acoustiques. Nous avons discuté avec le client, en lui demandant ce qui était le plus important dans ce hall. Il nous a répondu que l'essentiel était que la voix humaine soit intelligible, afin que les guides soient entendus par un groupe de visiteurs." L'architecte a installé un système acoustique dans les voûtes de la nef, qui absorbe et atténue la réverbération de certaines fréquences sonores. "La solidité, la commodité et la beauté doivent être les maîtres-mots de chaque projet de réhabilitation", a-t-il conclu.

 

 

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