La liaison électrique sous les Pyrénées, qui sera inaugurée en fin de semaine, est l'ouvrage de tous les records : 65 km de lignes à très haute tension enterrées, capacité de 2 GW et coût de 700 millions d'euros. Le but ? Doubler la capacité d'échange d'énergie entre la France et l'Espagne.

Après plus de trois ans de travail, la nouvelle ligne électrique à très haute tension entre la France et l'Espagne, est sur le point d'être inaugurée. Soulignant l'importance de ce projet, Manuel Valls et Mariano Rajoy, les deux Premiers ministres, seront présents ce vendredi 20 février à Montesquieu-des-Albères, entre Perpignan et Barcelone.

 

Didier Zone, directeur du Centre national d'expertise réseau chez RTE, déclare : "On va mettre en service une liaison qui représente un triple record technologique : un record de puissance, un record de distance et un record de tension". Concrètement, la double ligne électrique à courant continu haute tension (CCHT) de 320 kilovolts franchit 64,5 km entre Baixas (Pyrénées-Orientales) et Santa Llogaia (Catalogne), grâce à une galerie technique de 8,5 km creusée sous le massif pyrénéen et à une cinquantaine de kilomètres de tranchées couvertes, de part et d'autre de la frontière. "C'est la première fois que l'on fait du transport d'électricité sur une aussi grande distance pour une aussi grande puissance en souterrain", fait valoir le spécialiste. Les travaux de génie civil ont été confiés à un consortium formé par Eiffage, Dragados (groupe ACS), Arcadis, Sener et Setec, des entreprises ayant déjà participé au creusement de la voie ferrée à grande vitesse menant à Barcelone.

Améliorer les échanges frontaliers

Cette cinquième liaison entre la France et l'Espagne va permettre de doubler les capacités d'interconnexions entre les deux réseaux électriques, RTE et REE. D'une capacité de 2.000 MW elle permettra de porter les échanges transfrontaliers de 1.400 à 2.800 MW. "Ainsi les possibilités (…) seront améliorées au profit de l'intégration des énergies renouvelables dans les réseau européen", précise RTE. Car l'interconnexion existante était saturée 67 % du temps (45 % du temps dans le sens France vers Espagne et 22 % du temps dans le sens inverse), il était important de porter les capacités à un niveau supérieur. "Vis-à-vis de l'Espagne, la France est majoritairement exportatrice et importe uniquement lorsque la production renouvelable espagnole est élevée, les prix devenant alors inférieurs aux prix français", détaille le gestionnaire du réseau dans son bilan 2014. Le solde exportateur de la France a d'ailleurs doublé en 2014, atteignant les 3,6 TWh (6,5 TWh exportés et 2,9 TWh importés). "Le prix espagnol est très volatil en raison de la part importante des énergies renouvelables dans leur mix énergétique, qui dépasse les 50 % certains mois", poursuit RTE.

Un projet soutenu par l'UE

La liaison sous les Pyrénées orientales doit donc sécuriser les approvisionnements électriques en jouant sur les profils de production différents entre la France, dont le parc nucléaire est important, et l'Espagne, qui dispose d'une large part de photovoltaïque. Le projet, lancé en 2008, a été confié à Inelfe, une filiale commune aux deux gestionnaires de réseaux nationaux. Son importance stratégique pour la stabilité du réseau européen a été reconnue puisque, sur les 700 M€ investis, 225 M€ ont été apportés par l'Union européenne (dans le cadre du projet European Energy Program for Recovery), et 350 M€ ont été prêtés par la Banque Européenne d'Investissement. Mais déjà l'Espagne voit plus loin, et entend exporter toujours plus d'électricité renouvelable vers le reste du continent. Elle pousse à la création d'une nouvelle liaison afin de porter les capacités d'échanges à 4 GW d'ici à 2020. La piste d'une ligne sous-marine dans le golfe de Gascogne est envisagée, les lignes aériennes étant désormais proscrites.

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