JUSTICE. L'affaire de la destruction d'une partie des jardins ouvriers d'Aubervilliers, en région parisienne, continue. Après leur expulsion du site, les opposants à la construction d'un projet pour les Jeux olympiques ont saisi la Cour administrative de Paris.

Pour les opposants à la construction de la piscine d'Aubervilliers, c'en est trop. Devant la Cour administrative d'appel de Paris, plusieurs détracteurs ont fustigé le projet de la piscine d'entraînement des Jeux olympiques de Paris 2024, qui doit voir le jour dans cette ville de Seine-Saint-Denis, sur une partie d'un terrain réservé à des jardins ouvriers. "Si on construit le projet sur les jardins familiaux, il y a rupture du corridor écologique", a clamé, le 15 septembre devant la cour, Pierre Heddi, avocat des cinq requérants, trois jardiniers et deux associations de défense de l'environnement. Pour eux, ce projet est incompatible avec l'urgence écologique.

 

Se désolant de voir une partie des jardins ouvriers rognés pour cette construction, les opposants ont saisi en urgence, via un référé-suspension, la cour administrative d'appel de Paris, compétente pour les contentieux relatifs aux Jeux olympiques. Quinze jours plus tôt, ils avaient été évacués par les forces de l'ordre, alors qu'ils occupaient les jardins depuis quatre mois. Bien que le site soit désormais inaccessible, certains continuent de se relayer aux abords du terrain.

 

Un lieu essentiel pour la biodiversité ?

 

Dispense d'évaluation environnementale, critique sur la légalité du permis de construire en conseil municipal, épaisseur du toit végétalisé de la piscine, places de stationnement... Les avocats ont débattu des différents contentieux lors de cette audience. "Les jardins des Vertus sont des noyaux primaires de biodiversité avec une sensibilité environnementale particulière", a affirmé Me Heddi. "A cet endroit-là, c'est une gare de bus, un parking et les jardins", a répondu Me Philippe Peynet, qui représente la Ville d'Aubervilliers, rétorquant que la zone est déjà artificialisée. "Ce n'est pas le centre nautique qui va fondamentalement dégrader la situation." Il a ajouté que le site permettra de combler la carence d'infrastructures sportives dont souffre la Seine-Saint-Denis, restreignant l'apprentissage de la natation.

 

Une enquête en référé avait été déposée par les opposants le 30 août à la cour. Enclave centenaire de 2,5 hectares au pied des tours, les jardins doivent perdre 4.000 m2 de leur surface pour la construction de cet ouvrage, dont le coût est estimé à 33 millions d'euros. Spie Batignolles Ile-de-France, entité du groupe de construction français Spie Batignolles, est en charge de la réalisation, de l'exploitation et de la maintenance du centre aquatique durant les six premières années de son fonctionnement. "Une surface de plan d'eau de plus de 1.700 m²" devrait être disponible, selon un communiqué de l'entreprise. Sa livraison est prévue au plus tard le 26 juin 2024, soit un mois avant l'échéance sportive mondiale.

 

La majorité des jardiniers concernés ont été relogés sur d'autres parcelles voisines par Grand Paris Aménagement, propriétaire du terrain. "Certains vieux projets ressortent par opportunité pour être raccrochés au projet des Jeux olympiques", a déclaré le juge qui présidait l'audience, émettant au passage "des doutes sérieux" quant à la mise en œuvre du projet. Il rendra sa décision au plus tard le 20 septembre prochain.

 

Organisée par des collectifs de défense de l'environnement, une manifestation se tiendra le samedi 18 septembre à Aubervilliers pour protester contre la piscine et plus généralement contre le projet de réaménagement du quartier, que les écologistes jugent en voie de "gentrification".

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