INNOVATION. Lors du salon Mipim Proptech Europe, qui a ouvert ses portes à Paris ce lundi 1er juillet, les acteurs traditionnels du secteur ont concédé qu'il y avait urgence à procéder à sa transformation digitale. Les "proptech" semblent être davantage des alliées que des concurrentes, face aux véritables adversaires que sont les géants du numérique.

Mieux vaut tard que jamais. L'immobilier français prend enfin conscience qu'il ne sera pas épargné par la révolution numérique, laquelle a d'ores et déjà transformé nombre de secteurs comme la banque, la distribution ou encore l'automobile. L'immobilier souffre "d'un manque historique d'innovation. Notre industrie est en train de comprendre que ses clients sont des personnes, qu'elle doit mieux servir, au risque, sinon, d'être laissée sur le bord de la route", a reconnu Melanie Leech, présidente de la British Property Federation, ce lundi 1er juillet, dans le cadre du salon Mipim Proptech Europe, qui se tient à Paris jusqu'à demain mardi. "Nous venons d'un monde très traditionnel. Mais les changements de ces quatre ou cinq dernières années, avec notamment une métropolisation croissante, nous ont amené à investir" dans les nouvelles technologies, a renchéri Méka Brunel, directrice général de Gecina. La foncière avait ainsi pris, fin 2018, un ticket de 5 millions d'euros dans Paris Fonds Vert, le fonds de la ville de Paris spécialisé dans les projets de ville durable. Gecina s'est également associée à Paris&Co pour soutenir le programme d'incubation de start-ups de la plate-forme Ville Durable.

 

Pour autant, en matière de transformation digitale, "l'immobilier (français) en est encore là où en était le secteur bancaire il y a cinq ou six ans. De la promotion au notariat, il y a urgence, surtout avec l'arrivée des géants du numérique dans le secteur", déclare à Batiactu Pierre Leroy, président de la French Proptech, une association qui rassemble 130 start-ups françaises spécialisées dans les nouvelles technologies et l'immobilier, les fameuses "proptech" (property technology). L'appétit des GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) pour l'immobilier est déjà une réalité. La preuve avec l'investissement d'Amazon dans PlantPrefab, une start-up spécialisée dans la construction d'habitats écologiques modulaires. Ou encore avec le projet de smart city à Toronto imaginé par Sidewalk Labs, la filiale de Google axée sur l'innovation urbaine.

 

Les proptech américaines s'arrogent l'essentiel des investissements

 

Si l'innovation fait défaut aux acteurs traditionnels de l'immobilier, les proptech françaises, au nombre de 400 dans l'Hexagone sur un total de 6.000 dans le monde selon la plate-forme Unissu, ont de leur côté besoin de capitaux et de clients. Les Etats-Unis et la Chine s'arrogent en effet la part du lion des montants investis dans les proptech à l'échelle mondiale. Un montant qui est passé de 400 millions à… 20 milliards d'euros au cours des cinq dernières années. Les capitaux levés par les proptech françaises se sont limités, pour leur part, à un total de 327 millions d'euros en 2018.

 

La French Proptech vise donc à mettre en relation "les anciens" et les "modernes" de l'immobilier et de la construction, afin d'accélérer la transition numérique de la filière française, "très en retard par rapport aux autres pays, en particulier hors d'Europe", selon Chloé Rayssac, correspondante nationale des métiers de la gestion d'actifs au sein de la French Proptech. Rassembler les industriels et les start-ups du secteur, telle est également l'ambition de la Fédération française de l'internet immobilier (FF2i). Davantage axée sur la recherche, l'association Real Estech Europe vise, quant à elle, à "promouvoir l'ensemble des acteurs de l'innovation dans l'immobilier", un secteur "trop longtemps resté immobile."

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