RÉNOVATION URBAINE. Quels sont les objectifs poursuivis par la Ville de Châtenay-Malabry dans la rénovation de la plus grande cité jardin d'Île-de-France ? Quel sera le cadre d'action de l'équipe de maîtrise d'œuvre qui sera désignée prochainement, dans le contexte d'un classement en site patrimonial remarquable discuté depuis plusieurs années et en passe d'aboutir, et de polémiques médiatiques sur la préservation ou la démolition du quartier ? Emmanuelle L'huillier, architecte missionnée auprès de la ville, répond à Batiactu.


Un parc de 70 hectares. 4.000 logements sociaux, près de 10.000 habitants, soit un tiers de la population de Châtenay-Malabry. La cité jardin construite à partir du début des années 1930 par les architectes Joseph Bassompierre, Paul de Rutté et Paul Sirvin, avec la participation du paysagiste André Riousse, est la plus vaste d'Ile-de-France. Quartier emblématique, la cité jardin est considérée comme un véritable modèle pour son plan d'urbanisme. Mais aujourd'hui, ce quartier connaît de lourds dysfonctionnements, principalement liés au vieillissement des immeubles et à l'obsolescence des logements, malgré une première vague de réhabilitations à la fin des années 90.

 

Emblématique, ce quartier l'est aussi par les passions qu'il déchaîne : accusée de vouloir "livrer le quartier aux promoteurs" et mettre à bas l'esprit cité jardin, la Ville des Hauts-de-Seine se défend de vouloir chasser les habitants actuels mais invoque le besoin d'apporter de la mixité sociale dans un quartier quasiment 100% HLM. Et de densifier, tout en préservant l'identité esthétique du lieu. L'architecte Emmanuelle L'huillier, chargée de mission stratégie de développement durable pour la Ville de Châtenay, qui coordonne le programme de rénovation urbaine, répond, à quelques jours de la désignation de l'équipe qui sera chargée d'élaborer un nouveau plan guide, aux questions de Batiactu.

 

 


Alors que la plupart des cités jardins font l'objet de mesures de protection, nationale, régionales ou même simplement dans les documents de planification locale, rien de tel n'existe pour la Butte rouge. Quels sont les objectifs de la Ville de Châtenay-Malabry pour la plus grande cité jardin d'Ile-de-France ?

 

Emmanuelle L'huillier : En effet, lorsqu'en 1984, la question du classement de la Cité jardin s'est posée, le Conseil Municipal de l'époque a jugé que le classement serait trop contraignant pour l'évolution du parc de logements. La rénovation de 1985 a donc été engagée sans aucune mesure de protection patrimoniale, ce qui a autorisé des interventions dénaturantes : lissage des façades, enduit rose bonbon, huisseries épaisses, volets PVC, serrureries de balcons modifiées, équipements en toiture non intégrés, bien que visibles de partout dans le relief, etc… Dans le même élan, le plan d'urbanisme et d'espaces verts n'étant pas protégé, et face à la nécessité de répondre aux besoins des habitants, les boxes ont poussé en cœurs d'îlots au détriment des jardins familiaux, pour des raisons de sécurité et de gestion de proximité, les bassins ont été asséchés, des porches piétons ont été murés… L'office départemental, face aux besoins grandissants de logements, a engagé des opérations de densification le long de l'avenue de la Division Leclerc, et amorcé un programme de mixité sociale en tentant une première opération d'accession à la propriété… Sans planification globale, ces interventions isolées viennent parasiter la qualité d'ensemble du site.

 

C'est pourquoi la Ville et le Territoire (EPT Vallée Sud Grand Paris) ont, dans un premier temps, fait évoluer le PLU pour se doter d'un règlement de planification locale plus protecteur. Pour autant, il est nécessaire de mettre en place les outils précis de protection patrimoniale que mérite ce site remarquable, secteur par secteur. C'est à ce titre de Site patrimonial remarquable, que la Butte Rouge sera protégée, et non classée car, considérant l'ensemble urbain et paysager, on est dans un registre différent du classement au titre des monuments historiques. De plus, la Cité jardin est un patrimoine habité, vivant, qui doit s'adapter à sa première fonction : loger décemment les familles franciliennes en tenant compte des évolutions sociales et environnementales de chaque époque.

 

"La réalité derrière les belles façades est que certains logements, notamment dans les premières tranches de construction, sont réellement insalubres"

 

L'engagement du "site patrimonial remarquable" (SPR) est une volonté conjointe des services de l'État et de la Ville, à l'initiative d'ailleurs de Châtenay-Malabry, qui a sollicité la direction régionale des affaires culturelles (Drac) sur ce sujet au printemps 2018. L'objectif est double : une rénovation urbaine de l'ensemble du secteur de la Butte rouge au sud de l'avenue de la Division Leclerc, tout en préservant l'esthétique et l'unité de l'ensemble urbain et paysager. La programmation urbaine a été élaborée en partenariat avec trois ministères (culture, logement, transition écologique) en intégrant les contraintes de chacun. Les ambitions patrimoniales évidentes de la Drac avec le classement SPR d'une part, la densification raisonnée qui est demandée par la direction régionale et interdépartementale de l'hébergement et du logement (Drihl), pour répondre à la pression des besoins de logements dans les communes desservies par les transports en commun, une contrainte de performances énergétique et environnementale d'autre part, en lien avec la direction de l'environnement et de l'aménagement (Driea). Que ce soit en neuf, en réhabilitation ou en rénovation lourde avec curage complet, l'objectif est que tous les logements offrent, in fine, un niveau de confort similaire, en termes de surface, de confort thermique, acoustique, et bénéficient autant que possible d'un espace privatif extérieur (balcon ou terrasse) pour profiter de la nature environnante. Inutile de préciser que ces surfaces annexes ont cruellement manqué durant les deux dernières années de pandémie…

 

Dans quel état sont les logements aujourd'hui ?

 

E. L. : La réalité derrière les belles façades est que certains logements, notamment dans les premières tranches de construction, sont réellement insalubres ; humidité, développement de champignons, structures des dalles béton qui s'effondrent laissant voir les ferraillages à nu, conduites d'assainissement dégradées dans les murs qui laissent s'infiltrer les eaux usées et les eaux grises dans les logements, toitures terrasses fuyardes… malgré près de 4 millions d'euros investis annuellement par les propriétaires successifs et malgré la rénovation des années 90 !
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