DIAPORAMA. A Marseille, les audits d'immeubles dégradés se poursuivent. Régis Chaumont, architecte, expert auprès d'une cour d'appel et président de l'Union syndicale des syndicats d'architecture français (Unsfa), analyse la situation auprès de Batiactu, et partage une partie de ses archives photographiques, fruits de ses expertises.

"A Marseille, c'est la panique complète." C'est Régis Chaumont, président de l'Union nationale des syndicats d'architecture français (Unsfa), qui l'a affirmé lors de son discours des vœux, fin janvier 2019. Il faut dire qu'il est bien placé pour percevoir la situation, en tant qu'expert auprès de la cour d'Appel d'Aix-en-Provence. "J'étais avec Julien Denormandie [ministre de la Ville et du Logement], et Christophe Castaner [ministre de l'Intérieur] le lendemain de l'effondrement des deux immeubles de la rue d'Aubagne", explique-t-il à Batiactu. "A Marseille même, depuis, 170 arrêtés de péril ont été pris, dont 25 du fait de l'intervention de mon associé Eric Pierron et moi-même." L'architecte a bien voulu partager une partie de ses archives photographiques ; images réalisées lors de ses inspections à voir dans les pages suivantes.

 

"Les défauts structurels apparaissent après des infiltrations d'eau"

 

Qu'est-ce qui peut menacer la tenue des immeubles ? "Les défauts structurels apparaissent après des infiltrations d'eau, une dégradation des planchers bois", explique Régis Chaumont. "Il faut savoir qu'en Provence, les murs sont constitués en deux parements qui peuvent finir par se séparer." Quand à savoir le moment à partir duquel il faut faire évacuer le bâtiment, Régis Chaumont a repéré des points d'alerte : "L'un des éléments les plus parlants, ce sont quand des fissurations apparaissent sur le plâtre qui recouvre le bois. L'affaissement des planchers sous les cloisons en est un autre. Il arrive que nous observions des écarts de quatre, cinq centimètres entre la plinthe et le plancher." Enfin, troisième point à vérifier : le frottement des ouvertures.

 

 

Même si Régis Chaumont est expert, il précise que c'est la pratique du métier d'architecte qui permet d'avoir l'œil sur ces éléments. "Notre profession est celle qui a le regard le plus global sur le bâtiment. De ce fait, on nous demande d'intervenir rapidement."

 

Un courrier au ministre

 

Là où le bât blesse, c'est dans la lourdeur administrative des démarches à effectuer en cas de danger. Le président de l'Unsfa a d'ailleurs écrit à Julien Denormandie pour l'alerter de ce fait. Car, en l'état actuel des choses, la procédure de péril semble inopérante. "De nombreuses années après nos expertises, nous avons souvent été amenés à constater qu'aucune consolidation n'avait été entreprise sur un bâtiment en ayant fait l'objet, laissant l'immeuble vide et engendrant des risques pour les immeubles voisins", explique Régis Chaumont. "Les mesures du péril imminent permettent de faire cesser efficacement l'imminence du péril (protection, évacuation, mise à terre...), mais le péril qui devient alors ordinaire demeure. Et compte tenu des difficultés à mettre en œuvre et à financer les travaux, cela peut durer des années, voire des décennies - d'autant que les travaux d'office nécessitent l'autorisation du juge." La procédure de péril a ainsi le mérite de protéger les habitants, mais les travaux de consolidation ne suivent pas.

 

Régis Chaumont devrait intégrer la commission montée par le ministère de la Ville et du Logement, destinée à trouver des moyens de simplifier les procédures.

 

Découvrez les images de l'architecte-expert dans les pages suivantes.

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