SOCIAL. Au lendemain des annonces de l'exécutif sur la Programmation pluriannuelle de l'énergie et la transition écologique, la colère sociale ne semble pas s'apaiser. Les réponses du Gouvernement ont du mal à convaincre, et les professionnels s'inquiètent du contexte économique.

Deux semaines après le début de la mobilisation des "gilets jaunes", le Gouvernement a annoncé ce mardi 27 novembre les grandes orientations environnementales et énergétiques qu'il souhaite adopter au travers de la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) et de quelques mesures destinées à promouvoir la transition écologique. Pour autant, le mécontentement social reste palpable. Le mouvement des "gilets jaunes" a estimé que les réponses de l'exécutif étaient, au mieux timides, au pire inadaptées à l'ampleur des préoccupations exprimées par les Français. Le ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy, a reçu mardi soir deux représentants des "gilets jaunes", mais ceux-ci ont dénoncé un décalage entre les annonces gouvernementales et les revendications du mouvement. Interrogé sur le sujet à l'Assemblée nationale ce mercredi 28 novembre, François de Rugy a expliqué : "Ils m'ont dit que la question des carburants, la question de la transition écologique, ne représentait que 1% de leurs préoccupations actuelles. Que leurs préoccupations étaient beaucoup plus larges", ajoutant que les revendications portaient aussi sur l'imposition en général, le niveau de vie, et des changements institutionnels.

 

"Aucune réponse immédiate et concrète n'a été apportée aux Français"

 

Mercredi matin, le Premier ministre Edouard Philippe a précisé qu'il était prêt à recevoir une délégation de "gilets jaunes" pour s'entretenir avec elle. L'exécutif semble donc ne pas savoir comment traiter cette crise sociale et économique, dont les professionnels commencent à redouter les conséquences sur leur activité. L'Union des entreprises de proximité (U2P) fait part de ses inquiétudes, assurant que même si elle "partage une partie des objectifs de long terme fixés par Emmanuel Macron, force est de constater qu'aucune réponse immédiate et concrète n'a été apportée aux Français qui ont manifesté dans le cadre du mouvement des 'gilets jaunes'".

 

"Les pouvoirs publics ont laissé s'installer dans le pays une fracture territoriale et sociale"

 

Dans un communiqué, l'organisation souligne que le Gouvernement n'a pas su prendre la température des véritables problématiques : "La situation est d'autant plus préoccupante, qu'au-delà de la hausse des prix des carburants, aucune mesure nouvelle n'est envisagée pour aider les Français dans la transition énergétique de leurs logements, ni pour encourager les professionnels dans l'évolution de leur flotte de véhicules utilitaires. A cela il faut ajouter les baisses de chiffres d'affaires substantielles qui ont été constatées à la suite des blocages et bientôt la collecte de l'impôt sur le revenu à la source qui va mettre en lumière le poids démesuré des prélèvements obligatoires dans notre pays". Avant d'asséner : "Au total, le risque d'emballement du mécontentement est important. L'U2P constate avec regret que les pouvoirs publics ont laissé s'installer dans le pays une fracture territoriale et sociale. Ce ne sont pas des grandes messes, fussent-elles régionales, qui permettront de rétablir la confiance".

 

Une activité qui faiblit dans le bâtiment

 

Le verdict des professionnels sur les annonces gouvernementales est donc sans appel. Malgré cela, l'U2P souhaite aller de l'avant et "prendra prochainement une initiative visant à placer les entreprises de proximité, qui sont présentes en tous points du territoire, au centre d'une concertation avec tous les acteurs locaux", le but étant "de proposer des solutions concrètes adaptées à chaque territoire au profit du tissu économique et social local". Le mouvement des "gilets jaunes" pourra-t-il néanmoins patienter jusqu'à l'aboutissement de ces travaux d'écoute et de partage ? Au 1er janvier 2019, une nouvelle hausse des taxes sur les carburants doit intervenir, augmentant encore par extension le prix du gazole et de l'essence à la pompe. En parallèle, l'instauration du prélèvement à la source et le ralentissement de l'activité dans le bâtiment laissent peser de lourdes menaces sur les professionnels. Affaire à suivre.

 

 

Les blocages continuent, comme au dépôt pétrolier de Lorient

 

Ce mercredi, des indépendants du bâtiment et des travaux publics, ainsi que des agriculteurs et des "gilets jaunes", bloquaient l'accès au dépôt pétrolier de Lorient, dans le Morbihan, pour contester "la suppression du gazole non routier" (GNR) prévue au 1er janvier prochain. Pour rappel, le Gouvernement a introduit dans son projet de loi de Finances 2019 la décision de supprimer le taux réduit dont bénéficie le BTP pour la TICPE (Taxe intérieure de consommation des produits énergétiques) sur le GNR. "Nous avons commencé à bloquer hier soir avec une quinzaine d'entreprises et sommes une trentaine d'entreprises représentées aujourd'hui, contre la suppression du GNR", a indiqué Norbert Guillou, gérant des sociétés TPSL et Aspi TP, à l'AFP. "En grève depuis 11 jours", l'entrepreneur précise : "Jusqu'à présent, on travaillait avec du GNR, un carburant coloré rouge, qui nous coûtait un euro le litre. A partir du 1er janvier, le GNR sera interdit pour les entreprises de travaux publics, et la loi nous obligera à utiliser du gazole blanc, à 1,50 euro le litre. Cela représente une dépense supplémentaire de 600.000 euros, soit 10% de mon chiffre d'affaires."

 

Norbert Guillou a également souligné le risque de voir une augmentation des vols de carburant : "Nous subissons déjà des vols de fioul la nuit sur les parkings, mais si le gazole n'est plus coloré, n'importe qui pourra le voler pour l'utiliser dans sa voiture". Et l'entrepreneur breton de conclure : "Notre demande est simple : nous voulons garder le GNR, et ce, même si le prix augmente un peu. Nous resterons aussi longtemps qu'il le faudra, jusqu'à ce qu'on soit entendu par le ministère."

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