RAPPORT. Dans son observatoire annuel, l'association France Energie Eolienne affirme que la filière a rempli ses objectifs, mais que le chemin à parcourir est encore long et tortueux, notamment pour l'éolien en mer. Les professionnels demandent au Gouvernement des engagements forts et une Programmation pluriannuelle de l'énergie ferme et définitive.

Si l'éolien surfe sur la vague de la transition énergétique, sa filière estime cependant manquer encore de soutiens publics pour avoir le vent dans le dos. Ce 8 octobre 2019, l'association France Energie Eolienne, qui compte 330 entreprises membres, a publié son observatoire annuel sur cette source d'énergie renouvelable, en affirmant que les objectifs assignés avaient été atteints. En 2018, 1.552 MW d'énergie éolienne ont été raccordés au réseau électrique national, portant in fine à 15.309 MW la puissance totale raccordée au 31 décembre 2018. La filière remplit donc effectivement l'objectif de 15.000 MW qui lui avait été fixé à l'horizon de la fin d'année 2018. Sa croissance s'avère constante, puisqu'elle avait déjà raccordé 1.700 MW en 2017, et permet à la France de totaliser 1.380 parcs, ce qui représente 7.950 machines. Dans le mix énergétique tricolore, l'énergie éolienne couvre désormais environ 6% de la consommation d'électricité nationale.

 

A l'échelle européenne, cette énergie renouvelable progresse également : l'année dernière, sa production a atteint 362 TWh pour l'ensemble des pays communautaires, assurant ainsi 14% de la consommation électrique du Vieux Continent. En termes de puissance éolienne totale installée, la France occupe la 4e place, devancée par l'Allemagne et le Royaume-Uni, "dont les politiques volontaristes en matière d'éolien en mer se concrétisent avec d'ambitieux projets", selon France Energie Eolienne. "Les performances de la filière éolienne française sont le fruit d'efforts menés sur une échelle de temps longue, inhérente aux modalités d'implantation de parcs", précise son président, Olivier Perot.

 

Un parc éolien de taille moyenne engendre un million d'euros de retombées fiscales par an pour les collectivités territoriales

 

Dans l'édition 2019 de son observatoire, France Energie Eolienne indique par ailleurs que la filière occupe la "première place d'employeur 'énergie renouvelable' en France" : selon l'organisation, l'ensemble de la "chaîne de valeur éolienne" a employé 18.200 personnes dans l'Hexagone en 2018, un chiffre en augmentation de 6,4% en comparaison à 2017, ce qui représente 1.100 emplois créés. Des métiers qui auraient le mérite d'être implantés dans tous les territoires, a fortiori les plus périphériques, et de ne pas être délocalisables puisque nécessitant des compétences spécifiques sur site. De plus, les industriels soulignent avoir pris des engagements en faveur de l'éolien offshore, dont les phases de construction et d'assemblage pourront s'opérer en France, grâce, entre autres, à un réaménagement du port du Havre visant à accueillir une usine d'éoliennes.

 

Pour Olivier Perot, "la filière éolienne est en capacité de créer encore plus d'emplois et de valeur, de participer à l'amélioration des formations, d'accompagner le développement de nouvelles technologies". A ce sujet, la profession estime qu'un parc éolien de taille moyenne engendre un million d'euros de retombées fiscales par an pour les collectivités territoriales. "Il est clair que les recettes nouvelles générées par l'éolien pour les collectivités sont un plus pour leurs budgets, notamment communaux. Dans un contexte de baisse des dotations de l'Etat, ces recettes permettent souvent de maintenir ou de créer les services publics qui se sont trop souvent éloignés de nos campagnes."

 

De nombreuses revendications législatives et réglementaires, à commencer par la publication de la PPE

 

Nonobstant les conséquences économiques et sociales, c'est aussi - et bien évidemment - sur un plan environnemental que l'éolien peut se distinguer. Les professionnels du secteur mettent en avant la compétitivité de ses prix dans les appels d'offres liés à la transition énergétique : en moyenne, on comptera moins de 50€/MWh pour l'offshore et 63€/MWh pour le terrestre. Mais il s'agit dorénavant d'installer 2 GW supplémentaires chaque année pour le terrestre, dans l'optique d'atteindre l'objectif de 34 GW cumulés fixé pour 2028 dans le cadre de la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE). "Pourtant, nos 1.000 entreprises, des PME ou des ETI pour la plupart, ont besoin de visibilité et d'une feuille de route plus claire pour accélérer les recrutements", note Olivier Perot. "Gageons que la PPE permette cette lisibilité et donne le coup d'accélérateur que nous attendons tous." Pour le président de France Energie Eolienne, "seule une vraie stabilité législative et des engagements publics forts permettront d'accélérer la transition énergétique de notre pays".

 

Les dossiers ne manquent donc pas pour les professionnels : "Il faut accélérer, et on a besoin de mesures pour atteindre l'objectif de 2028", a affirmé de son côté Pauline Le Bertre, déléguée générale de l'association, citée par l'Agence France Presse. "Pour l'éolien terrestre, on est sur un bon chemin, mais pour l'offshore, on est très en retard." Le secteur demande ainsi au Gouvernement de publier la PPE ferme et définitive, et de préciser le calendrier des appels d'offres pour l'éolien en mer d'une puissance d'un gigawatt. Par ailleurs, un raccourcissement des délais d'instruction et une avancée notable dans les discussions avec l'aviation civile et l'armée au sujet des éoliennes de grande hauteur font partie des revendications. Enfin, les professionnels réclament une harmonisation territoriale du déploiement des machines, ainsi qu'un éclaircissement sur l'avenir des réseaux de raccordement.

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