ENR. La ministre de la Mer, Annick Girardin, a signé une tribune dans le JDD du 29 novembre 2020, et souhaite que la France rattrape son retard dans un domaine d'avenir, et fixe un objectif : atteindre 25% de l'électricité française produite en mer d'ici à 2050.

Le constat dressé par la ministre de la Mer, Annick Girardin, est rude et sans appel. A fin 2019, le nombre d'éoliennes en mer posées chez nos voisins était de "2.225 pour le Royaume-Uni, 559 pour le Danemark". Et pour la France : "une, alors que notre pays possède le plus grand gisement d'énergie éolienne en mer de l'Union européenne".

 

Une situation paradoxale à laquelle la ministre aimerait remédier, assurant dans une tribune publiée dans le JDD du 29 novembre 2020, que l'éolien offshore fait partie des "choix stratégiques" du pays. Elle fixe ainsi un objectif : "en 2050, 25% de l'électricité française pourrait être produite en mer".

 

Objectif ambitieux, aligné avec la stratégie européenne

 

Objectif ambitieux au regard de la situation actuelle de la France. Mais indispensable dans le sens où elle considère que cette énergie est "une révolution pour la transition écologique à l'échelle planétaire qui est en cours. La Chine l'a bien compris, puisqu'elle deviendra, à l'horizon 2025, le premier pays au monde par ses capacité de production d'électricité par l'éolien en mer".

 

Mais un horizon également "aligné avec la stratégie européenne pour les énergies marines renouvelables présentée le 19 novembre" 2020. Pour rappel, l'UE souhaite multiplier par 25 sa production électrique via l'éolien offshore, pour atteindre une capacité de 300GW d'ici à 2050.

 

Des projets industriels qui posent question, mais deviendront iconiques parie la ministre

 

Pour l'Hexagone, "atteindre cet objectif, c'est faire des choix, maîtriser les risques et agir dès maintenant. Pour le dire autrement, c'est être politique : écouter et tenir compte des arguments de chacun tout en donnant une traduction concrète à l'action publique", insiste la ministre.

 

Pourtant, en France, l'éolien en mer suscite de nombreuses questions, parfois des controverses. Mais la ministre parie que "les parcs éoliens futurs connaîtront la même renommée", que d'autres projets industriels, qui "font aujourd'hui notre fierté". Elle rappelle ainsi que "le TGV ou le viaduc de Millau étaient loin de faire l'unanimité. Ils font aujourd'hui notre fierté".

 

Des arguments "parfois justifiés, parfois discutables"

 

Et de lister les "arguments, parfois justifiés, parfois plus discutables" qui peuvent en partie expliquer cette mise à l'écart qu'elle veut faire cesser. "Conservatisme, frilosité par rapport aux évolutions technologiques ? Préférence pour d'autres énergies ?"

 

Ou encore "crainte de froisser les usagers traditionnels de la mer ? Concurrence avec la pêche ? Peur de dénaturer les paysages maritimes ? Mise en danger des trésors de biodiversité marine ? Coût faramineux ?" Quels qu'ils soient, ils donnent aussi l'impression aux citoyens que "les études, les controverses, les procédures judiciaires, les débats publics et autres consultations se multiplient, et que les projets tardent à se concrétiser".

 

Une activité "bientôt compétitive"

 

Renversant la situation, la ministre Annick Girardin s'attache également à tenter de montrer pourquoi l'éolien en mer est un choix stratégique et porteur pour l'avenir. Elle vante notamment le fait qu'il devrait bientôt représenter "une activité économique compétitive" et attractive, si bien que le "futur parc de Dunkerque ne devrait pas nécessiter de soutien public".

 

En chiffres, d'ici à 2050, alors que plusieurs parcs devraient être exploités à ce moment, "les perspectives de chiffre d'affaires de la filière avoisinent les 10 milliards d'euros". Et elle créerait "5.000 emplois directs, non délocalisables, liés à l'exploitation".

 

En pointe au niveau industriel

 

Malgré un retard concernant la concrétisation des projets, la France est bien positionnée sur le plan industriel. Pour la ministre, elle est même "parmi les pays en pointe en Europe par ses capacités de production de turbines et de pales, avec déjà près de 1.000 emplois directs". General electric réalise ses turbines de grande puissance (12MW) à Saint-Nazaire - où seront produites les nacelles des 190 éoliennes du plus grand parc au monde, en projet au Royaume-Uni, comme le souligne Annick Girardin -, et des pales à Cherbourg. Siemens Gamesa installe son usine au Havre.

 

"Le décollage de cette aventure industrielle ne s'est pas fait sans soutien public, en particulier pour les six premiers parcs" en France, issus de la première vague d'appels d'offres lancée à partir de 2011, tient à rappeler la ministre de la Mer. "Le coût, considérable, a été consenti en 2011-2012 alors que la filière était naissante. En 2018, le gouvernement a renégocié les contrats de ces six parcs et ramené le soutien public global de 40 à 25 milliards d'euros étalés sur les vingt prochaines années", dans un souci, assure-t-elle, de "bonne gestion publique" et de "soutien proportionné à l'éolien en mer, à l'aune de notre ambition".

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