INSALUBRITÉ. L'effondrement de deux immeubles à Marseille, le 5 novembre 2018, est la conséquence d'une série de "manquements majeurs" de la part des nombreux experts et techniciens qui avaient visité les immeubles, selon le rapport d'expertise remis aux juges d'instruction, qui pointe également l'absence de réaction de la Ville.

Les neuf expertises judiciaires menées depuis 2005 aux 63, 65 et 67 rue d'Aubagne, à Marseille, auront été autant d'"occasions manquées" pour éviter le drame qui s'est produit, le 5 novembre 2018, lorsque deux de ces immeubles se sont effondrés, dont l'un était encore occupé, causant la mort de huit personnes. Des "manquements majeurs" que dénoncent les experts de la Cour d'appel de Paris, dans un rapport remis le mois dernier aux juges en charge de l'instruction et que nos confrères du Monde ont pu consulter.

 

En cause également : l'absence de réaction des services de la Ville, qui, alertés au moins à deux reprises, en 2014 puis en 2017, ont "pu considérer que les désordres signalés n'étaient que 'des déformations peu importantes' ne nécessitant pas le déclenchement d'une procédure de péril". En 2017, l'expert faisant le signalement à la sécurité civile joint une note du bureau technique Betex Ingénierie, qui a analysé les murs mitoyens aux trois immeubles, et qui pointe "un risque réel pour les biens et les personnes à court terme".

 

Le poteau à l'origine du drame visité sans être remarqué

 

Dix jours avant l'effondrement, le même expert guide plusieurs confrères dans le sous-sol du 65, relate le rapport, sans qu'aucun ne relève "l'état de désagrégation d'un poteau supportant le plancher du rez-de-chaussée au niveau de l'escalier". Or, d'après les auteurs du rapport, c'est bien la rupture de ce poteau qui a été l'élément déclencheur de l'effondrement, en reportant la charge sur les murs mitoyens, eux-mêmes, on l'a vu, en très mauvais état.

 

C'est le mur mitoyen des 65 et 63 qui a cédé en premier. Marseille Habitat, propriétaire de l'immeuble au 63, avait détruit des structures au fond de sa parcelle et, pendant dix-sept mois, n'avait pris aucune mesure pour l'évacuation des eaux de pluie, rapporte Le Monde. "Il nous paraît préoccupant qu'aucun technicien, qu'il soit désigné par un tribunal ou qu'il intervienne en qualité de maître d'œuvre ou de conseil technique n'ait pris la réelle mesure de l'état de dégradation des constructions et de leur caractère éminemment fragile et dangereux", concluent les experts.

 

Une erreur de diagnostic a accéléré l'effondrement

 

Autre occasion manquée, quelques jours avant le drame, le 18 octobre 2018 : la venue d'un expert judiciaire missionné par le tribunal administratif dans le contexte d'une procédure de péril grave et imminent lancée par la Ville de Marseille. Cet expert posera un "diagnostic erroné" qui conduira à aggraver la situation en recommandant des travaux d'urgence sur une cloison, qui fragiliseront plus encore le poteau déjà sur le point de rompre.

 

"Insuffisante visite des lieux", relèvent aussi les experts, puisqu'il n'a examiné ni le sous-sol ni les appartements alors même que les inquiétudes des occupants sur des fissures apparues récemment, des craquements, des portes et des fenêtres qui ne ferment plus, auraient pu, ou dû, jouer comme autant de signaux d'alerte. Le rapport est désormais entre les mains des juges d'instruction. Il pourrait, selon le quotidien national, servir de socle aux premières mises en examen dans ce dossier.

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