MARCHÉS FINANCIERS. La Commission des sanctions de l'AMF (Autorité des marchés financiers) a jugé une affaire de délits d'initiés qui concerne deux anciens patrons de grands groupes côtés. Elle a notamment réclamé de fortes amendes à leur encontre.

La sanction est lourde. L'Autorité des marchés financiers (AMF) a réclamé le 25 juin 900.000 euros contre l'ancien directeur financier de Soitec et 1,2 million d'euros contre l'ex-dirigeant de Lafarge. Ils sont respectivement accusés d'avoir divulgué et utilisé des "informations privilégiées". Les deux hommes se sont rencontrés au sein de la direction financière de Lafarge au début des années 2.000. Les faits commis remontent entre octobre 2017 et juin 2018, alors que l'un était directeur financier du fabricant de semi-conducteurs Soitec et que le second avait quitté le cimentier Lafarge.

 

Parmi les faits reprochés, le collège de l'AMF a épinglé l'ancien employé de Soitec d'avoir divulgué à trois reprises des "informations privilégiées" sur les résultats financiers de son entreprise à l'ancien patron de Lafarge. Ce dernier a utilisé ces informations pour son compte et ceux de sa famille. L'avantage financier global qu'il en a tiré est estimé à 325.278 euros, selon la représentante du collège de l'AMF, qui s'est basée sur un relevé des contacts téléphoniques entre les deux hommes.

 

"Pas d'indices suffisants" pour l'un des avocats


Le dossier porte sur la publication des résultats financiers de l'entreprise Soitec les 18 octobre 2017, 18 avril 2018 et 13 juin 2018. Un chiffre d'affaires en forte hausse et une marge d'excédent brut d'exploitation (Ebitda) réévalués à la hausse en octobre et avril ont été annoncés. L'ex-dirigeant de Lafarge a pourtant acquis quelques jours avant ces dates des titres et des CFD (produits dérivés) de manière "massive".

 

Une partie de ces actions et CFD ont été cédés entre le 5 et le 7 juin 2018, ce qui correspond à quelques jours avant que Soitec communique ses résultats annuels qui prévoyaient une diminution de marge d'Ebitda, a précisé le gendarme de la Bourse. "Aucun des analystes financiers qui suivaient Soitec n'avaient anticipé ces informations", a assuré la rapporteure de la Commission des sanctions. "De simples contacts amicaux ne sont pas des indices suffisants", a, de son côté, répondu l'avocate de l'ancien patron de Soitec.

 

Les contacts téléphoniques avaient été obtenus "en violation de la Constitution" ils devaient donc "être écartés du débat", a-t-elle précisé. Son client "n'a tiré aucun avantage" de cette "prétendue transmission d'informations", a-t-elle fait savoir. L'avocat de l'ancien chef de Lafarge a préféré rappeler que les opérations de son client s'inscrivaient dans "une stratégie" d'investissements commencée en août 2016. La Commission des sanctions rendra sa décision dans les prochaines semaines.

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