JUSTICE. Le 14 octobre 2020, le tribunal administratif de Nantes a condamné deux entreprises en charge de la construction du viaduc du Layon, sur l'A87, pour des défauts qui ont commencé à apparaître peu après la mise en service de l'ouvrage, en 2002.

C'est dans une décision du 14 octobre 2020 que le tribunal administratif de Nantes a condamné deux entreprises en charge de la construction du viaduc du Layon, sur l'A87, dans le Maine-et-Loire. La cause : des défauts importants apparus rapidement après la mise en service de cet ouvrage de 350m de long, en 2002, sur la commune de Beaulieu-sur-Layon.

 

En effet, dès 2004 des fissures ont été observées sur les chevêtres des piles du viaduc "résultant, selon l'expertise, d'une insuffisance du ferraillage des chevêtres et d'une réaction chimique interne au béton appelée réaction sulfatique interne (RSI)", a indiqué le tribunal à l'AFP. Afin d'y remédier, le gestionnaire de l'ouvrage, ASF (groupe Vinci Autoroutes) a dû procéder à de coûteux travaux. Un appel d'offres avait ainsi été lancé en 2016 portant sur le traitement des 14 chevêtres de piles contre la RSI, par application d'un produit d'étanchéité, et de leur renforcement pour pallier le défaut de ferraillage.

 

 

3,2 millions d'euros demandés par ASF

 

Montant de la facture rien que pour ces travaux effectués en 2017, selon un article du quotidien régional Ouest France de septembre 2020 : 600.000 euros pour l'étanchéification, environ 300.000 pour le suivi des fissurations, et 1,3 million pour le renforcement par précontrainte par câble. ASF a voulu faire jouer la garantie décennale de l'ouvrage, une "procédure assez classique lorsque l'objet livré n'est pas conforme aux exigences", explique à Batiactu un porte-parole de Vinci Autoroutes. Le gestionnaire s'est alors tourné vers la justice administrative pour obtenir réparation, présentant au total une facture de 3,22 millions d'euros, toujours selon les chiffres rapportés par Ouest France.

 

De lourds travaux "efficaces" menés entre 2017 et 2018


Afin de traiter une partie des problèmes rencontrés sur le viaduc du Layon, ASF a donc dû procéder à des travaux qui ont coûté environ 2,1M€, comme cela a été confirmé à Batiactu. Réalisés en 2017 et 2018, ils ont porté précisément sur le renforcement des chevêtres avec câbles de précontrainte extérieurs, l'étanchéification des chevêtres des piles, et la pose d'instruments pour poursuivre le suivi de l'ouvrage.

 

"Ils ont été efficace puisqu'ils ont permis de faire passer l'ouvrage d'une classification IQOA 3, à une catégorie 2", se félicite auprès de Batiactu un représentant de ASF. Ce qui signifie que désormais, la structure est en bon état apparent ou présente des défauts mineurs, mais nécessite tout de même un entretien spécialisé.

 

"Il fait l'objet d'un suivi régulier, au même titre que l'ensemble des ouvrages du réseau Vinci autoroutes", insiste-t-on.

 


Le tribunal administratif de Nantes a donc en grande partie répondu à la demande du concessionnaire, "même si cela ne règle pas l'affaire de la maladie du béton et ne traite pas le problème techniquement, sur le fond", insiste le porte-parole de Vinci Autoroutes auprès de Batiactu. Il a ainsi condamné les entreprises en charge de la construction du viaduc, Demathieu Bard (pour la mise en œuvre des armatures métallique de la charpente) et Egis international (qui devait contrôler les plans de ferraillage en sa qualité de maître d'œuvre), à verser 1,032 million d'euros au titre de "désordres de fissuration résultant du phénomène de réaction sulfatique interne", ainsi que 1,487 million d'euros "au titre des désordres de fissuration liés au défaut de ferraillage". Soit au total un peu plus de 2,5 millions d'euros.

 

Un pont classé 3 selon la classification IQOA

 

A l'été 2018, le viaduc du Layon figurait parmi les 23 grands ponts du réseau routier national (concédé et non concédé) classés 3 ou 3U selon la classification IQOA, permettant d'évaluer l'état des ouvrages d'art. Le ministère des Transports avait alors décidé de publier la liste de ces grands ouvrages, alors que la demande de transparence se faisait de plus en plus pressante quelques semaines après l'effondrement du viaduc Morandi, à Gênes, en août 2018.

 

Dans ces catégories 3 et 3U sont répertoriés les ouvrages dont la structure est altérée et nécessite des travaux plus ou moins urgents. Ce qui n'avait pas manqué d'émouvoir certains élus locaux, notamment de la commune de Beaulieu-sur-Layon, qui avaient interpellé ASF pour en savoir plus sur l'état du viaduc.

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