RÉSULTATS. Les entreprises du paysage ont connu une forte croissance de leur chiffre d'affaires l'an passé, malgré des problématiques de recrutement. Zoom en chiffres sur la dynamique du secteur.

Le secteur du paysage se porte bien. Très bien, même. Son chiffre d'affaires a enregistré une hausse de 21% en deux ans, selon l'Union nationale des entreprises du paysage (Unep). Il s'établit ainsi à 7,7 milliards d'euros en 2022. Cette croissance, autant sur les marchés publics que privés, est jugée "exceptionnelle" par l'organisation professionnelle. Elle a même permis de créer 23.350 emplois entre 2020 et 2022. Les embauches devraient massivement continuer, bien que les sociétés rencontrent des difficultés de recrutement par manque de main d'œuvre.

 

Quelles activités sont concernées ?

 

L'activité a été boostée par la demande croissante de végétalisation en ville et dans les espaces privés, comme les locaux d'entreprises, copropriétés et jardins de particuliers. Ces derniers sont les premiers "clients" des entreprises du paysage. Cela "confirme les besoins de nature des Français, renforcés ces deux dernières années par la crise sanitaire", estime l'organisation dans un communiqué.

 

Le marché public pèse, lui, pour un quart du chiffre d'affaires de la branche, soit 1,8 milliard d'euros, et croît de 20%. Plus de la moitié de l'activité des entreprises concerne la création de jardins et d'espaces verts. Suivent les activités d'entretien de ces espaces, et, en minorité, d'autres activités de type travaux de génie écologique ou éco-pastoralisme.

 

Problématiques de recrutement

 

Le secteur compte 32.450 entreprises en France, représentant plus de 132.000 actifs, et a investi 565 millions d'euros en 2022. C'est 46% de hausse par rapport à 2020. La moitié des investissements concerne le matériel de chantier et l'outillage, notamment pour mieux respecter l'environnement, mais aussi pour réduire les nuisances et améliorer l'environnement de travail des salariés. Ce fort dynamisme en 2022 a permis une hausse de 7% des entreprises dans le secteur en France métropolitaine. C'est 14% de plus qu'il y a dix ans.

 

"Ces créations d'entreprise témoignent de la bonne santé du secteur : plus d'une société du paysage en activité sur 5 a été créée ou reprise depuis 2020", chiffre l'organisation. Par ailleurs, la moitié des entreprises en activité du secteur créées ou reprises avaient, fin 2022, moins de six ans. Au total, le nombre d'actifs dans la branche a explosé (+32%) en dix ans. Les entreprises cherchent aussi à attirer des profils en proposant des formations. Une stratégie qui fonctionne. Plus d'un collaborateur sur cinq a suivi une formation en 2022.

 

Mais les acteurs sont toutefois confrontés à des difficultés de recrutement. En effet, 57% des entreprises affirment vouloir embaucher sans y être encore parvenues. Cela s'explique par un manque de candidatures et de qualification des postulants. "Pendant trop longtemps, l'apprentissage et l'enseignement agricole ont été les parents pauvres de nos systèmes éducatifs. Même si nous voyons que la tendance s'inverse depuis peu, nous payons aujourd'hui le prix d'une politique d'orientation insuffisamment adaptée aux réalités économiques", juge Laurent Bizot, président de l'Unep. Sur les plus de 100.000 salariés que compte la branche, une très large majorité est en CDI. Et pour ces embauches réalisées en 2022, elles ont été en CDI à 38,5%, en contrat d'apprentissage (23%) et en CDD et contrats de saison (respectivement 19,5 et 17 %).

 

Encore des efforts à mener

 

Malgré tout, "ces deux dernières années, les entreprises du paysage ont démontré leur capacité d'adaptation aux grands enjeux sociétaux et environnementaux. Elles ont accéléré leur montée en compétences et diversifié leurs offres pour répondre à des besoins nouveaux", témoigne Nicolas Leroy, président de la commission économique de l'Unep. "Les écoles se verdissent, les copropriétés et espaces privés sont incités à prendre part à cette transition, le besoin de nature partout et pour tous augmente et s'appuie sur des compétences accrues en génie écologique et génie végétal détenues par nos entreprises."

 

 

 

 

L'homme regrette cependant que la commande publique ne soit pas "à la hauteur des enjeux locaux". Il appelle notamment à accélérer la végétalisation de l'espace urbain et la préservation de la biodiversité. "Les actions collectives et les partenariats publics/privés doivent permettre la désimperméabilisation et la renaturation de nos villes aussi bien dans l'espace public que dans l'espace privé qui représente l'essentiel du foncier de nos villes", continue-t-il.

 

Quelles tendances pour 2023 ?

 

Il est encore difficile d'établir un bilan de l'année 2023 mais l'Unep, le groupe Agrica et Valhor (interprofession de l'horticulture, de la fleuristerie et du paysage) remarquent une croissance de 3,5% au premier trimestre 2023 par rapport à la même période en 2022. Le marché public, avec +5%, est le plus dynamique, et le nombre d'entreprises souhaitant embaucher sans y parvenir baisse mais reste élevé (40%). Cette croissance continue confirme, pour l'Unep, "le besoin pérenne de nature et de végétalisation exprimé partout et par tous". Son président ne cache toutefois pas son inquiétude concernant deux phénomènes, celui de l'inflation qui impacte le pouvoir d'achat des particuliers, et "le coup de frein prévu dans la construction, dans l'immobilier individuel et collectif".

 

"L'urgence climatique doit bousculer nos dogmes : tous les acteurs impliqués dans la planification écologique doivent créer des synergies nouvelles au bénéfice d'une accélération des plans d'actions verts et vertueux. Et lorsque l'on parle de solutions vertes, il ne faudrait pas oublier le végétal. Il est notre meilleur allié car les solutions fondées sur la nature font partie des réponses à mettre en œuvre pour améliorer notre cadre de vie et la résilience de tous nos environnements", conclut Laurent Bizot.

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