DÉBAT. Les contrats globaux sont-ils particulièrement néfastes à l'industrie de la construction ? Xavier Bezançon, délégué général des Entreprises générales de France (EGF.BTP), défend au contraire ce mode de passation de marché auprès de Batiactu.

Tout au long de l'année 2018, à l'occasion des débats autour de la loi Elan, les contrats globaux (ou contrats de conception-réalisation) ont fait l'objet de nombreuses critiques de la part des architectes et des PME-TPE. Plus récemment, ils ont été accusés par un avocat spécialisé du secteur de "tuer" la construction. Mais, d'après Xavier Bezançon, délégué général des Entreprises générales de France (EGF.BTP), leurs arguments ne tiennent pas la route.

 

Un contrat clé en main

 

"Il y a deux types de contrats globaux", explique-t-il à Batiactu. "Le premier est celui où l'entreprise générale propose un contrat clé en main et s'occupe de tout. Cette démarche a notamment le mérite d'offrir une certitude en matière de budget, de délai et de prix." Il cite comme contre-exemple le chantier d'Amiens du campus universitaire de la Citadelle, passé en 43 lots séparés, qui a pris deux ans de retard, avec un dépassement de budget. "Plusieurs défaillances ont été à déplorer sur le chantier", explique Xavier Bezançon. "Or, si une entreprise défaille, il faut la remplacer. La construction est alors à l'arrêt. Comment tenir un délai dans ces conditions ?"

 

 

"Cela fait du bien à l'architecte de travailler avec l'entreprise, d'être dans une certaine mesure guidé dans son trait"

 

Second cas : les fameux contrats de conception-réalisation (ou conception-construction). "J'insiste sur le fait que l'architecte garde tout à fait son rôle dans ce cadre-là", explique Xavier Bezançon. "C'est l'entreprise qui chiffre, et fait des propositions à l'architecte, dans le respect du rôle de chacun. Il s'agit d'optimiser la création de la maîtrise d'œuvre." Le délégué général d'EGF.BTP rappelle d'ailleurs que l'Union sociale pour l'habitat (USH) a elle-même vanté ce type de contrats comme permettant d'atteindre dans certains cas un résultat aussi qualitatif, voire meilleur, à un coût inférieur. "Cela fait du bien à l'architecte de travailler avec l'entreprise, d'être dans une certaine mesure guidé dans son trait", estime Xavier Bezançon.

 

La conception-réalisation, un "travail d'équipe"

 

L'architecte ne serait donc pas "dépecé" par la conception-réalisation ? "Au contraire, c'est un travail d'équipe, chaque acteur se serre les coudes pour gagner ! L'entreprise, notamment, fait tout pour que le projet de l'architecte réussisse."

 

Enfin, dernière critique majeure faite aux contrats globaux de ce type, celle de "tondre" les marges des sous-traitants. "Nous sous-traitons, et nous avons 14 chartes de bonnes pratiques actuellement signées en régions avec les fédérations du bâtiment", commente Xavier Bezançon. La dernière de ce type ayant été signée en Normandie en février 2019. "Cette charte tend à contribuer au bon déroulement des chantiers, dans un climat de confiance et de respect mutuel, avec un devoir de rentabilité partagée et à permettre à l'entreprise principale et à l'entreprise sous-traitante de pouvoir tout mettre en œuvre pour satisfaire le client final, dans le respect des règles de sécurité et environnementales, contribuant ainsi à améliorer la qualité des ouvrages", peut-on y lire, ce document représentant un engagement "moral, volontaire et individuel de chaque entreprise".

 

Quid, enfin, de la gestion de la maquette numérique avec les sous-traitants et les architectes ? "Nous travaillons main dans la main avec la Fédération française du bâtiment pour que les sous-traitants participent à la maquette. Et pour ce qui est du dialogue avec la maîtrise d'œuvre, il n'y a pas de règles absolues, c'est aussi une question de bonne entente avec les acteurs. D'autant plus que le Bim est encore un phénomène en phase de développement."

 

Conception-réalisation : des lecteurs de Batiactu réagissent

 

Notre dernier article sur les contrats de conception-réalisation a suscité diverses réactions, dont certaines défendent l'emploi de ces contrats.

 

Sylvain Fourel, par exemple, se présente comme patron d'une "petite PME de 35 salariés". "Je pratique la conception réalisation avec des architectes qui sont de vrais partenaires", explique-t-il. "Je trouve cette solution indispensable pour permettre aux nouvelles techniques de construction de se développer (nous faisons du modulaire bois en hors-site). A ce tire je trouve que votre article est incomplet car il ne parle que de certains cotés négatifs des marchés globaux, pas des aspects très positifs que j'ai pu découvrir à maintes reprises : travail main dans la main architecte/entreprise, dès le départ ; baisse des coûts importante (par l'optimisation des projets), pour nous tous ce sont des impôts en moins ; gain de temps considérable."

 

Le lecteur Pierre Speer, pour sa part, affirme également que la CR est "pourtant, parfois, la meilleure solution... Et cela ne se propagerait pas si l'enseignement dans les écoles d'architecture n'était pas autant dénué de cours techniques".

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