LOGEMENT NEUF. Hexaom a mis en place depuis la rentrée, avec la banque BPCE, des prêts bonifiés à 0%. Le constructeur s'ingénie également à trouver du foncier un peu plus éloigné, et donc meilleur marché.

Les constructeurs de maisons individuelles ne se bercent plus d'illusions sur l'avenir du prêt à taux zéro (PTZ) neuf, appelé à disparaître au 1er janvier 2020 dans les zones B2 et C. "Les tractations sont toujours en cours entre notre syndicat (professionnel) et le gouvernement, mais nous nous sommes préparés à sa disparition", a déclaré Steve Beaudel, directeur commercial d'Hexaom (ex-Maisons France Confort), ce jeudi 19 septembre, lors de la présentation des résultats semestriels du constructeur de maisons individuelles. "Julien Denormandie (le ministre du Logement) est favorable au maintien du PTZ, mais je suis beaucoup plus inquiet sur la position du Premier ministre et du Président de la République", renchérit Patrick Vandromme, PDG d'Hexaom. Le maintien, en 2020, du PTZ neuf dans les zones périurbaines et rurales, cruciales pour les constructeurs de maisons, "ne coûterait pourtant que 31 millions d'euros (à l'Etat), compte tenu de la faiblesse des taux d'intérêt", souligne le dirigeant.

 

Trêve de regrets, Hexaom a d'ores et déjà commencé à s'adapter à cette probable nouvelle donne, en diminuant sa dépendance au PTZ. Si 70% des chantiers du groupe se trouvent en zones B2 et C, ceux bénéficiant d'un PTZ représentent aujourd'hui un peu moins de 32% des dossiers, contre 36,3% en 2018. Et ce, en raison de la stratégie de montée en gamme développée par la société, avec un prix de vente moyen passé de 114.200 euros en 2017 à 120.400 euros actuellement. Hexaom s'attache également à développer ses ventes dans les zones urbaines et périurbaines (A et B).

 

Réduction de la dépendance au PTZ

 

Sur ses quelque 30% de clients en zones B2 et C concernés par la disparition programmée du PTZ, Hexaom estime qu'un tiers d'entre eux ont en réalité la capacité financière de mener à bien leur acquisition sans prêt à taux zéro, grâce aux taux d'intérêt très bas. Un autre tiers verra en revanche sa solvabilité affaiblie par la fin du PTZ. Pour cette catégorie de clients, le constructeur s'ingénie à trouver du foncier un peu plus éloigné, et donc meilleur marché. Pour le dernier tiers, c'est-à-dire pour les ménages incapables de financer l'achat de leur bien sans l'aide du PTZ, le groupe a mis en place depuis la rentrée, avec la banque BPCE (Banques Populaires Caisses d'Epargne), des prêts bonifiés à 0%. "Cela représente un filet de sécurité" si leurs demandes de PTZ ne sont pas validées par leur banque avant le 31 décembre 2019, détaille Steve Beaudel. Dans cette même optique, Hexaom, qui dispose de partenariats avec d'autres banques, a renforcé sa cellule interne de courtage immobilier dans certaines régions.

 

Patrick Vandromme n'en table pas moins sur une baisse de 10% du marché de la maison individuelle en 2020, dans le sillage de la suppression du PTZ neuf en zones B2 et C. C'en sera donc fini du rebond du marché de la maison neuve en secteur diffus (hors lotissements), dont les ventes ont progressé de 4,7 % sur les sept premiers mois de l'année 2019, à 123.100 unités, selon LCA-FFB. "A partir de juillet, nous, et la profession, avons "boosté" à fond nos prospects, dans la perspective de la suppression du PTZ, ce qui devrait se ressentir sur les ventes jusqu'à la fin octobre", explique Patrick Vandromme. C'est ce qu'on appelle un effet d'aubaine.

 

Débat sur l'artificialisation des sols
La suppression annoncée du PTZ neuf en zones B2 et C n'est pas le seul cheval de bataille des constructeurs de maisons individuelles. A tort ou à raison, ces derniers sont pointés du doigt dans l'artificialisation des sols, contre laquelle le gouvernement a engagé une lutte. Un groupe de travail associant les ministères de la Transition écologique, de l'Agriculture et de la Cohésion des territoires devrait ainsi rendre ses conclusions sur le sujet au printemps 2020. "Nous consommons du terrain, mais nous ne sommes pas les seuls, c'est également le cas des collectivités, entre autres", nuance Patrick Vandromme, PDG du constructeur de maisons Hexaom. "Nous construisons dans des dents creuses, sur des friches, des parcelles divisées", relativise encore le dirigeant. Et d'enfoncer le clou : "60% de nos maisons en province sont construites sur des terrains non agricoles."

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