REPRISE. Les professionnels du bois présentent une dizaine de propositions pour la relance économique post-Covid, en suggérant notamment un assouplissement des cadres réglementaires. En parallèle, quelque 140 parlementaires marcheurs et centristes demandent un plan de soutien à l'industrie sylvestre.

La filière bois propose de soutenir l'économie et des parlementaires demandent de soutenir l'industrie sylvestre : la boucle est bouclée. Ce 8 juin, l'Union des industriels et constructeurs bois (UICB) a dévoilé une dizaine de propositions s'inscrivant dans le plan de relance économique post-Covid, à l'image des contributions de nombreux autres secteurs d'activité. Rappelant que le secteur du bâtiment est l'un des plus touchés par le confinement sanitaire et ses répercussions économiques, l'organisation qui rassemble environ 300 entreprises estime malgré tout que cet épisode constitue "l'occasion d'une remise en cause collective et d'une accélération de la transformation de nos filières". Autrement dit, redémarrage économique doit aller de paire avec préservation de l'environnement et "rétablissement d'un lien social plus fort".

 

Amortir la chute économique et réduire "l'impact de l'acte de construire"

 

Dans les faits, les professionnels du bois demandent donc de limiter la casse en mutualisant le coût de la mise en œuvre des précautions sanitaires et des autres nouvelles contraintes observables sur les chantiers "en le répartissant équitablement entre les entreprises de construction, les maîtres d'ouvrage et les pouvoirs publics". L'ensemble des délais d'exécution doivent aussi être prorogés de quatre mois pour ne pas faire subir aux entreprises des pénalités de retard "injustes", et les chantiers sont appelés à se poursuivre durant tout l'été "pour combler le retard accumulé", même si cela doit passer par l'interdiction des "décisions locales d'arrêt". Au-delà de la continuité d'activité, l'UICB veut relancer la demande, ce qui passe par un redéploiement du Prêt à taux zéro et par l'assouplissement des règles de déblocage de l'intéressement et de la participation pour les projets immobiliers. Toujours dans l'optique d'amortir la chute, les industriels et constructeurs bois souhaitent passer à la vitesse supérieure dans la dématérialisation de l'instruction des autorisations administratives et ce, pour toutes les collectivités territoriales. Ils demandent également aux acteurs publics de garantir "une continuité de service à 100%" jusqu'à la fin de l'année "pour éviter de retarder et décaler les projets de construction pour des motifs administratifs".

 

Côté conformité des produits et réglementation de la construction, les moyens de contrôle des services de l'Etat devraient être renforcés et les démarches qualité des entreprises de la filière, encouragées. Mais les adhérents de l'UICB comptent bien en parallèle réduire "l'impact de l'acte de construire", ce qui pourrait concrètement se traduire par une hausse des solutions préfabriquées, grâce à un paiement systématique des études facilité et à un échéancier de paiement spécifique à la préfabrication étendu. Autre mesure : accroître la part des bâtiments réversibles, en privilégiant "des solutions constructives permettant de modifier l'usage" d'une construction "aussi souvent que nécessaire tout au long de sa vie". Enfin, dans le cadre de la transition écologique et d'un recours accru aux matériaux biosourcés, la création d'un bonus/malus sur les produits de construction et l'intégration, dans les marchés publics, de la notion de stockage carbone sont mises sur la table et ce, aussi bien pour la construction que pour la rénovation, en partant du label "Bâtiment biosourcé". L'industrie sylvestre espère en outre que les ambitions initiales de la Réglementation environnementale 2020 seront maintenues et complétées par "des seuils d'exigence ambitieux pour les indicateurs environnementaux obligatoires" et par la mise au point d'un label permettant de distinguer les entreprises qui mettent en oeuvre les indicateurs optionnels. Dans le même registre, il est proposé d'organiser "la formation systématique" des élus locaux et de créer dans la foulée un autre label, baptisé "Collectivité exemplaire".

 

Un "Plan Marshall" pour la filière bois ?

 

Autant de propositions qui forment donc le plan de relance de la filière bois, au moment où celle-ci fait elle-même l'objet d'un plan de soutien. En effet, quelque 140 parlementaires ont demandé ce 6 juin au Gouvernement "un plan de soutien public à l'industrie du bois". Dans une tribune parue sur le site Internet du Journal du Dimanche, ces députés, sénateurs et eurodéputés de La République en Marche et du Modem - les deux principaux partis politiques de la majorité présidentielle - ont ainsi affirmé que "le bois et ses usages doivent être un des piliers du futur plan de relance". Enonçant les nombreuses difficultés rencontrées par les massifs forestiers français, de la sécheresse à la surpopulation de gibier en passant par les ravages des scolytes, les parlementaires estiment que "l'ensemble de la filière et ses acteurs sont impactés, de l'amont à l'aval", et justifient ainsi "la nécessité d'un 'Plan Marshall'". Et de prendre pour exemple l'Allemagne, qui a annoncé en 2019 la mobilisation d'une enveloppe de 800 millions d'euros durant les prochaines années pour faciliter sa reforestation.

 

Pour rappel, et en dépit des nombreuses incitations des pouvoirs publics pour se tourner vers la construction bois, seuls 6% des logements sortis de terre en 2018 ont eu recours à ce matériau. Il y a deux ans, le président de la République Emmanuel Macron avait pourtant lui-même promis une politique "volontariste" de relance de la filière bois.

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