SIMI. En décembre 2017, Julien Denormandie signait la charte "Bâtiments connectés, bâtiments solidaires" sur le salon de l'immobilier d'entreprise. Un an plus tard, la Smart Buildings Alliance et l'Alliance HQE-GBC font le point sur la connectivité des bâtiments, un enjeu de plus en plus important pour les entreprises.

C'est Thierry Repentin, président du Conseil supérieur de la construction et de l'efficacité énergétique (CSCEE), qui l'annonce : "En 10 ans, la digitalisation des services, des données et des processus est venue améliorer la vie quotidienne des Français (…) C'est pourquoi, je proposerai au CSCEE de travailler à une feuille de route pour déployer le bâtiment connecté autour de trois grands axes : donner confiance aux usagers, encourager les acteurs à expérimenter et anticiper les mutations de la filière en termes d'emploi et de création de valeur". Car si le concept d'édifice connecté est entré dans les esprits, il reste encore une pratique émergente - qui concerne quelques dizaines d'édifices* - dont la généralisation est ralentie par plusieurs freins. Il y a un an, Julien Denormandie signait la Charte d'engagement volontaire de la filière de la construction pour développer des "Bâtiments connectés, bâtiments solidaires", marquant le soutien de l'Etat aux initiatives dans ce domaine. Près de 130 signataires ont aujourd'hui paraphé ce document.

 

Cette charte définit un cadre de référence reposant sur six thématiques : la connectivité, l'architecture réseau, l'interopérabilité des équipements et services, le développement de ces services, la sécurité numérique et le management responsable. Des référentiels techniques ont été publiés en 2018 par Certivéa et Cerqual Qualitel, afin d'aider à la formulation d'exigences pour des bâtiments communicants. Quels sont les avantages attendus de cette démarche ? Les premiers acteurs engagés répondent : attractivité, valorisation de l'actif, amélioration des performances et possibilité de développement de nouveaux services aux usagers ou habitants. En 2017, une enquête Ipsos, citée par WiredScore, révélait que près de 84 % des cadres affirmaient rencontrer des problèmes de connexion au travail et que pour 59 % des salariés, cette mauvaise connectivité pénalisait leur productivité voire leur motivation. Environ 86 % des cadres estimaient également qu'une coupure d'accès à Internet les empêcherait de travailler. Des problèmes d'infrastructures et de services qui sont donc à l'origine de pertes et d'une diminution de la qualité. Du côté des craintes, le monde de la construction redoute un nouveau renchérissement avec un questionnement sur le rapport coût-utilité, un problème de manque de compétences ainsi qu'une absence de retours d'expériences sur la fiabilité des systèmes dans le temps. Quant aux usagers ils feraient montre d'une appréhension vis-à-vis des ondes électromagnétiques ou du Wifi, et d'un mauvais usage des données collectées.

 

Dépasser l'échantillon francilien pour généraliser le bâtiment communicant

 

La Smart Buildings Alliance et l'Alliance HQE-GBC se sont donc fixé plusieurs objectifs pour 2019, dont le développement d'un cadre de confiance pour les usagers, afin de les rassurer sur l'utilité et la rentabilité des bâtiments connectés. L'aspect juridique sera évoqué. L'année sera également "consacrée à l'encouragement des professionnels à expérimenter le bâtiment connecté". Les deux partenaires prévoient de mettre en place un observatoire qui recensera les opérations pilotes et s'appuiera sur des fiches techniques. La charte devrait accueillir de nouveaux signataires afin d'élargir encore la base. "Le développement des bâtiments connectés est une vraie opportunité pour la filière du bâtiment qu'il faut saisir", assurent SBA et l'Alliance HQE-GBC, qui annoncent travailler à l'élaboration d'un état des lieux et de recommandations pour la transformation numérique, du neuf mais aussi de l'existant. Un MOOC a déjà été mis sur pied en partenariat avec le Cnam pour former en ligne les volontaires aux aspects techniques des bâtiments connectés, mais également pour sensibiliser à l'information des usagers et à la protection des données. Une première session débutera à la fin du mois de février 2019. "Faire adopter le bâtiment connecté nécessite encore de démontrer aux utilisateurs qu'il ne s'affranchit pas du développement durable, tant en termes de santé, de rapport coût-avantage ou encore de respect de l'environnement", conclut Philippe Van de Maele, le président de l'Alliance HQE-GBC.

 


* SBA annonce qu'une trentaine de bâtiments ont été déclarés "Bâtiments connectés". De son côté, WiredScore précise que 45 immeubles ont été labellisés en France à la fin de 2018 (soit 922.600 m² de bureaux) et qu'une cinquantaine d'autres sont en cours de labellisation (portant les surfaces à 2 millions de m²).

 

Les deux évolutions identifiées par WiredScore :
La connectivité des immeubles répondrait, selon le label d'origine américaine, à un enjeu essentiel de l'immobilier de demain. La société distingue deux bouleversements majeurs : le changement des modes de travail avec une plus grande mobilité des salariés, et l'avènement des technologies de l'Internet des objets, y compris au sein des bureaux. L'essor du télétravail et du "nomadisme" des employés transformerait ainsi le rôle du siège social de l'entreprise en "hub collaboratif". Les termes "coworking", "flex office" et "corpoworking" signifient, pour le gestionnaire du bâtiment, qu'il faudra permettre aux salariés de pouvoir se connecter de n'importe où. Quant à l'arrivée des objets connectés dans les espaces tertiaires, il est d'ores et déjà anticipé que plus de 65 % des entreprises y feront appel en 2020. Des capteurs d'utilisation des espaces de réunion permettront, par exemple, d'augmenter les taux d'occupation ou d'améliorer le confort des occupants en couplant la ventilation. Là encore, la question de la connectivité sera centrale pour assurer le fonctionnement des objets et leur bonne communication avec le système central de gestion du bâtiment.
Sur la typologie des constructions, WiredScore note que près de 70 % des immeubles labellisés par ses soins sont neufs ou restructurés de façon profonde. Ils sont généralement situés à Paris ou en première couronne (La Défense, croissant ouest). Les surfaces sont importantes, habituellement supérieures à 10.000 m². La société fait valoir que le taux de vacance de ces sites est plus bas que la moyenne (2 % contre 5,4 % habituellement en Île-de-France). Quant aux profils des utilisateurs de ces bureaux connectés, il s'agit principalement d'entreprises liées à l'informatique et l'Internet (31 %), de sociétés de conseil, d'audit ou d'expertise (13 %) ou de spécialistes du secteur de l'énergie (13 %).

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