INNOVATION. Le mastodonte américain des bureaux partagés, né en 2010, n'est pas encore rentable, d'après le document publié auprès du gendarme des marchés financiers en vue de son introduction en Bourse.

La publication du document d'introduction en Bourse de WeWork éclaire d'un jour nouveau le coworking. L'engouement pour les bureaux partagés ne se traduit pas - encore - en espèces sonnantes et trébuchantes pour ce mastodonte du secteur. Loin s'en faut : d'après son prospectus transmis à la Securities and Exchange Commission, le gendarme des marchés financiers aux Etats-Unis, la start-up américaine, née en 2010, a perdu environ 900 millions de dollars (811 millions d'euros) au premier semestre de son exercice 2019, une perte supérieure de 25% à celle accusée sur la même période de l'année dernière. Et ce, bien que son chiffre d'affaires ait doublé dans le même intervalle, pour atteindre 1,54 milliard de dollars, WeWork revendiquant 527.000 membres et gérant 528 sites dans 111 villes de 29 pays.

 

Une contre-performance que la société explique par la lourdeur des investissements nécessaires à sa croissance. Cet argument, avancé par nombre de start-ups déficitaires, ne doit pas occulter certains risques admis par le groupe lui-même dans son document d'introduction en Bourse. Comme le décalage entre son endettement et sa capacité d'autofinancement, WeWork louant des bureaux sur de courtes durée à des particuliers et à des entreprises - une brièveté des contrats, résiliables sous un mois, qui fait tout l'intérêt du coworking -, alors que la société est elle-même redevable de loyers à des bailleurs, mais sur des durées plus longues. L'agence d'évaluation financière Fitch a d'ailleurs abaissé un peu plus en catégorie "junk bond" (obligation pourrie) la note de crédit de WeWork le 14 août, jour de la publication du prospectus d'introduction en Bourse de la société.

 

Plus largement, le modèle économique du coworking pose question à certains observateurs. C'est le cas de Thomas Georgeon, directeur général de Société de la Tour Eiffel, qui s'était dit "intrigué", le mois dernier, par le modèle économique du coworking, souvent basé, durant les premières années, sur d'importantes franchises de loyer négociées avec les propriétaires d'immeubles. Une singularité qui pose la question de la pérennité des sociétés de coworking lorsqu'elles commenceront à payer des loyers. Surtout en cas de dégradation de la conjoncture économique, qui pourrait peser sur la demande de bureaux partagés.

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