EXPOSITION. A la fois théâtre de luttes sociales et tribune politique, bruyant et fascinant, le chantier inspire dessinateurs, caricaturistes et photographes. Objet d'art, le chantier s'expose du 9 novembre au 11 mars à la Cité de l'architecture et du patrimoine.

Entre la maquette bien découpée et le bâti final, le chantier est lui aussi lieu d'expression esthétique. L'exposition "L'art du chantier, construire et démolir du 16e au 21e siècle" montre justement en quoi l'épreuve du chantier est la phase la plus vivante d'une construction, au point que les architectes et artistes n'ont eu de cesse de vouloir capter ses différentes temporalités.

 

"La volonté de restituer le temps du chantier est certainement une préoccupation qui vise à décrire les opérations techniques d'une part pour en garder la mémoire mais aussi améliorer ces phases. On peut penser que cette quête intervient dès la Renaissance", développe Valérie Nègre, commissaire de l'exposition aux côtés de Marie-Hélène Contal.

 

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L'Empire State Building en construction, vue du sud-est,1930. © Empire State Building archive/Columbia university

 

Le chantier, lieu du dépassement

 

Les commissaires ont fait le choix de prendre la Renaissance comme point de départ à l'exploitation des pièces (maquettes, iconographies, gravures, archives vidéo et photo), même si un intérêt pour le chantier apparaît déjà au Moyen-Age. "A cette époque, le chantier fait l'objet de représentations importantes, qui s'inscrivent néanmoins dans l'ordre religieux".

 

Car dans les époques qui précèdent l'ère médiévale, le chantier devient le lieu où l'homme "dépasse les Dieux", en défiant les lois de la physique et de la nature. Jusqu'à nos jours, les édifices les plus spectaculaires - de la Tour Eiffel à l'Empire State Building en passant par le pont récemment inauguré qui relie Hong-Kong à Zhuhai et Macao - symbolisent les cinq "grands défis" en matière de construction. S'élever toujours plus haut, vaincre la pesanteur, franchir l'infranchissable, modifier la nature et construire plus léger sont autant de moteurs au progrès technique qui traverse les chantiers depuis cinq siècles.

 

"Cette volonté de dépasser les limites existe depuis très longtemps, le dépassement des exploits techniques est un thème majeur du chantier. Si jusqu'au milieu du XXe siècle, l'enjeu est de porter les poids les plus lords, le défi technique d'aujourd'hui serait de réaliser les constructions les plus légères", juge Valérie Nègre.

 

Des chantiers et des hommes

 

Malgré les nombreux progrès techniques qui touchent tant les engins de manutention que les matériaux de construction, l'exposition montre que l'homme aura toujours une place dans le chantier, "théâtre de la société" qui "met en lumière les enjeux politiques et sociaux du lieu où l'on construit".

 

A commencer par les ouvriers, en marge de certaines manœuvres techniques et pourtant élevés en héros au XXe siècle, juchés depuis sur des poutres d'une centaine de mètres au-dessus du sol. Ils sont aussi les acteurs de luttes sociales et syndicales qui trouvent leur forme dans les grèves, et dressent le portrait de travailleurs soulevant la question de la pénibilité du travail, et qui forment les premiers maillons d'une société plus égalitaire. Au-dessus d'eux, les hommes politiques qui, lors de visites inaugurales, s'approprient le chantier comme tribune politique ou démonstration d'une ambition présidentielle.

 

De l'autre côté des palissades, il y a aussi ces enfants, femmes et hommes qui, dès le siècle des Lumières, forment ces badauds curieux de connaître l'état d'avancement des travaux. Le chantier, est aussi un objet de sociabilité, confirme Valérie Nègre qui rappelle que "le chantier était plus ouvert au XIXe siècle avec des palissades moins hermétiques, il débordait sur la chaussée. Petit à petit, le chantier s'est fermé à la ville, mais on constate aujourd'hui un retour du chantier ouvert, que les gens peuvent davantage investir".

 

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Bernard Descamps, Badauds regardant par le trou d'une palissade du chantier du forum des Halles, devant la fontaine des Innocents,1979. © Bibliothèque Historique de la Ville de Paris/Paris

 

On peut notamment citer, à l'échelle francilienne, les fêtes "KM" organisées dès l'arrivée d'un nouveau tunnelier pour creuser une ligne du Grand Paris express, ou les interventions artistiques menées à proximité des futures gares. "C'est aujourd'hui l'un des moyens qui permet de minimiser les nuisances. On voit bien que le chantier fascine et qu'il peut être très dérangeant en même temps".

 

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