INGENIÉRIE TERRITORIALE. Le Cerema adopte une nouvelle identité visuelle et opère un recentrage de ses activités afin de concentrer son offre sur les domaines d'expertise où il est le plus légitime. Une rationalisation pour plus d'efficacité, alors que l'Etat impose des coupes dans les budgets et les effectifs à son opérateur depuis quelques années.

Subissant depuis 2017 une baisse d'environ 3 ou 4% par an de sa subvention accordée par l'Etat, qui représente 80% de son budget global, et devant composer avec une réduction de ses effectifs compris entre 80 et 100 personnes par an, pour arriver d'ici à 2022 à 2.400 collaborateurs contre 3.200 au départ, le Cerema n'avait sans doute pas d'autre choix que de se réorganiser. Alors, bien sûr, ce n'est pas la raison mise en avant pour expliquer les changements annoncés en ce début d'année 2021, mais il fait peu de doutes qu'elle n'y est pas totalement étrangère.

 

"La question de la transition écologique et de l'adaptation au changement climatique forment la ligne directrice majeurs pour élaborer une expertise dans l'aménagement", explique plutôt Pascal Berteaud, le directeur général qui estime que la crise sanitaire a exacerbé ces préoccupations. "Dans 20 ou 30 ans, que nous le voulions ou non, le climat sera différent, poursuit-il. Notre société doit s'adapter, et adapter dans le même temps les infrastructures et nos modes de vie pour que nous vivions aussi bien demain qu'aujourd'hui." La question du climat et cette vision prospective traversent ainsi toutes les thématiques abordées par le Cerema, qui adopte une nouvelle signature : "Climat et territoires de demain".

 

Recentrage sur 6 thématiques

 

A partir de cette idée, "nous avons recentré notre activité en prêtant attention à ne conserver que les domaines où nous sommes les plus légitimes et les plus compétents dans la sphère publique", insiste le directeur général. A commencer par les infrastructures, routes et ouvrages d'art, "avec une forte préoccupation concernant la façon dont nous pouvons les faire évoluer en fonction du climat". Vient ensuite le bâtiment. Ici, le Cerema abandonne tout ce qui touche aux modes constructifs, "le CSTB est plus compétent que nous", pour se concentrer sur l'efficacité énergétique et les questions liées à l'usage.

 

La mobilité reste aussi dans le champ d'expertise de l'opérateur, tout comme les questions d'érosion ou de recul du trait de côte dans le domaine de la mer et du littoral. Du côté de la santé et de l'environnement, le Cerema se recentre plus particulièrement sur le sujet des nuisances et des risques, avec en lame de fond la thématique de la résilience des territoires. La dernière est "un peu la synthèse des cinq autres, puisqu'elle réside dans l'intégration dans les territoires, afin d'aider à concevoir les projets, d'imaginer à quoi ils ressembleront dans 30 ans et étudier le chemin pour y parvenir", décrit Pascal Berteaud.

 

"Capital confiance" et "expertise de haut niveau" sans concurrencer le privé

 

Ces changements coïncident également avec l'arrivée d'une nouvelle présidente, Marie-Claude Jarrot, maire de Montceau-les-Mines, qui a succédé en décembre 2020 à Pierre Jarlier. Pour elle, le Cerema bénéficie d'un très grand "capital confiance" et d'une "expertise de haut niveau". Elle espère durant son mandat pouvoir mieux faire connaître cette offre, afin que les collectivités de toute taille puissent l'utiliser "et profiter de ses services".

 

L'idée n'est pas de concurrencer les autres opérateurs de l'Etat, ni même le privé, assure Pascal Berteaud. D'ailleurs, "quand une offre privée existe et répond bien aux questions, nous n'intervenons pas, ou de façon très exceptionnelle. Le Cerema se positionne davantage en amont, dans la recherche et la définition des projets, quand une collectivité est incapable d'aller chercher un bureau d'études privé car elle ne dispose pas de cahier des charges".

 

Un changement de statut espéré

 

L'expertise du Cerema a vocation à être mise à disposition de l'ensemble des acteurs publics. Dans le cadre de programmes d'appui, notamment ceux pilotés par l'Agence nationale de Cohésion des territoires, le Cerema intervient si une collectivité locale le demande. "Les 3 ou 5 premiers jours sont gratuits, ensuite, nous mettons en place un coût assez faible, souvent autofinancé en partie par le Cerema lui-même", explique Pascal Berteaud. Mais parfois, la forme juridique idéale est difficile à trouver.

 

Marie-Claude Jarrot pousse aussi une idée pour être encore un peu plus proche des besoins du terrain : celle de pouvoir travailler en régie avec le Cerema. "Moyennant une adhésion et une cotisation modeste, les collectivités locales pourraient ainsi bénéficier plus facilement de l'expertise, des diagnostics, de l'ingénierie bien en amont de ce tiers de confiance. Un service payant."

 

Mais pour cela, l'établissement public national doit devenir un établissement public local… et même les deux à la fois pour pouvoir continuer à servir autant les territoires que les administrations de l'Etat. Ce qui implique de réfléchir à une nouvelle forme juridique où l'Etat et les collectivités locales détiennent une partie du pilotage, un nouveau statut inexistant à ce jour. Cette évolution devrait faire partie du projet de loi 4D, s'il peut aboutir avant la fin du quinquennat.

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