ARCHITECTURE. Mobilité, recyclage de béton, plus d'espace public… Le projet primé aux Prix et récompenses de l'Académie d'architecture 2023 de Louis Gibault pourrait métamorphoser le chef-lieu du Var. Et ainsi "restituer le littoral aux Toulonnais".

Transformer le littoral et la ville de Toulon à travers un projet flexible et durable, c'est l'idée de Louis Gibault. Le jeune homme a imaginé un nouveau terminal maritime qui générerait de l'espace public pour cette ville portuaire et militaire. Le projet a été imaginé dans le cadre de son diplôme d'études à l'École nationale supérieure d'architecture de Paris-Belleville, dont il est sorti diplômé en 2021. Et a surtout retenu l'attention du jury des prix et récompenses de l'Académie d'architecture de 2023. Celui-ci lui a décerné, en septembre, le prix des Jeunes diplômés en architecture (prix de la Mutuelle des architectes français).

 

"C'est l'analyse urbaine de cette ville qui m'a amené à travailler sur cette opération. Je me suis rendu compte du problème d'appropriation civile du littoral. Là-bas, l'armée possède la plupart du foncier. Mon idée était alors de rendre le littoral aux Toulonnais et de restituer l'espace à des usages civils en imaginant une infrastructure portuaire", raconte Louis Gibault, joint par Batiactu.

 

Plus d'espace public grâce à cette infrastructure

 

Actuellement collaborateur au sein de l'agence Rudy Ricciotti, à Bandol (Var), l'architecte a choisi d'installer son bâtiment sur un terrain militaire près de la piscine du Port-Marchand, à quelques pas du vieux-centre et du quartier de la plage du Mourillon. "Ce site a fait l'objet d'un appel d'offres et y sera construit, d'ici cinq ans, des bureaux, un hôtel et un parc. J'ai alors fait une contre-proposition." Cette dernière repose sur le fait de déplacer le départ des bateaux de croisière sur ce site de 70.000 m² et de construire une infrastructure portuaire qui créerait de l'espace public, en s'ouvrant sur la cité varoise. Cela se traduirait par trois bâtiments parallèles et un grand parvis public traité en plan incliné.

 

"Le port de plaisance est l'un des seuls accès à la mer dans la ville. Les ferries, très nombreux à effectuer des trajets en Méditerranée et à s'arrêter à Toulon, sont très importants pour l'économie de la ville." Le problème ? Le terminal est collé au port, au vieux-centre et au stade de rugby, et n'est constitué que d'une "aire goudronnée encadrée par des barbelés". "Favoriser la délocalisation des départs offrirait un meilleur accès aux voyageurs véhiculés", pense alors le jeune primé.

 

Terminal maritime Toulon Louis Gibault
Vue perspective d'un poste d'embarquement depuis le quai d'embarquement. © Louis Gibault

 

Sur le nouveau site, il aimerait édifier des plateaux de stationnements "qui libéreraient les sols et permettraient aux piétons de fréquenter l'espace". La gestion du flux de véhicules serait permise par un "bâtiment-pont", aéré naturellement et posé sur des grands pilonnes en béton. Les niveaux seraient distribués par une double rampe hélicoïdale, créant un système de circulation en boucle. Dans ce même espace et au sein de chaque poste d'embarquement seraient construits des équipements publics, comme une école, un équipement sportif et un cinéma. "La structure de l'ouvrage deviendrait ainsi l'architecture du bâtiment", souligne Louis Gibault.

 

Rendre hommage aux savoir-faire locaux

 

Bien qu'il soit originaire de région parisienne, le jeune professionnel est attaché à la ville de Toulon et à son histoire. "Le territoire a un passé houleux, et l'histoire se lit dans ses tissus urbains, ses quartiers et ses architectures." C'est cette charge historique qu'il a pris en compte dans son étude urbaine. "J'ai voulu avoir un regard sur le passé mais aussi le futur de la ville." Il a par exemple imaginé une structure en béton, qui rendrait hommage à la culture et aux savoir-faire industriels et artisanaux locaux. "Le site était occupé par des bâtiments militaires en béton armé, qui ne peuvent être réhabilités car ils sont trop vétustes. L'idée serait ici d'expérimenter un béton de démolition, qui serait recyclé et réemployé, notamment pour le pavage extérieur et le mobilier urbain", reprend l'architecte.

 

Le site a été pensé pour être "flexible et évolutif", en cas de "scénario de croissance ou décroissance du trafic maritime". Les plateaux de stationnement pourraient, par exemple, devenir des logements ou des espaces culturels et de travail. Toutes ces propositions ont séduit le jury de l'Académie d'architecture, qui a salué le courage de Louis Gibault "d'affronter un sujet dont l'échelle et la complexité mêlent des questions de requalification urbaine, d'infrastructures, de circulations et d'espaces publics".

 

Terminal maritime Toulon Louis Gibault
Vue perspective du parc public. © Louis Gibault

 

Réflexions sur les transports

 

Si le projet ne verra pas le jour, il est toutefois intéressant de souligner l'ambition de cette conception, qui donnerait un nouveau souffle à cette ville de 170.000 habitants. La métropole est au cœur d'enjeux de développement de mobilité dans la région. Coincé entre Marseille et Nice, le chef-lieu du Var est concerné par un projet de ligne ferroviaire qui devrait désaturer la Côte d'Azur.

 

La ville cherche aussi à attirer plus de visiteurs et à répondre aux besoins de ses habitants. Elle a pour cela annoncé, en mai 2023, son objectif de doubler la part de transports en commun d'ici 2030 avec la RATP, avec davantage de bus et bateaux-bus. "La municipalité mise sur le déploiement de cette mobilité pour rendre la ville plus dynamique", analyse Louis Gibault.

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