QUATRE QUESTIONS A... Transition numérique, nouveaux types de contrats et impression 3D, le président du Cinov livre à Batiactu son sentiment sur les grandes tendances qui agitent le monde de la construction et particulièrement le milieu de l'ingénierie et de la prestation intellectuelle de conseil.

Batiactu : Votre syndicat, le Cinov, organise un REX BIM Tour en région, dont la première étape se déroule à Nancy, ce 04 décembre 2018. Pouvez-vous nous expliquer cette démarche ?
Dominique Sutra del Galy : Après les concours BIM et les récompenses, il faut aller vers la réalité dans les territoires, pour aller voir ce qu'est le BIM sur le terrain. Nous avons choisi Nancy et la région Grand Est car nous sommes engagés de longue date avec le CNAM sur une démarche de réflexion quant à l'ingénieur de demain et l'ingénierie "des transitions". Nous avons eu des échanges avec le pôle Fibres Energie Vie, qui s'occupe de matériaux mais également d'accompagnement au BIM. Avec les ressources de notre groupe de travail BIM, nous allons tâcher d'être concrets, de rechercher les expériences vécues par les maîtres d'ouvrage, maîtres d'œuvres, exploitants, ingénieurs… Et nous apporterons aussi des informations pour dire ce qui se passe au stade initial du travail parisien. Nous organiserons 3 ou 4 rendez-vous par an à partir de 2019. D'abord en Nouvelle-Aquitaine, puis ailleurs. Nous avons déjà des demandes sur l'Occitanie, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Auvergne-Rhône-Alpes… A Nancy, nous avons une centaine d'inscrits.

 

Batiactu : Comment voyez-vous l'avancement de la maquette numérique en France ?
Dominique Sutra del Galy : Il y a beaucoup de travail à faire sur l'exploitation. Peu de structures travaillent sur le sujet. Nous avons rencontré Vinci Facilites et Cofely qui en font. Mais beaucoup d'autres continuent de travailler avec des solutions de gestion électronique des documents (GED) mais sans réel lien avec la maquette numérique. Or, si la maîtrise d'ouvrage ne s'investit pas, on n'y arrivera pas. Et l'ingénierie est au centre de l'action, puisqu'elle participe et aide la maîtrise d'œuvre et qu'elle se situe plus en amont que les entreprises. Nous souhaitons donc démystifier le concept du BIM et convaincre qu'il y a nécessité de formation. En Normandie, grâce à Habitat 76 qui fait figure de pionnier depuis 4 ans, la région est en avance dans le domaine du BIM. A Paris aussi, il y a une forte demande. En revanche, certaines autres régions sont moins avancées. Il y a un problème d'outils et de moyens. Mais il ne faut pas attendre que les clients demandent la maquette numérique pour se lancer : il faut le faire soi-même ! Le BIM ne doit pas être un outil d'élite et ne pas servir que les grosses structures au détriment des petites.

 

Batiactu : Julien Denormandie, ministre en charge de la Ville et du Logement, a précisé, lors du lancement du Plan BIM 2022 aux Assises du Logement, qu'il ne souhaitait pas rendre son usage obligatoire. Qu'en pensez-vous ?
Dominique Sutra del Galy : Rendre le BIM trop rapidement réglementaire pénaliserait ceux qui ne sont pas encore lancés. Il faudrait en revanche des chartes de certification. Nous sommes en contact avec le Plan BIM 2022 pour construire une vision consolidée, globale, qui sera un bon outil pour voir où seront les priorités. La maîtrise d'ouvrage publique devra montrer l'exemple, à l'image des bailleurs sociaux dont le secteur est celui où il y a le plus d'initiatives. Le BIM est une démarche industrielle qui s'apparente à une procédure de qualité. Il y a beaucoup d'avantages en termes d'optimisation des performances, de rationalisation. Il n'est pas normal, et même désespérant, qu'aujourd'hui encore on rende des projets avec des réserves qui ne sont levées qu'un an après. Le BIM peut faciliter tout ça et améliorer la qualité grâce à l'implication des industriels à la base et des exploitants à l'autre extrémité de la chaîne. Cette rationalisation impactera également les coûts. Si on veut construire mieux, vite et moins cher, il va falloir s'y atteler, comme le prévoient les lois Elan et Essoc (avec le droit de déroger).

 

Batiactu : Quels développements entrevoyez-vous pour le secteur de la construction ?
Dominique Sutra del Galy : Il faudrait, par exemple, réfléchir à des bâtiments standardisés, réversibles. Au-delà du BIM, nous souhaitons aider nos adhérents à avancer dans les évolutions de leurs métiers. Par exemple sur la dématérialisation des marchés, sur la protection des données. Nous travaillons avec le Syntec à la numérisation de la profession. Sur l'impression 3D également, nous avons le sentiment qu'il s'agit de la composante aboutie d'une préfabrication de base, en usine ou in situ. Si on souhaite fabriquer moins cher, il est évident que le robot coûtera moins cher qu'une personne. Cependant, il y a aura toujours des éléments qui resteront en dehors de la robotisation. En tout état de cause, il faut faire avancer la logique de préfabrication robotisée. Nous aurons des exemples dans le domaine pavillonnaire dans les années qui viennent, notamment des éléments de fondations ou de murs. Concernant l'aspect contractuel, il y a trop de marchés globaux. Il y a une nouvelle forme de marché qui est intéressante ce sont les REM, marchés de réalisation et exploitation-maintenance : la maîtrise d'ouvrage classique choisit un maître d'œuvre puis lors du rendu d'avant-projet détaillé, s'instaure un dialogue compétitif avec différents groupements en vue de la réalisation. Celui qui est retenu cosigne un contrat qui correspond à un "super marché négocié". On gagne en temps et confort. Et cette solution est possible également en corps d'états séparés.

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