C'est dans un climat d'activité des TPE bien dégradé que l'Union professionnelle des artisans (UPA)a tiré la sonnette d'alarme en dévoilant ce jeudi 22 octobre lors de son congrès, baptisé le "Lab UPA". Patrick Liébus, président de la Capeb, nous présente les trois priorités pour relancer le secteur.

Après avoir alerté en août dernier sur les difficultés des entreprises de l'artisanat et du commerce de proximité à embaucher au cours du premier semestre 2015, l'UPA dans sa dernière note conjoncture* publiée ce jeudi 22 octobre souligne que l'activité de l'artisanat notamment du bâtiment reste très dégradée.

 

Cette dernière étude dévoilée par l'UPA à l'occasion de son congrès, baptisé "Lab UPA" rejoint les dernières données de la Capeb présentées ces jours-ci. En, effet, son président Patrick Liébus pointait une baisse de l'activité de l'artisanat du bâtiment de l'ordre de -2.5% sur ce troisième trimestre 2015, avec une chute de 5% dans la construction neuve et un repli de 1% dans l'entretien-rénovation. "Seuls les travaux d'amélioration de la performance énergétique (APEL) affichent une progression de 1%, grâce notamment aux effets du Crédit d'impôt Transition énergétique", signalait-t-il avec une pointe d'amertume.

 

Même constat pour l'UPA : les TPE souffrent. "On observe bien que le secteur des travaux publics reste très affecté par les restrictions budgétaires des collectivités territoriales et concentre à nouveau les plus grandes difficultés (-6% au troisième trimestre) contre -8 % au premier semestre, ce qui impacte sensiblement les résultats globaux, nous explique Jean-Pierre Crouzet, président de l'UPA. Quant au bâtiment, il enregistre également une baisse sensible -2,5% contre -3,5 % au premier semestre 2015."

 

En outre, on observe une assez forte disparité selon la taille des entreprises : plus l'entreprise est petite, plus elle concentre des difficultés. Ainsi, les entreprises sans salarié enregistrent un recul de 3,5% de leur chiffre d'affaires, contre seulement 0,5% pour les entreprises de 10 salariés et plus, souligne avec inquiétude Jean-Pierre Crouzet. "Rappelons que 97 % des entreprises de moins de 50 salariés vivent les difficultés quotidiennes de l'emploi, de l'activité et de la baisse des carnets de commandes", commente-t-il. Il est difficile pour artisans de rivaliser aujourd'hui avec des majors du BTP de plus de 500 salariés où la concurrence déloyale et le détachement des salariés perdurent !"

 


Et ce n'est pas tout, la trésorerie des entreprises de l'artisanat et du commerce de proximité s'est à nouveau dégradée durant l'été, selon 28% des chefs d'entreprise interrogés tandis que 12% ont constaté une amélioration. "C'est donc en toute logique, que les artisans et commerçants se montrent pessimistes concernant leur activité pour la fin de l'année, et ce quel que soit le secteur concerné", ajoute Pierre Crouzet.

L'indicateur de l'emploi est également à la traîne

Outre l'activité et la trésorerie, l'indicateur de l'emploi est également à la traîne : "2015 est la quatrième année d'affilée de baisse du nombre d'entreprises qui ont embauché au moins un salarié (calculé sur le premier semestre de chaque année)", explique le président de l'UPA. Seuls 10 % d'entre elles ont recruté au premier semestre 2015. "L'emploi reste un sujet préoccupant. Nous avons encore alerté la ministre du Travail ce matin ", indique Jean-Pierre Crouzet. D'après lui, les embauches s'opèrent en majorité en CDD et sont proportionnellement en forte augmentation au détriment des contrats de professionnalisation et des contrats d'apprentissage en pleine dégringolade. "C'est justement le recul de l'apprentissage le fond du problème, déplore Jean-Pierre Crouzet. Comment cela se fait qu'il faille six mois aux jeunes apprentis allemands pour tester l'entreprise alors qu'en France c'est seulement 45 jours ? C'est pourquoi je refuse de condamner le jeune apprenti. C'est au Gouvernement de réagir et de se poser les bonnes questions."

 

Par ailleurs, d'après l'UPA, les conditions de travail expliquent la dégradation des relations employeurs-salariés. En chiffres, 40 % des artisans et commerçants se plaignent d'un problème de comportement de leurs salariés. "Effectivement, cela illustre un manque de motivation de leurs nouveaux collaborateurs", poursuit-il. Enfin, les artisans interrogés ne montrent aucun engouement sur la politique menée par le Gouvernement : 63 % d'entre eux signalent que le Crédit d'impôt compétitivité emploi (Cice) ne répond pas aux besoins de leur entreprise.

 

"Ces chiffres sont révélateurs de la crise de confiance qui existe chez nos artisans à l'encontre de l'Etat", conclut le président de l'UPA. Ils illustrent ainsi le résultat d'une politique économique qui, au-delà des discours et des belles promesses, continue de privilégier les grandes entreprises en proie aux plans sociaux au détriment des PME et des TPE qui concentrent pourtant le plus fort potentiel de création d'emplois. La contrainte du Droit du travail est également forte sans compter qu'aucune décision n'est prise."

 

Quelles sont les trois priorités pour relancer les TPE dans le bâtiment ?
Interrogé par Batiactu, ce mercredi 22 octobre, Patrick Liébus, président de la Capeb, présent au "Lab UPA", accablé de nouveau par les derniers chiffres de conjoncture, nous rappelle quelles sont les trois priorités pour relancer les TPE de plus en plus défaillantes dans le secteur du bâtiment. "La première priorité : le client doit retrouver la confiance sur le marché, la crise et le chômage sont tels en régions, que le client freine des quatre fers pour se lancer ; la seconde priorité : notre proposition d'un seul taux de TVA fixé à 7 % pour tous les travaux de rénovation, et le crédit d'impôt de transition énergétique (CITE) cher au ministre Emmanuel Macron fixé à 30 % sera de nouveau discutée à Bercy auprès du ministre d'Emmanuel Macron, début novembre 2015 ; enfin la troisième priorité : la confiance cette fois-ci de nos artisans de proximité ." Avant de conclure : "Ils subissent une forme de précarisation due à l'émergence de nouvelles pratiques économiques génératrices de concurrences déloyales : travailleurs détachés, micro entreprises et uberisation". Dans un tel contexte, le report de trois mois de la deuxième étape du pacte de responsabilité contribue à plonger les chefs d'entreprise dans l'incertitude et à entretenir une profonde défiance.

 


* Enquête réalisée à la demande de l'UPA par l'Institut I+C dans la première quinzaine du mois de juillet 2015 auprès d'un échantillon représentatif de 4700 entreprises de l'artisanat et du commerce de proximité.

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