CONSULTATION. Les architectes comptent mettre à profit le grand débat national lancé par le Gouvernement pour replacer les questions du logement, et plus largement du cadre de vie, au cœur des discussions. A cette occasion, les contributions seront centralisées sur un site Internet dédié.

Le Gouvernement répète à l'envi que le grand débat national doit être l'occasion pour tous les citoyens de s'exprimer... et les architectes ont bien reçu le message. Dans le cadre de cette vaste consultation populaire lancée par l'exécutif pour tenter de calmer la révolte sociale des Gilets jaunes, le Conseil national de l'ordre des architectes (CNOA) annonce sa volonté de prendre part aux discussions. Le but : intégrer le sujet du logement, mais plus largement de l'habitat, de l'aménagement du territoire et de la participation citoyenne au cadre de vie, dans le grand débat national, en centralisant les propositions pour un aménagement durable et responsable de tous les territoires. "C'est le rôle du CNOA que de parler pour l'ensemble de la profession. Nous voulons profiter de cette opportunité pour apporter nos propres contributions afin de faire avancer l'intérêt général", explique Denis Dessus, président de l'organisation, contacté par Batiactu.

 

Concrètement, la profession met en place un site Internet dédié, www.grand-debat.archi, qui permettra à chacun d'apporter sa pierre à l'édifice du grand débat. Les contributions des professionnels du cadre de vie mais aussi des usagers seront ensuite structurées avant d'être présentées au Gouvernement. "Il y a aujourd'hui des problématiques de mal-logement, de rénovation de l'existant et de confort des ménages qui se posent. En voulant que les contributions soient utiles au Gouvernement, nous sommes dans notre rôle : on s'est plaint par le passé de l'absence de discussions, donc maintenant on veut que cela marche, en se calant sur le planning de la concertation nationale."

 

"Il faut donner les outils pour profiter de l'intelligence collective"

 

Dans sa lettre adressée aux Français pour cadrer le grand débat, le président de la République n'a pas fait allusion à la thématique du logement dans la (longue) liste de questions posées à la population. D'où cette volonté de la remettre dans le fil des discussions, d'autant qu'elle se corrèle à d'autres sujets d'actualité, comme la fiscalité écologique et la transition énergétique. "Nous voulons progresser sur les questions de la densification de l'habitat individuel et la massification de la rénovation énergétique", insiste Denis Dessus. "On subit aujourd'hui des erreurs d'urbanisme des années 50-60 qui coûtent extrêmement cher ; on doit donc faire preuve d'adaptation. Mais c'est aussi une remise en cause de nos modes de société. Il faut donner les outils pour profiter de l'intelligence collective." Sur le site, quatre séries de questions doivent guider les réflexions : mieux construire et mieux rénover ; comment financer la transition écologique ; quelles solutions pour un aménagement écologique et solidaire pour bien vivre ensemble ; et comment associer les citoyens à l'aménagement de leur cadre de vie.

 

"On a des leviers multiples sur les questions du logement"

 

Dans les faits, le CNOA n'a pas donné de consigne nationale quant à l'organisation de la consultation : ses structures régionales sont bien sûr invitées à participer et libres de prévoir ou non des réunions, en complément des contributions enregistrées sur le site Internet. Celui-ci sera accessible jusqu'au 15 mars prochain, date à laquelle une synthèse de toutes les propositions sera ensuite effectuée avant d'être adressée au Gouvernement. En parallèle, la profession poursuit ses initiatives, comme des réunions avec l'Académie d'architecture ou des échanges avec les associations d'élus locaux. Pour autant, il est hors de question de rejouer un match contre la loi Elan : "On voit aujourd'hui que le logement est un sujet non-résolu par Elan : la construction s'arrête et la rénovation ne décolle pas. Le problème n'est donc pas réglé. Malgré cela, il existe des possibilités de correction qui ne nécessitent pas de revenir sur Elan : la loi de Finances, la fiscalité... On a des leviers multiples sur les questions du logement. Nous devons donc travailler maintenant sur ce qui n'a pas été pris en compte par la loi. Il y a plein de sujets qui doivent encore être traités."

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