SANTÉ. L'agence Santé publique France a mesuré pour la première fois la présence de différents polluants dans l'organisme d'enfants et d'adultes. Les résultats montrent que ces agents sont aujourd'hui présents chez tous les Français, et la qualité de l'air intérieur est une nouvelle fois pointée du doigt. Détails.

Ce 3 septembre 2019, l'agence Santé publique France a rendu publics les résultats d'une étude baptisée Esteban, mesurant la présence de différents agents polluants dans l'organisme de 1.104 enfants et de 2.503 adultes. Sont ici concernés les bisphénols A, S et F (qu'on retrouve dans certains plastiques rigides), les phtalates (utilisés dans certains plastiques souples), les parabènes (conservateurs), les composés perfluorés (présents dans les agents stabilisateurs et les imperméabilisants), les retardateurs de flamme bromés (qui limitent l'inflammation des matières combustibles), et enfin les éthers de glycol, sachant que certains de ces contaminants sont identifiés comme des cancérigènes et des perturbateurs endocriniens, suspectés ou avérés.

 

Suite au Grenelle de l'environnement fin 2007, un programme de surveillance a été mis en place par la puissance publique pour calculer la présence de polluants de l'environnement dans le corps humain. Piloté par Santé publique France et l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), ce programme se fonde notamment sur l'enquête Esteban. En se basant sur "un échantillon représentatif de la population générale" et "des prélèvements biologiques (urines, sérum et cheveux)" ainsi qu'un "questionnaire sur les habitudes de vie, les consommations alimentaires, les caractéristiques des participants", cette étude montre aujourd'hui des résultats inquiétants : l'ensemble des contaminants cités plus haut est présent dans l'organisme de tous les Français. D'après Santé publique France, les niveaux d'imprégnations seraient comparables à ceux d'autres enquêtes menées à l'étranger, et particulièrement aux Etats-Unis et au Canada.

 

L'enquête devrait permettre d'établir "des valeurs de référence d'imprégnation dans la population générale"

 

L'étude s'est également penchée sur les modes d'expositions, jugés "cohérents avec ceux documentés dans d'autres études et avec les connaissances disponibles". Concrètement, différentes sources sont identifiées selon les substances, mais il en est une qui est de nouveau épinglée par les pouvoirs publics : la qualité de l'air intérieur.

 

"La fréquence de l'aération du logement a une influence sur les niveaux d'imprégnation des perfluorés et des retardateurs de flamme bromés : plus le logement est aéré, plus les niveaux d'imprégnation sont bas", indique l'agence Santé publique France dans son rapport.

 

Au bout du compte, l'enquête devrait permettre d'établir "des valeurs de référence d'imprégnation dans la population générale", une première dans ce domaine sanitaire. En outre, dans la foulée de cette étude sur les polluants, deux autres enquêtes seront menées sur les métaux et les pesticides. Le but étant de multiplier ce type d'études pour "suivre dans le temps les évolutions des expositions de la population et contribuer à estimer l'impact des politiques publiques visant à réduire les expositions", selon Santé publique France.

 

Une liste de perturbateurs endocriniens sera rendu publique en 2020

 

La publication de ces résultats intervient le jour de la visite de trois membres du Gouvernement au siège de l'Anses. La ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, et le secrétaire d'Etat chargé de la Protection de l'enfance, Adrien Taquet, ont profité de ce déplacement pour lancer la deuxième stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens. Fruit d'une concertation menée depuis janvier 2019, "cette nouvelle stratégie vise à réduire l'exposition de la population aux perturbateurs endocriniens et la contamination de l'environnement par des actions de recherche et d'expertise, d'information du public, de formation des professionnels et un meilleur encadrement réglementaire", d'après l'Anses. Le dispositif s'intègre notamment dans le cadre du Plan national santé environnement, toujours en cours d'élaboration, et qui doit être lancé en 2020.

 

Dans les faits, cela se traduira par la publication d'une liste de perturbateurs endocriniens en 2020, document qui sera d'ailleurs partagé avec les partenaires européens de la France. Au-delà des campagnes d'information auprès du grand public, les agents des collectivités territoriales seront également formés aux bonnes pratiques visant à limiter l'exposition aux perturbateurs. De plus, la France prévoit de demander à la Commission européenne de réviser les règlements communautaires qui s'appliquent aux objets du quotidien, dans l'optique d'intégrer l'impact des perturbateurs. Les données relatives à la contamination de l'environnement par ces agents nocifs seront également centralisées sur le portail de données ouvertes du Gouvernement.

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