URBANISME. ANRU, NPNRU, Action Cœur de ville, plan Borloo sur les banlieues… A l'occasion du 7e Sommet de la Construction, la Fédération française du bâtiment a souhaité faire un focus sur les villes moyennes et les territoires qui les entourent. Des tables rondes ont dressé un panorama contrasté de la situation, tandis que plusieurs propositions ont été avancées pour revitaliser les centres de ces agglomérations.

Les "villes moyennes", une expression sans doute trop vague pour définir ces agglomérations françaises de 20.000 à 100.000 âmes, prises en étau entre les métropoles régionales, dynamiques, et les zones rurales ou périurbaines, qui connaissent un regain d'intérêt. Ces territoires recouvrent des situations variées qui nécessitent cependant de trouver un subtil équilibre posé sur trois piliers : "habiter, grandir et travailler". Dans le cadre du 7e Sommet de la Construction, la Fédération française du bâtiment (FFB) a choisi de donner la parole à différents acteurs de l'aménagement du territoire afin de présenter des initiatives et idées capables de redonner de l'attractivité à ces communes parfois délaissées.

 

Elles représentent pourtant une part importante de la population française, en concentrant 58 % du nombre, tout comme du parc de logement (57 %) ou de l'emploi (54 %). Le chercheur de l'Ecole nationale des travaux publics de l'Etat, Eric Charmes, explique : "L'opposition France des métropoles à celle des périphéries est une thèse séduisante, très tranchée, mais peut-être trop simple. Ce contraste France des villes contre France des champs n'est pas représentatif. Même s'il marche à une large échelle d'observation, il ne fonctionne plus en zoomant". L'expert de ces questions cite l'exemple de la région située entre Mulhouse, Belfort et Montbéliard, où les populations dont les revenus médians sont les plus modestes se concentrent dans ces villes, alors que les petites communes alentours sont prisées par les couches plus aisées de la population. Le spécialiste analyse : "La crise que connaissent certaines villes-centre est liée au fait qu'elles n'ont pas atteint une taille critique pour attirer certaines catégories socio-professionnelles supérieures. Les villes moyennes souffrent de la concurrence du péri-urbain, c'est-à-dire de villages de 1.000 ou 2.000 habitants qui offrent un idéal de vie à la campagne tout en n'étant pas loin de la ville". Selon lui, ces zones ont donc pris de l'importance à la fois économique et politique, au détriment des villes moyennes. "Il ne s'agit pas de territoires de relégation, bien au contraire", note-t-il.

 

L'offre doit-elle précéder la demande ?

 

Bruno Arcadipane, le président d'Action Logement, premier financeur des politiques nationales d'aménagement du territoire, livre son sentiment : "L'ANRU 2, ou NPNRU pour les plus geeks, est à l'arrêt. Le système est bloqué et cela pèse sur l'emploi du bâtiment. Les délais de trois ans sont trop longs. L'Action Cœur de ville est très différente, plus réactive, car il n'y a pas d'intermédiation". Pour lui, la réhabilitation de quartiers entiers intégrant logements y compris sociaux, commerces et services publics est une priorité pour relancer ces zones. Un sentiment partagé par Emmanuel Le Roch, le délégué de la fédération pour l'urbanisme et le développement du commerce spécialisé Procos : "Les commerces vacants sont la conséquence de choses antérieures avec un mouvement vers la périphérie, les grandes surfaces". Un sentiment partagé par le sénateur du Doubs, Martial Bourquin : "Une culture de la périphérie s'est installée. Les centre-villes sont trop chers fiscalement, la circulation et le stationnement y posent problème, ce qui est rédhibitoire pour s'y installer".

 

Mais comment résoudre cette problématique de désertification urbaine ? "Cela nécessite une discussion autour de projets territoriaux, car les commerces vont simplement là où se trouvent les clients", estime Emmanuel Le Roch. Le sujet serait donc multifactoriel, mêlant habitat, services publics, offre de transports, activité économique, projets culturels, et même possibilités logistiques. Le représentant du commerce spécialisé avance l'idée de baux sociaux pour les boutiques de centre-ville, afin de donner un coup de pouce, et de création d'un rôle de "manager de centre-ville" à l'image d'un manager de centre-commercial qui coordonnerait l'offre. Martial Bourquin, pour sa part, prône la création de périmètres urbains définissant réellement le centre, afin que cette aire bénéficie d'aides particulières, comme une TVA réduite, afin d'y abaisser la fiscalité et de favoriser la rénovation patrimoniale. A l'inverse, il propose de fiscaliser l'artificialisation des sols et même de taxer les livraisons des achats sur Internet selon le kilométrage parcouru, afin de lutter contre les géants du commerce en ligne comme Amazon ou eBay. L'élu du Doubs souhaite une véritable volonté politique de régulation du commerce en périphérie.

 

La question du Pinel

 

Certaines agglomérations comme celle d'Angoulême ont expérimenté, avec succès, un aménagement du dispositif Pinel, grâce à une dérogation temporaire du zonage en B2. Jean-François Dauré, le président du Grand Angoulême, raconte : "Notre méthode de travail a associé collectivités et monde économique, y compris la FFB, pour co-construire une charte, signée par le Préfet. Et le bilan est formidable puisque plus de 700 emplois ont été créés ou maintenus et 300 opérations immobilières menées à bien en 2 ans, selon le principe Un neuf pour Un ancien". En clair, chaque construction autorisée entraînait en contrepartie une réhabilitation dans le centre-ville. Une disposition aujourd'hui suspendue, faute de moyens, mais qui a permis un maintien de l'activité au niveau du bâtiment sur le territoire concerné qui a donné un second souffle à la ville. Le maire d'Angoulême, Xavier Bonnefont, renchérit : "Il y avait un fort taux de vacance des grands logements, ce qui était un crève-cœur pour nos concitoyens. Il a fallu transformer l'offre de l'habitat dans la ville grâce à ce dispositif vertueux qui doit être considéré comme un investissement plutôt que comme un coût". Les autres participants aux tables rondes abondent : nombreux sont ceux qui souhaitent un maintien du Pinel, mais avec un ciblage plus précis, à l'échelle de quartiers ou d'opérations spécifiques d'aménagement.

 

Le chercheur Eric Charmes résume : "L'aide de l'Etat semble nécessaire et les dispositifs de ce type jouent un rôle déterminant. Mais les villes moyennes ne s'en sortiront pas que comme ça". Les opérations comme Action Cœur de Ville n'auront qu'un effet curatif sans changer la donne, d'autant qu'il ne porte - pour l'heure - que sur 222 municipalités désignées, alors que plusieurs centaines d'autres sont en difficulté sur tout le territoire. La députée du Finistère Annaïg Le Meur, assure que le plan n'est qu'un début et ne se limitera pas à ces villes prioritaires. Mais les acteurs de terrain comme Jean-François Dauré et Xavier Bonnefont réclament plus de latitude d'action de la part du gouvernement : "Nous sommes capables au niveau des territoires de nous discipliner et de nous réguler. Nous espérons que le ministre Jacques Mézard reconsidèrera l'arrêt du Pinel sur-mesure. Il ne faut pas raisonner uniquement en termes de fiscalité, car il permet de gagner des recettes également". Une expérimentation que souhaiteraient suivre plusieurs autres villes françaises en quête d'attractivité.

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