POLITIQUE DE LA VILLE. L'ancien ministre de la ville a remis à Edouard Philippe son rapport dans lequel il appelle à changer la donne et à relancer la rénovation urbaine. Un document qui dresse un "constat abrupt" et appelle "des actions nouvelles", estime le ministre de la Cohésion des Territoires Jacques Mézard.

Jean-Louis Borloo, chargé par Emmanuel Macron d'une mission sur la politique de la ville, a remis son rapport au Premier ministre ce jeudi. A cette occasion l'ancien ministre de la Ville a appelé à "changer la donne" dans les quartiers prioritaires et à "relancer la rénovation urbaine". Il a indiqué que ce rapport prévoit "un ensemble d'événements ou de programmes" dont il espère que cela va "changer la donne". Des préconisations très attendues en banlieue, où la conjonction des difficultés sociales, économiques et éducatives exacerbent le sentiment de relégation. Intitulé "Vivre ensemble - vivre en grand la République", ce rapport de 60 pages qui appelle à une "réconciliation nationale" nourrira le "plan de mobilisation" en faveur des quartiers prioritaires qu'Emmanuel Macron annoncera "dans le courant du mois de mai", a indiqué le Premier ministre Edouard Philippe après avoir reçu le document.

 

Borloo propose la création d'un fonds de 5 milliards d'euros

 

Jean-Louis Borloo plaide pour "des programmes extrêmement clairs" avec dans les entreprises un "recrutement massif en alternance". Autre piste, "relancer cette rénovation urbaine" qui avait "métamorphosé une partie des quartiers" mais "qui est à l'arrêt depuis quatre ans" afin de "changer (leur) visage", a-t-il ajouté. En matière de financement, Jean-Louis Borloo rappelle que la rénovation urbaine a généré "48 milliards de travaux" en dix ans, et appelle à la création d'un fonds de plus de 5 milliards d'euros abondé notamment par "la cession des participations de l'Etat en 2018 (10 milliards annoncés)", qui ne créerait "pas de dépenses budgétaires nouvelles pour l'Etat". "Je dois avouer ma stupéfaction d'avoir découvert à quel point le système était désinvolte et se mentait à lui-même", affirme en conclusion de son rapport l'ancien ministre, qui souligne combien les moyens déployés dans les quartiers prioritaires "sont en dessous du minimum républicain" et combien les correctifs "se sont quasiment tous arrêtés".

 

"Il y a un besoin de faciliter, de simplifier" les dispositifs, Jacques Mézard

 

Pour Jacques Mézard, ministre de la Cohésion des territoires, ce rapport dresse un "constat abrupt" qui appelle "des actions nouvelles. Ce constat "est le résultat de la gestion de tous depuis des décennies" a affirmé le ministre. Mais "de temps en temps il faut des ondes de choc, car c'est le moyen de faire avancer ces dossiers", a-t-il ajouté, en estimant que "nous avons besoin de ramener des équilibres dans la République".

 

Dans les banlieues populaires, qui se sentent oubliées par le gouvernement, pèsent les risques d'un "nouvel apartheid" et d'un "repli communautaire", relève le rapport remis à Edouard Philippe. Il faut à présent "laisser le temps au gouvernement de faire un travail d'étude" sur ce texte "qui a été terminé dans la nuit", a ajouté Jacques Mézard. Mais "il y a un besoin de faciliter, de simplifier" les dispositifs, a-t-il dit. "Nous avons beaucoup de territoires qui vont bien, mais d'autres qui sont en fragilité" et de ce point de vue, "il y a quelque chose à ne surtout pas faire : opposer urbain et rural, grandes métropoles et villes moyennes", a rappelé Jacques Mézard, qui s'était vu vivement reprocher par certains élus une supposée préférence pour la ruralité.

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