En 2016, la France a conservé sa place de leader de la construction grâce aux bonnes performances de ses trois champions, tous placés dans le Top 5 européen. A l'inverse, les groupes espagnols ou britanniques ont souffert. Marc de Villartay, associé responsable du secteur Construction chez Deloitte, analyse les résultats de l'étude "European Powers of Construction 2016".

Le classement "European Powers of Construction" en est à sa 14e édition, mais, il évolue peu : la France conserve sa place de numéro incontestée du BTP européen, qu'il s'agisse de chiffre d'affaires ou de capitalisation boursière. Ses trois entreprises leader - Vinci, Bouygues et Eiffage - figurent en effet dans le Top 5 de ce classement, comme le confirme Marc de Villartay, associé responsable du secteur Construction chez Deloitte : "Les groupes français ont de belles performances. A contrario, les groupes espagnols et britanniques connaissent des difficultés".

 

Une situation sans égal pour la France

 

Depuis 2012, le trio de tête du classement établi par le cabinet de consultants est inchangé : Vinci, ACS (Espagne) et Bouygues s'accrochent au podium avec des revenus qui dépassent les 30 Mrds € chacun. Et ce petit groupe de superpuissances n'est pas près d'être rejoint puisque le numéro quatre, le suédois Skanska n'atteint "que" 15,3 Mrds € de chiffre d'affaires. Il est d'ailleurs talonné par un autre français, Eiffage, qui a généré un CA de 14,3 Mrds € en 2016. A eux trois, les leaders hexagonaux totalisent donc 84,1 Mrds € (-1 %) d'activité, sur un marché global de 295 Mrds € (-2 %) pour les 50 premières entreprises européennes, soit près du tiers du secteur continental… Côté capitalisation boursière, les chiffres sont encore meilleurs : Vinci, Bouygues et Eiffage représentent 56,4 Mrds € (+7 %) sur un total de 155,3 Mrds € (-5 %). Les trois champions dépassent donc les 36 % de tout le domaine !

 

Seuls pays à pouvoir rivaliser avec ces chiffres, l'Espagne et ses sept représentants figurant dans le Top 50 du "European Powers of Construction 2016" (dont ACS, Ferrovial, Acciona et FCC), et la Grande-Bretagne qui aligne pas moins de 13 représentants de taille inférieure (dont Balfour Beatty et Carillion). Les chiffres d'affaires additionnés de leurs champions nationaux frisent les 62 Mrds € (-5 %) pour l'Espagne et dépassent les 56 Mrds € (+1 %) pour le Royaume-Uni. Suivent plusieurs nations surprenantes, comme la Suède avec quatre groupes représentés (27,4 Mrds €), l'Autriche et ses deux entreprises (15,8 Mrds €) ou les Pays-Bas avec trois sociétés (11,2 Mrds €). De façon étonnante, l'Allemagne, pourtant premier marché d'Europe en termes d'investissements dans le BTP (310 Mrds €) devant la France (257 Mrds €), ne possède qu'un seul groupe dans le Top 50 de Deloitte, qui pointe à une anonyme 42e place (Bauer et son 1,58 Mrd € de CA). La raison ? L'absorption de Hochtief par ACS.

 

Vinci, Bouygues et Eiffage sont-ils suffisamment internationaux ?

 

Les analystes distinguent des stratégies différentes selon les groupes. Ainsi, Bouygues Construction est-il placé dans la catégorie "Groupes de BTP domestiques" alors que Vinci est placé dans celle des "Groupes de BTP internationaux". Pourtant, les deux géants français réalisent à peu près le même pourcentage de leur activité dans l'Hexagone (environ 58-59 %). Le rapport précise toutefois que la situation pourrait évoluer pour Bouygues dont 58 % du carnet de commandes est aujourd'hui dévolu à l'export, ce qui pourrait l'entraîner à changer de catégorie, à l'image de Vinci en 2015. Eiffage, quant à lui, se retrouve fiché sous l'étiquette "Conglomérats domestiques". Son activité est fortement ancrée en France (80 % de son CA) et elle dépasse la construction pour atteindre d'autres secteurs de l'économie comme l'énergie ou les concessions.

 

Concernant les perspectives, le cabinet Deloitte estime que les groupes français font des efforts pour s'internationaliser et note la présence accrue de Vinci dans d'autres marchés européens (Allemagne, Royaume-Uni) ou internationaux (Asie, Amérique, Moyen-Orient). Selon les prévisions économiques publiées par la Commission européenne au printemps, l'investissement dans la construction du Vieux continent devrait continuer de croître cette année (+2,7 %) et même s'intensifier en 2018 (+3,1 %). Marc de Villartay conclut : "En Europe, les dépenses d'investissements restent néanmoins inférieures d'environ 15 % aux niveaux d'avant crise. Il reste donc des opportunités dans la zone mais les plus forts relais de croissance sont dans le reste du monde, là où les besoins en infrastructures sont considérables". Une opportunité à saisir pour les trois ténors.

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