CONJONCTURE. La Fédération française du bâtiment anticipe une hausse de seulement 0,8% de l'activité du secteur en 2020. Cet atterrissage "en douceur" pourrait se faire plus violent en cas de durcissement des conditions d'accès au crédit immobilier et de suppression du prêt à taux zéro.

Un "atterrissage en douceur." Telle est la prévision, dévoilée ce jeudi 12 décembre, de la Fédération française du bâtiment (FFB) pour l'activité du secteur, qui devrait croître de 0,8% en 2020, après une progression estimée à 1,2% pour 2019. Mais cet atterrissage pourrait s'avérer plus brutal en cas de durcissement des conditions d'accès au crédit immobilier et de suppression du prêt à taux zéro (PTZ) dans les zones B2 et C, a prévenu Jacques Chanut, le président de la FFB. Sur le premier point, le Haut Conseil de Stabilité Financière a adopté ce jeudi un plan d'actions face à la "dégradation progressive mais continue" des conditions d'octroi de crédit, caractérisées par une augmentation de plus de 5 points, depuis 2015, de la part des crédits présentant un taux d'effort de plus de 33% et par une hausse de deux ans de la maturité moyenne des nouveaux prêts, à 20,5 ans en 2019. Le HCSF recommande donc aux banques de consentir aux emprunteurs un taux d'effort maximal de 33% de leur revenu net et une durée de crédit n'excédant pas 25 ans. Si les banques ne suivent pas ces recommandations, le HCSF se réserve la possibilité de leur demander davantage de capital en face des nouveaux crédits non conformes à ces bonnes pratiques.

 

Au sujet du PTZ, l'enjeu réside dans son maintien au-delà du 31 décembre 2019 dans les zones B2 et C, dites détendues en raison d'un bon équilibre entre l'offre et la demande de biens. Contre l'avis du Gouvernement, l'Assemblée nationale et le Sénat ont voté sa prolongation d'un an, dans le cadre du projet de loi de Finances pour 2020, qui reviendra vendredi devant les députés après l'échec de la commission mixte paritaire conclusive de mercredi. Si Jacques Chanut est satisfait d'avoir pu "faire comprendre aux parlementaires l'intérêt" du PTZ, il commence à être lassé par ce "combat" : "Il y a chaque année des attaques de Bercy sur ce sujet, ce qui déstabilise le marché."

 

Inquiétudes sur la mise en œuvre du CITE

 

Autre préoccupation de la FFB, le projet de transformation, à partir du 1er janvier 2020, du crédit d'impôt transition énergétique (CITE) en une prime, moins avantageuse pour les 9ème et 10ème déciles de revenus, qui ne représentent pas moins de la moitié du marché de la rénovation énergétique. Si le secteur du Bâtiment devrait profiter au premier semestre 2020 de la "queue de comète" de l'actuel CITE, "le juge de paix sera (en revanche) la fin 2020, nous verrons si les volumes sont toujours là", alerte Jacques Chanut. Non seulement la FFB juge "trop minimes" les ajustements au projet de réforme obtenus au Parlement, mais elle s'inquiète surtout de la mise en œuvre de Ma Prime Rénov, qui succèdera au CITE. Certes, Valérie Mancret-Taylor, directrice générale de l'Agence nationale pour l'habitat (Anah), qui distribuera Ma Prime Rénov, a assuré mercredi à la FFB que sa plate-forme logicielle serait prête début janvier pour recevoir les dossiers des particuliers. Mais ceux-ci seront traités trois à quatre mois après, décalant d'autant le paiement des entreprises chargées d'effectuer les travaux de rénovation énergétique, s'inquiète le patron de la FFB.

 

Sa préoccupation est d'autant plus grande qu'après quatre années de croissance de l'activité, les marges du secteur demeurent faibles. La conséquence, notamment, d'une inflation salariale liée à la difficulté à recruter, et du renchérissement des prix des matériaux. A quoi s'ajouteront dans les prochains mois la disparition progressive de l'avantage fiscal sur le gazole non routier et de la déduction forfaitaire spécifique. La FFB ne voit pas d'autre solution à ce problème de rentabilité qu'une hausse des tarifs des sociétés du secteur. "Des taux de marge à la hauteur de nos investissements, ce sera notre combat l'an prochain", résume Jacques Chanut. Qui souligne qu'avec "un taux de marge nette moyen de 1,5% quand tout va bien, la marge de manœuvre est très faible."

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