CONJONCTURE. Les difficultés d'approvisionnement et le renchérissement des coûts des matières premières handicapent la reprise économique mondiale, confirment les économistes du groupe Coface. Dans leur baromètre, ils pointent un risque d'impayés "moyen" à "élevé" pour les entreprises françaises de la construction, de l'énergie et de la filière bois.

Les entreprises de la plupart des secteurs d'activité le savent malheureusement bien, les difficultés d'approvisionnement et le renchérissement des coûts des matières premières handicapent la reprise économique mondiale. Si la vaccination contre le Covid a permis, en tout cas dans les pays développés, de relancer la machine, et de stimuler ainsi brusquement la consommation et la demande à des niveaux élevés, la situation diffère d'une région du monde à une autre, d'un pays à un autre et d'un secteur à un autre. Dans leur "baromètre risques pays et sectoriels", les économistes du groupe Coface estiment que cette reprise commence à s'essouffler, pénalisée par les capacités de production surchargées, les pénuries de matériaux et les flambées des prix.

 

 

Même si l'analyse de Coface est mondiale, son éclairage n'en demeure pas moins intéressant dans la mesure où les entreprises françaises, y compris celles du bâtiment et des travaux publics, évoluent elles aussi dans une économie globalisée. Sur les prix des matières premières, le baromètre souligne que "tout en restant à des niveaux élevés, les prix de certains métaux devraient continuer à baisser après un pic en 2021", ajoutant que "l'assainissement en cours du secteur immobilier chinois pourrait affecter les projets de construction et d'infrastructures, et donc refroidir la demande d'acier, de cuivre, d'étain et de zinc". L'Empire du Milieu est d'ailleurs souvent présenté comme "responsable" des tensions parfois virulentes qui peuvent s'exercer sur les stocks et les prix de ces différents matériaux. Quant aux coûts du pétrole, du charbon et du gaz naturel, "la demande [submerge] une offre contrainte". Mais là aussi, les économistes considèrent que cette situation atteindra bientôt son paroxysme.

 

Situation quasi-similaire dans toute l'Europe de l'Ouest

 

 

Tous ces facteurs économiques impactent bien sûr les risques économiques et financiers qui pèsent sur les économies nationales, au premier rang desquels le risque d'impayés pour les entreprises. Coface a ainsi revu son évaluation de plusieurs pays dont la France (et ses entreprises), qui est passée d'un rang A3 - pour "risque satisfaisant" - à un rang A2 - pour "risque peu élevé" -, ce qui constitue donc une amélioration. Mais le détail par secteur d'activité appelle à la prudence : en Europe de l'Ouest d'une manière générale comme en France en particulier, les filières du BTP et du bois affichent un "risque moyen", tandis que le secteur de l'énergie doit faire face à un "risque élevé". Et ce, deux mois avant l'entrée en vigueur de la Réglementation environnementale 2020 - qui consacre les matériaux biosourcés comme le bois - et dans un contexte climatique et énergétique tendu pour l'économie française, entre les réflexions en cours sur la filière nucléaire et le développement, jugé souvent trop lent, des renouvelables.

 

Nos voisins européens sont sensiblement dans la même situation. En Allemagne, les entreprises de l'énergie s'en sortent un peu mieux que leurs homologues françaises. En Italie, en revanche, le risque d'impayés est plus important pour le secteur du BTP. La construction affiche une excellente santé économique aux Pays-Bas, tandis que le secteur énergétique du Royaume-Uni, auparavant dans une situation très délicate ("risque très élevé"), a réussi à redresser la barre et à réduire son exposition aux impayés.

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