ANNONCE. Parce que les Français sont attachés à leur patrimoine et que ce dernier a souvent besoin d'être restauré et préservé, la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, a présenté la stratégie pluriannuelle en faveur du patrimoine. Un plan ambition axé autour de 15 mesures.

C'est un fait, les Français sont attachés à leur patrimoine. Pour preuve les 12 millions de visiteurs enregistrés lors des journées européennes du patrimoine. Pourtant, le ministère de la culture le constate : aujourd'hui "les deux tiers des immeubles protégés sont jugés en état « bon » ou « moyen » ; un quart des immeubles protégés est jugé en état « défectueux » ou en « mauvais état » ; 5% des immeubles protégés sont jugés « en péril »". Et la moitié du patrimoine protégé jugé « en péril » ou « en mauvais état » se situe dans les communes de moins de 2 000 habitants, qui n'ont pas toujours les ressources suffisantes pour assurer seules sa revalorisation".

 

"Donner un nouvel élan à la politique de l'État en matière de patrimoine". C'est donc l'ambition que s'est fixée la ministre de la Culture Françoise Nyssen. Ce 17 novembre 2017, elle a présenté la stratégie pluriannuelle en faveur du patrimoine, comprenant 15 mesures. "Nous avons en France une chance immense, [celle] d'avoir un patrimoine abondant, qui constelle notre territoire. [C'est] une chance pour les citoyens (un levier d'émancipation et un motif de fierté) et une chance pour les territoires (un exceptionnel facteur d'attractivité)", a-t-elle souligné.

 

Un budget en hausse…


A travers ce plan, le gouvernement entend entretenir et rénover, valoriser, transmettre mais aussi "faire avancer l'Europe sur la question du patrimoine". Pour y arriver, l'Etat explique s'engager dans la durée et annonce une hausse de 5% du budget dédié à l'entretien et à la restauration du patrimoine dès 2018. Le budget sera donc de 326 millions d'euros et restera stable pendant la durée du quinquennat, précise le Gouvernement.

 

Cette stratégie comprend donc 15 mesures pour répondre aux quatre objectifs visés. Ainsi pour entretenir et restaurer le patrimoine, le plan annonce la création d'un fonds spécifiques pour les petites communes. D'un montant de 15 millions d'euros dès 2018, il servira à financer la restauration du patrimoine protégé de celles-ci. Alors qu'aujourd'hui, l'Etat finançait en moyenne 30% du coût total des travaux, ce fonds permettra de prendre en charge jusqu'à 80% du coût total des travaux. Le ministère précise toutefois que ce fonds ne concernera pas toutes les restaurations mais celles "des édifices présentant des besoins sanitaires avérés".

 

... Et de nouvelles ressources financières pour entretenir le patrimoine

 

Autre mesure déjà annoncée, celle de la création de nouveaux mécanismes de financement participatif avec par exemple la création d'un Loto du patrimoine, proposé par dans le cadre du projet de loi de finances rectificative pour 2017. Une mesure saluée par le maire de Versailles, François de Mazières, qui attire cependant l'attention du Gouvernement sur les conséquences de la baisse des dotations sur de telles opérations de restauration du patrimoine.

 

Le patrimoine comme outil de revitalisation des territoires

 

La stratégie confirme aussi la création d'une plateforme permettant à tous les citoyens de signaler des monuments en péril (www.patrimoine-immobilier-en-peril.fr ). Plateforme en lien avec la mission confiée à l'animateur Stéphane Bern de recenser les monuments en péril et trouver des financements innovants pour le restaurer. "Ce sera une formidable opportunité pour trouver de nouvelles ressources", nous a confié Célia Verot, directrice générale de la Fondation du patrimoine.

 

Et parce que 43% du patrimoine protégé appartient à des propriétaires privés, le Gouvernement annonce des mesures de simplification pour leurs démarches afin que ces biens soient entretenus et sauvegarder. "Ce plan montre bien la mobilisation du gouvernement sur le patrimoine", estime la dirigeante de la Fondation du Patrimoine qui apprécie "la volonté de l'Etat de soutenir même le patrimoine non-protégé".

 

Création d'une marque unique

 

La stratégie met aussi l'accent sur la valorisation du patrimoine comme outil pour revitaliser les territoires. Le ministère de la Culture confirme le lancement d'une expérimentation dans 17 villes pour les accompagner à bâtir un projet global de revitalisation. Il annonce aussi le "renforcement du dialogue avec les architectes des bâtiments de France en amont des projets patrimoniaux" afin d'apporter des conseils et recommandations sur les projets de revitalisations de centres historiques. Pour simplifier la lisibilité des sites présentant un intérêt patrimonial, le ministère de la Culture structurera l'ensemble des labels existants sous une seule marque "Patrimoine de France".

 

"L'intérêt de ce plan est aussi de sensibiliser les Français à la cause du patrimoine et de faire prendre conscience que l'enjeu est à la fois culturel, historique, économique et social car créateur d'emplois", souligne Célia Verot.

 


Valoriser et renforcer les savoir-faire

 

Troisième objectif : transmettre les savoir-faire. Pour cela, le Gouvernement entend promouvoir les métiers du patrimoine" et lever "les freins à l'apprentissage". Par exemple, une plateforme numérique regroupera l'ensemble des formations. Il est également prévu de renforcer la formation des futurs professionnels. Ainsi dès la rentrée prochaine (2018-2019), un module obligatoire "Patrimoine" sera progressivement mis en place dans les formations délivrées aux étudiants des ENSA (Ecole nationale supérieure d'architecture) et un module "Médiation avec les publics" dans le cursus de tous les professionnels du patrimoine. Des actions seront par ailleurs menées dans les écoles avec notamment des visites de chantiers patrimoniaux.

 

Défendre le patrimoine au niveau européen

 

Le Gouvernement entend aussi promouvoir les savoir-faire français au-delà des frontières et annonce le développement d'une stratégie coordonnée pour répondre aux appels d'offre sur les marchés internationaux. Un chantier concernera aussi la numérisation du patrimoine afin de faciliter l'accès aux archives publiques. Et fin 2018, les sites internet de toutes les institutions relevant du ministère devront clairement informer les visiteurs des conditions d'accessibilité.

 

Enfin, l'Etat veut "faire avancer l'Europe" sur le sujet et annonce pour cela la création d'un "Grand Tour" du patrimoine et d'un projet Erasmus de la culture permettant la mobilité des jeunes bénévoles sur les chantiers patrimoniaux européens. Dernière mesure de cette stratégie : le renforcement de la lutte contre les trafics illicites d'œuvres.

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