La technologie LiFi, de transmission d'informations à haut débit grâce à la lumière, entre en phase industrielle. La société Lucibel lance commercialement sa solution de luminaire communicant, qui permet de se passer des ondes électromagnétiques du WiFi. Explications avec Frédéric Granotier, le président fondateur de l'entreprise, et Edouard Lebrun, directeur du développement.

En un an, la technologie "Light Fidelity" a fait d'énormes progrès. Le prototype de boîtier qui permettait de surfer sur Internet en communicant via des signaux lumineux avec un plafonnier LED spécifique a laissé place à une élégante clef USB, dont la taille a été divisée par cinq. Le plafonnier a, lui aussi, fortement évolué et se trouve maintenant totalement intégré, et facilement encastrable dans un faux plafond. Quant au débit de la connexion Internet, il est multiplié par quatre ! Frédéric Granotier, le président fondateur de la société Lucibel, raconte : "Ce n'est plus de la science-fiction, c'est une technologie réelle, où la lumière rend possible l'accès à Internet. Cette lumière numérique transmet des informations comme du 'morse optique' à une fréquence de plusieurs millions de scintillements par seconde". Le LiFi diffère donc de la technologie Visible Light Communication (VLC), qui est une liaison unidirectionnelle (uniquement descendante) et bas débit.

 

Quatre fois plus de débit dans cinq fois plus petit

 

C'est au contraire une liaison bidirectionnelle, qui utilise la lumière visible pour le flux descendant, et les infrarouges pour le flux ascendant, et dont le débit est beaucoup plus élevé. Edouard Lebrun, le directeur du développement de Lucibel, fait la démonstration : "Alors que notre prototype l'an dernier affichait des débits maximum de l'ordre de 10 Mbit/seconde, le produit industrialisé peut monter à 42,6 Mbit/s ! Et potentiellement jusqu'à 54 Mbit/s en remontée via les ondes infrarouges". Pour le luminaire, qui embarque toute l'électronique et le système de gestion, le directeur explique : "Il est compact, facile à intégrer dans un faux plafond, et donc à déployer dans un bâtiment. Sur cette version industrialisée, tous les composants sont embarqués sur le luminaire : carte réseau, lentille infrarouge (alors qu'elle était déportée sur le prototype, NdlR), prise Ethernet pour câble RJ45, électronique de puissance, alimentation… L'ensemble est pilotable depuis une GTB et sécurisé par des protocoles d'identification". Question sécurité justement, c'est là le point fort de la solution Lucibel : impossible de pirater ce signal lumineux depuis l'extérieur du cône d'éclairage. A l'inverse des ondes électromagnétiques du WiFi, qui se propagent dans toutes les directions et de façon difficilement contrôlable, la lumière est confinée à la pièce où est installé le système LiFi.

 

D'où un intérêt pour des entreprises, services et industriels qui requièrent la confidentialité de leur connexion. "En déploiement, à court terme, nous visons les clients professionnels où le réseau WiFi n'est pas ou peu déployé et où les échanges de données doivent être parfaitement sécurisés : banques, centres de R&D, secteur de la défense et de la sécurité privée, sièges sociaux d'entreprises…", détaille Edouard Lebrun, qui poursuit : "Ensuite, on se tournera vers les environnements contraints vis-à-vis des rayonnements radio, tels les hôpitaux ou les sites industriels comme les centrales nucléaires. On s'adressera aux lieux où les bornes WiFi sont interdites, comme les crèches et les garderies. Enfin, on pourra équiper les environnements à haute densité de connexion où les réseaux WiFi sont très sollicités : aéroports, hôtels…". En tout, chaque point lumineux pourrait devenir source de connexion Internet. La solution luminaire de Lucibel permet, pour l'heure, de fournir un accès à huit utilisateurs simultanément.

 

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