BAS CARBONE. Deux ans après le lancement de l'expérimentation E+C- qui préfigure la future réglementation environnementale des bâtiments, un consortium d'acteurs propose d'étendre le concept "Energie plus, carbone moins" à l'échelle des quartiers. Ce qui nécessitera la définition de méthodes spécifiques et l'obtention de résultats concrets. Explications.

L'association Bâtiments Bas Carbone (BBCA) planche dessus depuis plusieurs mois : c'est désormais avec un consortium plus large que les "quartiers bas carbone" devraient voir le jour. Lauréat du 4e appel à projet de l'Ademe "Vers des bâtiments responsables à l'horizon 2020", le projet de recherche fédèrera le CSTB, les certificateurs Alliance HQE-GBC, Certivea et Effinergie, ainsi que le technopôle Atlantech, le centre de R&D Efficacity et le bureau d'études Elioth (groupe Egis). Tous ensemble devront développer et tester une méthode d'évaluation Energie-Carbone à l'échelle d'un territoire, plutôt que d'un bâtiment unique. Stanislas Pottier, le président de BBCA, expliquait voilà quelques semaines : "L'approche quartier est très pertinente pour agir sur le climat et diminuer l'empreinte carbone, voire accélérer sa captation. Car il faut considérer le bâtiment dans sa fonction au sein d'un quartier ou d'une ville, ses interactions avec les autres bâtiments ou avec ses usagers".

 

Le programme s'organisera en trois grandes étapes. Tout d'abord la définition du cahier des charges de cette méthode, à partir d'analyses et de données disponibles, pour évaluer les projets et les outils existants. Cette première phase sera menée par Efficacity, Effinergie et l'Alliance HQE-GBC, d'ici au début de 2019. Dans un deuxième temps, la méthode elle-même sera élaborée, sous la houlette du CSTB qui coordonnera le projet afin d'en assurer la cohérence scientifique. Les données nécessaires seront collectées tandis que des cibles de performance pertinentes (en fonction du type de bâtiment, de la zone climatique, de la densité ou de la temporalité) seront définies par un groupe de travail piloté par Elioth. Enfin, une mise en application de la méthode sera lancée sur des projets pilotes, afin de bénéficier de premiers retours d'expérience. Cette troisième étape sera coordonnée par Certivea.

 

Trois années avant les premiers résultats

 

Huit projets différents ont d'ores et déjà été retenus, pour participer à cette ultime phase du programme. Deux d'entre eux sont en lien avec les animateurs du projet, puisqu'il s'agit d'Atlantech - quartier bas carbone à La Rochelle - et de la Cité Descartes de Champs-sur-Marne, quartier d'affaires labellisé "Démonstrateur industriel pour la ville durable". D'autres territoires seront intégrés à l'expérimentation, comme l'EcoCité Euroméditerranée de Marseille, Les Nouveaux Echats de Beaucouzé (Maine-et-Loire), Porte des Paris à Saint-Denis/Aubervilliers, Sevran Terre d'avenir (Seine-Saint-Denis), la ZAC de Chesnes dans l'Isère et 17&Co, à Paris. Les premiers résultats sont attendus pour mars 2021.

 

Les partenaires notent : "Le changement d'échelle du bâtiment au quartier nécessite de redéfinir les contributeurs et de prendre en compte également - outre les produits et équipements, le chantier, l'énergie et l'eau - les déplacements, les réseaux, le traitement des déchets, l'éclairage public, la réalisation des infrastructures, les espaces publics… Cette nouvelle perspective favorisant la mutualisation va de plus permettre de faire émerger des solutions innovantes et d'élargir le champs des possibles en termes de performance environnementale". Jean-Christophe Visier, spécialiste de la question de la neutralité carbone au CSTB, estime que l'actionnement de ces différents leviers pourrait conduire à une réduction de 3 tonnes d'émissions de CO2/an pour un citoyen français (-26 %), qui génère annuellement 11,5 tonnes de dioxyde de carbone en moyenne, aujourd'hui. Le périmètre de l'îlot ou du quartier, également considéré pour les questions d'autoconsommation et d'autoproduction d'énergies renouvelables, semble plus que jamais être celui de l'avenir. Alain Maugard, président de Qualibat et copilote du groupe de travail RBR 2020-2050, nous confiait, au printemps dernier : "Le bâtiment à énergie positive va se faire, à une échelle plus grande, celle du quartier, du territoire, c'est clair, car les optimisations sont plus intelligentes à ces échelles plutôt qu'au niveau du bâtiment seul".

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