CONSOMMATION. L'association de défense des consommateurs rassemble plusieurs dizaines de milliers de signataires sur une pétition intitulée "Refusons de payer pour Linky !". Elle s'insurge contre le mode de financement du compteur communicant et contre le manque de services pour les clients. Explications avec Nicolas Mouchnino, chargé de mission à l'UFC-Que Choisir.

L'UFC-Que Choisir n'est pas opposée au déploiement de compteurs intelligents - demandé par l'Union européenne à tous les Etat membres - et elle n'est pas inquiète de la collecte des données, plus sécurisée que sur les réseaux sociaux par exemple. En revanche, l'association de défense des consommateurs se montre très critique sur le mode de financement du compteur électrique Linky ainsi que sur le manque de services rendus, tout comme la Cour des comptes le faisait remarquer en février dernier.

 

Nicolas Mouchnino, chargé de mission, nous explique précisément ces griefs : "Enedis emprunte pour déployer ce compteur et se rémunérer ensuite sur les économies réalisées. Or, la rémunération de cet emprunt est bien plus importante de l'ordre de 500 millions d'euros, au profit du gestionnaire. Ce qui n'est pas un montant 'raisonnable' étant donné le très faible niveau de risque supporté". L'UFC-Que Choisir déclare ne pas comprendre ces niveaux de rémunération, "extrêmement élevés et non justifiés" sur le seul aspect financier de l'opération. "Il faut donc remettre à plat ce mode de financement, y compris le système de bonus-malus", poursuit-il. Pour le chargé de mission, Enedis se trouverait dans une position de gagnant à tous les coups. "Il reçoit un bonus s'il respecte le calendrier, les coûts ou les volumes de données, à l'image d'une prime sur objectifs. Mais même s'il ne respecte pas les objectifs d'économies sur la période 2021-2034, les sommes remboursées aux consommateurs ne seront pas équivalentes à tout ce qui aura été perçu. Quoi qu'il arrive, s'ils dépassent, respectent ou font mieux que les objectifs, ils toucheront des bonus, le malus ne couvrant pas la totalité". Résultat, d'éventuels surcoûts seraient répartis entre Enedis et les consommateurs.

 

Des données mises à disposition… 24 heures trop tard

 

Autre reproche, celui d'une mise à disposition décevante des données. "Ce n'est pas du temps réel, ce qui devrait pourtant être la base de la maîtrise de l'énergie. Les informations ne sont transmises que 24 heures après, ce qui n'est pas suffisant", nous indique Nicolas Mouchnino. Selon l'UFC-Que Choisir, ce manque de réactivité serait préjudiciable à des mesures d'effacement notamment : "Un effacement programmé la veille, c'est une blague ? Il faut pouvoir gérer cet effacement en temps réel, notamment dans le cas d'installations photovoltaïques. La seule solution, pour l'instant, reste l'achat d'éléments supplémentaires à la charge des consommateurs". L'association déplore le manque de capacités de ce nouveau compteur, y compris au niveau du stockage des données. Seuls quatre mois de datas seraient conservés, là où douze seraient nécessaires à un audit énergétique ou à une comparaison d'offres entre énergéticiens.

 

Nicolas Mouchnino nous raconte : "Aucun service n'est proposé. L'afficheur déporté, obligatoire pour les seuls ménages en situation de précarité énergétique, devrait être généralisé. Et tout le dispositif technique devrait évoluer". Pour apporter du poids à sa demande, l'UFC-Que Choisir lance donc une pétition sur Internet qui espère rassembler plus de 100.000 signataires.

 

La Commission de régulation de l'énergie fait une mise au point sur Linky :
La CRE précise que le déploiement des compteurs communicants est un process industriel de très grande envergure qui apportera aux 35 millions de sites alimentés en électricité une technologie de pointe. L'automate rendrait possible des réductions de consommation et l'émergence de nouveaux services et acteurs de l'énergie. Jean-François Carenco, le président de la CRE, estime que le financement "sera totalement neutre pour les clients grâce aux nombreux gains" apportés par Linky. Pour lui, "se priver de ces compteurs 'nouvelle génération' c'est refuser les mécanismes fondamentaux à la transition énergétique".

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