ÉTUDE. Le Cerema a livré les résultats d'une campagne de dix ans, relative à la performance énergétique de près de 170 bâtiments et à son maintien dans le temps. Il en tire plusieurs enseignements marquants.

Comment agir pour obtenir réellement la performance énergétique d'un bâtiment et la maintenir dans le temps ? C'est la question à laquelle a tenté de répondre le Cerema, qui a mené une campagne de dix ans d'expérimentation, de mesures et d'évaluation technico-socio-économique sur près de 170 bâtiments démonstrateurs. Le programme de travaux de la plateforme de recherche et d'expérimentation sur l'énergie dans le bâtiment (Prebat), lancé en 2008 et qui vient de s'achever, a permis de dégager des enseignements opérationnels, rendus publics récemment (et disponibles en intégralité en fin d'article).

 

Ces bâtiments ont été instrumentés pour mesurer leur performance énergétique et leur confort thermique pendant leurs deux premières années d'occupation. 66 d'entre eux ont été suivis et évalués par des bureaux d'études et 100 par le Cerema, lequel a mené parallèlement des enquêtes en plus des observations, afin de mieux connaître les pratiques des acteurs, ainsi que les modes d'occupation, l'appropriation des systèmes et l'appréciation du confort par les utilisateurs. Le Cerema a également mesuré expérimentalement l'isolation de l'enveloppe et en comparant les mesures aux calculs réglementaires.

 

Les performances attendues ne sont pas atteintes

 

Le principal enseignement mis en avant par la plateforme est que les bâtiments performants thermiquement consomment deux fois moins que la réglementation thermique précédente, mais les performances attendues à la conception ne sont pas atteintes : l'écart s'explique, d'après l'étude, "par la prise en compte partielle et forcément imprécise des conditions d'occupation, par les performances réelles des composants et par leurs conditions de mise en œuvre".

 

Ainsi, par exemple, le Cerema observe que la règle générale d'une sensibilité de 7% de la consommation de chauffage pour 1°C d'écart de la température de consigne intérieure n'est plus utilisable. Il serait donc préférable de raisonner en valeur absolue : pour une augmentation de 1°C de la température de consigne, il estime que la variation est de l'ordre de +1,9 kWhep/m²/an pour les bureaux et de plus de 3 kWhep/m²/an pour les habitations individuelles. Ces résultats sont toutefois uniquement une tendance, "la sensibilité étant finalement propre à chaque bâtiment, sans règle commune par destination d'usage".

 

Une seule solution : penser la performance à toutes les étapes

 

Autre conviction du Cerema : la faible consommation énergétique ne peut être obtenue "qu'avec le concours de tous les acteurs du bâtiment, à toutes les étapes, lors de la conception et de la réalisation, mais aussi tout au long de l'utilisation et de l'exploitation des équipements". La ventilation, clé pour la performance mais également pour le confort thermique d'été, "en est le parfait exemple, avec la nécessaire maîtrise des enjeux, dès la conception, de l'utilisation des locaux et selon la saison".

 

Le rôle de l'utilisateur apparaît donc "primordial" pour la maîtrise des consommations et le confort d'été, "en étant par exemple plus sobre sur ses besoins l'hiver ou en gérant mieux le couple protections solaires / ventilation l'été". Cela doit être, affirme l'agence gouvernementale, "un vecteur fort des années à venir". Le Cerema porte, en ce sens, des programmes pour la maîtrise des consommations par les usages dans les collèges et lycées, ou des outils d'évaluation de solutions techniques pour le confort en climat chaud.

 

Penser en coût global

 

Pour aller encore plus loin, les nouvelles marges de progrès dans la réduction des consommations énergétiques sont notamment sur les postes de consommation électrique qui ne sont pas actuellement soumis à la réglementation thermique, explique le Cerema. Mais ils le seront davantage avec la RE2020.

 

D'un point de vue financier et environnemental, la réflexion en coût global (depuis la conception jusqu'à la fin de vie du bâtiment) "doit devenir la norme", estiment enfin les auteurs, car elle permet de "ne plus raisonner uniquement sur les coûts d'investissement et d'intégrer le gain en consommation (et émission) sur la longue période qui suit".

 


Les grands enjeux par type équipement

 

Chauffage : Prendre en compte les futurs acteurs de l'exploitation dès la conception des chaufferies. Limiter le surdimensionnement des équipements en estimant au mieux les besoins. Optimiser la régulation pour assurer le confort des occupants
Eau chaude sanitaire : Étudier l'intérêt du solaire en habitation et de la production électrique au plus près des besoins dans les bureaux. Estimer les besoins en eau chaude sanitaire en prenant en compte plus précisément l'utilisation du bâtiment
Ventilation : Concevoir des installations faciles à utiliser, confortables et accessibles pour faciliter leur entretien. Limiter la ventilation en période d'inoccupation dans les bâtiments tertiaires tout en assurant une qualité de l'air satisfaisante. Bien concevoir, mettre en œuvre et entretenir les équipements.
Equipements : Choisir des équipements mobiliers et immobiliers à plus faible puissance (en particulier lors de la veille). Limiter et optimiser le fonctionnement des équipements mobiliers et immobiliers.
Production d'électricité : S'assurer que la production solaire est effective en comparant annuellement les résultats. Répartir en amont les rôles entre propriétaires et locataires concernant l'entretien de l'installation, les réparations
Eclairage : Gérer l'éclairage naturel lié aux baies vitrées. Optimiser les systèmes de commande (bâtiments collectifs et tertiaires). Réduire l'éclairage lors des périodes d'inoccupation (tertiaire).
Parois opaques : Maîtriser les points singuliers en particulier les ponts thermiques pour limiter les déperditions. Optimiser la mise en œuvre de l'isolation et de l'étanchéité à l'air
Parois vitrées : Optimiser, le type, la surface, l'orientation des baies vitrées entre apport et déperdition. Maîtriser les points singuliers (réglage des ouvrants, étanchéité de caissons de volets roulants) pour atteindre une bonne perméabilité à l'air.
Confort : Agir sur la gestion thermique de l'enveloppe (protections solaires et ventilation nocturne), pour éviter les surchauffes. Prendre en compte l'usage du bâtiment dès la conception (confort thermique mais aussi visuel et acoustique)

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