ÉCONOMIE CIRCULAIRE. En 2018, Suez présentait au Mipim son outil de modélisation des chantiers de déconstruction, Batirim. Calqué sur le BIM, le "Ressource Information Modeling", autrement appelé RIM, établit un diagnostic facilitant le réemploi, le recyclage et la transformation des ressources. Entretien avec Marie-Dominique Bogo, directrice du projet.

Si le BIM a révolutionné la construction de bâtiments, le RIM souhaite faire de même pour la déconstruction. Le Ressource Information Modeling, développé par Suez et la start-up Resolving, est un outil de modélisation des ressources dans l'existant, facilitant ensuite le réemploi, le recyclage et la transformation des matériaux. Contactée par Batiactu, Marie-Dominique Bogo, directrice du projet Batirim, a présenté l'avancée de son application.

 

Une estimation des coûts de recyclage et de réemploi

 

"Entre 2015 et 2016, avec de nombreux acteurs de la construction, nous nous sommes demandés comment allait évoluer la filière BTP", explique la directrice du projet. Son idée d'utiliser une maquette numérique pour établir un diagnostic de ressources lui est venu après une expérimentation avec Bouygues : "Sur ce chantier de rénovation, nous avons remarqué deux problèmes majeurs : le diagnostic ressources arrive trop tard et il s'ajoute aux nombreux autres déjà effectués. Modéliser l'existant nous a paru être la meilleure solution". Comme son homologue de la construction, le RIM permet aussi de superposer les différents plans afin d'organiser au mieux les travaux de déconstruction. Autre aspect, lors d'une phase d'expérimentation, un quartier à Bagneux (Hauts-de-Seine) de 70.000 m² a été analysé par Batirim ainsi que par deux diagnostiqueurs. "Il s'avère que le RIM était plus précis sur le béton, nous indique Marie-Dominique Bogo, il a également recueilli plus d'informations sur les bâtiments. De plus, les calculs de masse sont effectués automatiquement depuis l'outil, ce qui est un gain de temps et de fiabilité".

 

Autre élément important de l'application, Batirim permet de définir les coûts de recyclage et de réemploi. "Une fois le diagnostic ressources établi, le maître d'ouvrage peut choisir les matériaux qu'il souhaite mettre à disposition pour du réemploi, et ceux qu'il veut recycler, avec une estimation du coût à chaque fois", précise la directrice du projet. Mais ça ne s'arrête pas là. Les produits destinés au réemploi sont directement mis en vente sur des plateformes commerciales en ligne spécialisées durant le temps du chantier. "Le RIM permet au futur acheteur d'avoir de plus amples informations sur les produits disponibles", nous précise Marie-Dominique Bogo, qui ajoute que la maîtrise d'ouvrage a également accès à une liste de plateformes de recyclage.

 

Quel avenir pour l'application ?

 

"Actuellement nous sommes en phase de déploiement. Du point de vue de l'application, elle fonctionne. Resolving vient de développer la version deux. Désormais, l'application est disponible sur Android et les maquettes 2D et 3D sont réunies sur une seule et même application", nous indique la directrice du projet. Plusieurs diagnostiqueurs sont déjà sur la plate-forme, notamment la Gestion des risques sanitaires et professionnels (GRSP), et d'autres arriveront en 2020, notamment "un très gros acteur", ajoute Marie-Dominique Bogo. Concernant l'avenir de l'outil, un partenariat avec ReStore a été conclu pour travailler sur la transformation des matériaux. "Nous souhaitons que des éléments aillent de chantier en chantier pour avoir un usage différent", précise-t-elle. Enfin, elle ajoute qu'il est nécessaire "d'anticiper la réglementation". A l'aube de la RE2020, la question du traitement des déchets non-dangereux va arriver sur la table. "Lors d'une démonstration sur un chantier de déconstruction de bureaux, Batirim a permis d'en recycler presque 70 %". A l'heure où le secteur de la construction attend la nouvelle réglementation environnementale, ces acteurs continuent donc de développer des solutions innovantes pour ne pas être pris au dépourvu.

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