TECHNOLOGIES. Ils se déploient peu à peu dans tous les secteurs de l'économie dont celui du bâtiment et apportent des avantages indéniables. Mais les objets connectés soulèvent également des questions. Didier Baichère, député et vice-président de l'Opecst, signe une première note qui leur est dédiée, présentée ce 22 mars 2018 au Sénat.

L'Internet des objets (Internet of things ou IoT) est une évolution qui touche tous les secteurs d'activité : santé, industrie, transports, services et désormais logement et bâtiment. Cette activité en pleine explosion représente déjà 700 Mrds € de chiffre d'affaires au niveau mondial, et, pour l'heure plus de 8 milliards d'objets sont connectés à un réseau. Mais leur nombre devrait exploser dans les prochaines années pour passer à plusieurs dizaines de milliards d'objets dès 2020 (entre 30 et 80 selon les évaluations). Une situation qui a interpellé les membres de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst), présidé par Cédric Villani. Didier Baichère, député LREM des Yvelines s'est vu confier la mission de rédiger une note sur le sujet qui établit un diagnostic de la situation et formule quelques recommandations pour que les entreprises françaises ne manquent pas le coche.

 

Smart grids, smart buildings…

 

Afin d'illustrer son propos, l'élu évoque tout d'abord le cas de la maintenance prédictive, comme "l'une des applications les plus probantes de l'Internet des objets, notamment utilisée dans l'industrie [où] elle s'appuie sur des réseaux de capteurs sans fil". Disposés à des points stratégiques d'une structure à surveiller, ils recueillent en continu des données qui sont analysées et permettent de prédire de manière localisée des dysfonctionnements, autorisant dès lors une intervention en amont. Sur le Golden Gate Bridge de San Francisco (Californie), par exemple, 64 capteurs connectés ont été mis en place afin de surveiller à distance l'infrastructure. Les vibrations enregistrées par les sondes sont transmises et comparées à un modèle mécanique théorique du pont, ce qui permet d'identifier instantanément une anomalie. Le système "permet donc d'assurer la sécurité du pont à un faible coût, de manière fiable et sans interférer avec son exploitation", souligne l'auteur. Un peu plus loin, la note anticipe que les objets connectés favoriseront la maîtrise des consommations d'énergie, notamment via les smart grids. Ces réseaux électriques communicants surveillent en effet les flux d'énergie qui les parcourent ainsi que l'état de fonctionnement des équipements reliés. De quoi optimiser l'équilibre entre demande locale d'électricité, production décentralisée et soutirage sur le réseau.

 

Les bâtiments connectés, eux-aussi, se bardent de tels capteurs : éclairage intelligent, système de contrôle de la ventilation, thermostats connectés… Mais l'Opecst exprime une première réserve : "Paradoxalement, si certaines applications de l'IoT vont ainsi tendre à réduire la consommation énergétique, la consommation électrique due aux objets connectés et à leurs centres de données devient de plus en plus importante". Autre problème, la durée de vie relativement courte de ces équipements, parfois considérés comme des gadgets (enceinte connectée notamment), pourrait même être amputée par leur obsolescence programmée. "Ainsi, au vu de l'explosion attendue du nombre d'objets connectés, ceux-ci pourraient être une source massive de déchets électroniques", note l'Office. Afin de prolonger la durée d'exploitation de ces objets compacts, l'Opecst recommande par exemple d'intensifier la R&D dans le domaine de la récolte d'énergie, afin de les rendre totalement autonomes, et du stockage d'énergie embarqué. La question de la saturation du spectre hertzien des radiocommunications pourrait aussi se poser rapidement.

 

Linky ou ce qu'il ne fallait pas faire

 

Didier Baichère souligne également que la richesse générée par ces capteurs - la data - fait l'objet de toutes les convoitises de la part des acteurs de l'Internet. Il déclare : "Ces données sont intéressantes. Il faut donc se poser la question des plateformes qui les traitent et faire attention aux GAFA - Google, Apple, Facebook, Amazon - qui captent cette valeur". La note mentionne le risque que ces géants imposent des conditions défavorables aux applications et outils développés en France. Et elle glisse ensuite vers une autre menace, encore plus sournoise, celle du piratage des données personnelles. "La réglementation européenne incite les fabricants à concevoir des objets connectés sécurisés, qui produisent et transmettent le strict minimum de données. Pour autant, les standards de conception assurant la sécurité informatique des technologies de l'Internet des objets ne sont pas encore généralisés. Les défauts de sécurisation des réseaux d'objets connectés sont pourtant des risques majeurs et une attention particulière doit y être prêtée", soutient l'Opecst. Le député des Yvelines ajoute : "Le très haut débit dans les territoires sera nécessaire. Mais il y aura des arbitrages technologiques à faire pour porter ces données : s'orientera-t-on vers la 5G - capable de supporter du très haut et du bas débit - ou bien au contraire vers une solution comme SigFox à coût faible et uniquement à bas débit ?".

 

Enfin, restera la question de l'acceptabilité sociale de ces objets parfois considérés comme intrusifs. L'exemple à ne pas reproduire sera celui du compteur Linky, déployé par Enedis, comme le rappelle Didier Baichère : "Son utilité a été mal expliquée. Les données énergétiques sont nécessaires à la diminution des consommations". Une véritable fronde anti-compteur est ainsi apparue, même alimentée par une sénatrice, Florence Lassarade, qui a déposé deux amendements d'opposition à l'installation des automates Linky et Gazpar, ce jeudi 22 mars 2018. Des amendements rejetés, mais qui interrogent sur toute la pédagogie qu'il sera nécessaire de mettre en œuvre auprès du grand public, lorsque l'on découvre que la sénatrice est, elle aussi, membre de l'Opecst…

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