PROJETS URBAINS. Le maire de Nice, Christian Estrosi, avait créé la surprise, juste avant sa réélection, avec un projet de forêt urbaine en plein centre, qui nécessite la démolition de deux équipements publics. L'appel d'offres de maîtrise d'œuvre vient de se clôturer.

A Nice, le projet choc du maire LR Christian Estrosi de prolonger la coulée verte au centre-ville en rasant le théâtre national et le palais des congrès Acropolis l'an prochain pour créer une "forêt urbaine" sur plus de 13 hectares, fin 2025, est désormais sur les rails. Candidat à un financement de l'Etat via le plan de relance, ce projet de végétalisation urbaine, très à la mode par temps de réchauffement climatique, a franchi une première étape avec la clôture de l'appel d'offres pour les cabinets d'architectes-paysagistes. Le lauréat sera désigné au dernier trimestre parmi cinq présélectionnés.

 

Coût des travaux: 75,6 millions d'euros, selon le montant donné à titre indicatif par l'appel d'offres qui regroupe plusieurs opérations pour prolonger sur huit hectares la Promenade du Paillon, nom de la coulée verte existante, inaugurée en 2013 par Christian Estrosi et plébiscitée par les Niçois.

 

Un projet surprise

 

Le maire de droite avait créé la surprise en annonçant ce projet en janvier 2020, au début de la campagne ayant mené à sa réélection. En France, plusieurs municipalités écologistes ont lancé des programmes de végétalisation mais en privilégiant de "mini-forêts". A Nice, le projet est critiqué par l'opposition. Le Rassemblement national a dénoncé les "travaux répétitifs et massifs" qu'il entraînerait après le coûteux chantier tout juste achevé fin 2019 de la nouvelle ligne de tramway.

 

La gauche a, elle, accusé le maire de ne s'intéresser "qu'à la façade de la ville et de déplacer le béton vers l'ouest" - référence à l'Opération d'intérêt national (OIN) Ecovallée. "Vos projets pharaoniques étaient déjà contestables avant la crise sanitaire, maintenant alors que notre ville se désespère, ils ne sont plus acceptables! Ils nous endettent sur des décennies et contribuent au dérèglement climatique", a lancé l'élue EELV au conseil municipal, Juliette Chesnel-Leroux.

 

Rafraichissement très limité en cas de sécheresse

 

"C'est très bien de planter des arbres, ça rafraîchit les villes, ça réduit la pollution. Sauf qu'il va falloir être très vigilant", notamment sur le choix des essences, prévient le géographe Philippe Rossello, membre du Groupe régional d'experts sur le climat en région Sud Provence-Alpes-Côte d'Azur (Grec-Sud). "Si la sécheresse en été s'accentue avec le changement climatique, à moins d'un arrosage massif, l'évapotranspiration des arbres sera faible et le rafraîchissement aussi", prévient-il.

 

Longeant le Vieux-Nice et construite sur une dalle enchâssant le fleuve Paillon, la Promenade du Paillon permet de déambuler de la mer au Théâtre national de Nice (TNN). Elle offre un pendant arboré à la Promenade des Anglais le long de la Méditerranée. Le prolongement de cet espace vert doit "offrir un espace de vie qualitatif et apaisé avec moins de nuisances sonores, moins de pollution, l'effacement d'équipements devenus inappropriés du fait de leur impact visuel et de leur positionnement --théâtre national et palais des congrès-- et des façades restaurées", souligne la mairie.

 

Démolitions de plusieurs bâtiments publics

 

Le bâtiment du TNN datant de 1989 sera démoli "début 2022", puis en "décembre 2022" le Palais des congrès Acropolis, 38.000 m2 rénovés il y a dix ans pour une capacité de 6.000 congressistes. Ce dernier sera reconstruit à l'entrée de la ville près de l'aéroport. La bibliothèque centrale et un parking seront maintenus sous le jardin, avec le Musée d'art moderne et contemporain (Mamac). Christian Estrosi avait initialement annoncé la démolition de deux hôtels, pas prévenus du projet, qui finalement "feront tout pour s'intégrer au nouveau paysage", a précisé Pierre Messe, directeur du Novotel. Le Théâtre récupèrera une petite salle dans un ancien couvent en rénovation au Vieux-Nice où les travaux retardés par la crise sanitaire doivent s'achever pour janvier-février 2022. Pour la grande salle, l'échéance est plus lointaine, 2024 ou 2025.

 

A Paris, l'éphémère candidat d'En Marche Benjamin Griveaux avait fait une proposition similaire pour créer un "Central Park parisien" et "planter une forêt" en dynamitant la gare de l'Est, avec une facture de 1,5 milliard d'euros à la clé. La mairie PS réélue préfère multiplier les mini-forêts urbaines.

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