SANTÉ. L'Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics (OPPBTP) vient de lancer une nouvelle campagne de sensibilisation sur la thématique des troubles musculo-squelettiques. Dans ce cadre, cinq cents entreprises devraient être accompagnées.

Ils sont la première cause de maladies professionnelles dans le BTP. Les troubles musculo-squelettiques (TMS) continuent de faire souffrir nombre de professionnels du secteur. Des gestes répétitifs, des charges lourdes, des vibrations, des positions contraignantes et des efforts intenses peuvent entraîner leur formation. Outre les problèmes de santé que cela engendre chez les concernés, les TMS ont aussi un impact financier. En effet, 186 millions d'euros de cotisations sont versés par les entreprises du secteur au titre de ces sinistres chaque année, selon la Caisse nationale de l'Assurance maladie (Cnam).

 

"Les TMS sont des maladies à la périphérie des articulations impactant les muscles, tendons, nerfs et disques", explique Pascal Girardot, responsable du domaine usure professionnelle à la direction technique de l'Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics (OPPBTP), lors d'une conférence de presse le 29 mars 2023. "Ce sont d'abord les membres supérieurs qui sont concernés, les épaules et les poignets, puis le dos." Une mauvaise organisation de travail, du bruit, des températures trop hautes ou trop basses et un éclairage agressif sont "des facteurs aggravants", pointe-t-il.

 

Une approche par métier

 

Pour sensibiliser et mobiliser les entreprises et leurs salariés à cet enjeu, l'OPPBTP lance, du 3 avril au 13 mai 2023, une campagne nationale. En partenariat avec l'État, les organisations professionnelles et d'autres acteurs du secteur, l'organisme espère contribuer à la réduction des accidents du travail et des maladies professionnelles. "Nous souhaitons donner envie aux entreprises d'agir, et faire prendre conscience aux salariés de ces enjeux", déclare Paul Duphil, secrétaire général de l'OPPBTP. "L'apparition de douleurs devrait être un signal d'alerte et d'actions mais un certain nombre de professionnels sont résistants et ne veulent pas aller chez le médecin."

 

La campagne reposera sur une approche pratique liée à trois phases clés du chantier, la livraison des matériaux, l'approvisionnement au poste de travail et la réalisation des travaux ; mais aussi sur une approche par métier "pour que chacun s'approprie les messages et outils proposés", précise Pascal Girardot. "Nous savons, par exemple, que les carreleurs et plombiers pourront rencontrer au cours de leur carrière des problèmes de genoux." Des actions seront déclinées en région par des partenaires locaux.

 

Un message positif

 

Pour attirer l'attention de l'ensemble des travailleurs, l'OPPBTP a choisi d'adopter une approche positive, en considérant la prévention "comme un facteur de bien-être". Inspirée d'une ancienne campagne de la Cnam, l'illustration a été détournée pour devenir ludique et amusante. C'est un personnage souriant qui a été dessinée sur le coude d'un travailleur, au-dessus du slogan "Même pas mal". Ce dernier est également le nom de la plateforme qui héberge la campagne et ses solutions.

 

OPPBTP campagne TMS
L'affiche de la campagne de prévention de l'OPPBTP sur les troubles musculo-squelettiques. © OPPBTP

 

Une boîte à outils a été mise en place, regroupant 80 solutions pratiques, des vidéos sur des équipements adaptés et performants, des ressources des partenaires de l'organisme mais aussi des webinaires. Six conférences en ligne seront proposées en fonction des spécificités de six grandes familles de métiers (travaux publics, gros œuvre et maçonnerie, corps d'état secondaire et métiers de la finition, électricité, et plomberie, génie climatique et chauffage). L'OPPBTP n'a pas oublié les futurs ouvriers du secteur. Il a, en effet, imaginé "un kit TMS", composé de jeux et de vidéos, à l'attention des enseignants de CFA.

 

Si la campagne sera déployée sur les supports traditionnels et les réseaux sociaux, l'OPPTBP se mobilise durant trois mois en allant à la rencontre des entreprises. Au total, 500 sociétés bénéficieront d'un accompagnement sur mesure pour les inciter à agir. Un diagnostic ciblé, adapté à leur taille, sera notamment réalisé. "Même les petites entreprises peuvent mettre en place des outils modernes et des actions de prévention", estime Paul Duphil. De nombreuses solutions existent. Une potence de levage sur un camion-benne de moins de 3,5 tonnes peut réduire les manutentions manuelles, et un lève-charges facilite l'installation des climatisations. Les enrobés peuvent aussi s'appliquer mécaniquement avec un minifinisseur. "L'objectif de cette campagne est aussi que les compagnons acceptent, pour certains, de travailler différemment pour se prémunir de certains risques", continue le chef de file de l'organisme.

 

"Préparer la prévention de demain"

 

Présente à la conférence de presse, la sous-directrice des conditions de travail, de la santé et de la sécurité au travail de la Direction général du travail, Amel Hafid, a réagi. "Les TMS sont un fléau. Les pouvoirs publics, les organismes dédiés et les acteurs de la prévention ont le devoir de prévenir ces risques afin de protéger la santé de nos concitoyens et d'éviter la désinsertion professionnelle." Elle a rappelé que certains ouvriers sont "usés par le travail et décrochent. Il existe un phénomène d'exclusion qui a des conséquences à la fois individuelles et collectives dommageables." La représentante de l'État juge que "le fait d'avoir mal n'est pas inhérent aux métiers du BTP" et se félicite de voir les CFA impliqués dans le dispositif. "Nous devons parler aux jeunes, promouvoir les différentes professions et préparer la prévention de demain."

 

 

 

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