Conçu par l’agence Architecture Studio, l’institut du judo à Paris compte 24 000 m2 d’un programme complexe. Face aux 1 100 000 véhicules/jour du périphérique, les façades s’arment de menuiseries à haute qualité isolante. De la fenêtre à 36 dB(A)-route jusqu’aux doubles-fenêtres à 53 dB(A)-route,
les châssis se jouent des contraintes tapageuses grâce à des simulations informatiques : véritable Deus ex machina à l’encontre du périphérique.

A la fin juin 2001 sera achevé le chantier de l’institut national de judo à Paris. Un projet de 24 000 m2 au cœur de la dernière ceinture de la capitale, sur l’ancienne zone dite non aedificandi de l’enceinte de Thiers. L’opération est destinée à regrouper, à l’avenir, l’institut du judo proprement dit, mais aussi un hôtel Formule 1 et l’enseigne commerciale Go Sport. Selon M. Lehmann, de l’agence Architecture Studio, "le projet repose sur deux principes très différents : contextualité et autonomie. Autonomie par la grande coupole qui se détache volontairement de son environnement et ponctue le périphérique d’un nouvel événement. Contextualité par les deux bâtiments linéaires en équerre et les dessertes, donnant à ce territoire une échelle locale qui s’intègre à la logique de la bande programmatique d’équipement de ceinture parisienne". Le chantier, confié à Fougerolles, met en oeuvre des dispositifs acoustiques nécessitant l’assistance d’un programme informatique (voir encadré) et une foule de procédés techniques spécifiques : doubles-fenêtres, mur antibruit en talus le long du périphérique, revêtement acoustique du Dojo, prospect et servitudes... Une démarche dans le droit fil des maîtres d’oeuvres, ouverts à l’innovation et attachés, à chaque nouveau projet, à une réalisation forte et marquante.
"En fait, ce chantier a été un véritable laboratoire d’essais et de recherches acoustiques en site tapageur, suscitant des calculs techniques complexes. Au point que nous avons fait réaliser, par le CSTB, des essais sur des prototypes afin d’accréditer nos calculs", confirme Alain Journet, directeur d’agence de Serbois/serplaste, l’entreprise de menuiserie qui assure la fabrication et la pose des 423 fenêtres les plus exposées.

Châssis de double fenêtre à 53 dB(A)-route.

Constituées de châssis modulaires (en dimension 1 m x 1,5 m ou 1,3 m x 1,5 m, comme en isolation de 36 à 53 dB(A)-route) en PVC de 10 cm d’épaisseur (20 cm pour les doubles-fenêtres), elles sont posées en applique sur un rejingot décalé. Fabriqués à base de profils Rehau, les châssis sont posés avec des tolérances de l’ordre du millimètre. Répondant à la notice acoustique du bureau d’étude Impédance, les châssis préservent un même confort dans chaque chambre (dont
le prix de revient, surprenant pour ce type de réalisation, oscille entre 6 000 et 7 000 F/m2 ). La paroi béton de 18 cm (en moyenne) qui les supportent, est recouverte de panneau de polystyrène expansé ou de laine de roche aux endroits plus sensibles. Pour compléter l’isolation et éviter les fuites acoustiques, une climatisation double-flux a été installée dans l’ensemble des locaux, éliminant ainsi tous les percements des bouches de ventilation. Seul percement autorisé, celui de la clef carrée, mise à la place des poignées dans les chambres d’hôtels, pour permettre l’accès, par l’extérieur, aux pompiers. La dimension nominale des châssis est, d’ailleurs, conforme au passage d’un pompier tout équipé dont la hauteur de passage minimale est de 1,30 m.

Servitude de vue et prospect

Fait aussi exceptionnel dans la salle de judo (5 340 m2 de Shon avec 1 800 places assises extensibles à 2 500 par gradins mobiles), des voliges déjointoyées sont utilisées, en contrepoint des poutres en lamellés-collés, pour laisser apparaître un feutre d’absorption acoustique et éviter les réverbérations. Un véritable tour de force, car il a fallu positionner et fixer les voliges avec un grand soin de finition. La coupole, par son envergure (28 m de hauteur), sert de filtre à l’ensemble du projet et recevra, à terme, un couvrement de cuivre qui s’oxydera, rappelant le capotage d’un véhicule. Même exigence architecturale et technique pour les servitudes : pour parvenir à préserver les vues légales des chambres d’hôtel, la façade du Dojo, le long de la rue privative, s’incline de 18° et contrebalance la poussée de la coupole (prospect à 45° depuis le premier linteau de chambre jusqu’à la hauteur du velum parisien de 25,80 NGF*, gabarit du projet). La façade le long du cimetière, respectant le recul obligatoire, est rythmée par des avancées aveugles légèrement inclinées (2,6°), poussées au maximum. Le parement, plutôt répétitif, de ce bâtiment linéaire, recevra une modénature d’éléments en aluminium entre chaque trumeau et un bandeau lardé de clous inox pour faire ressortir une décoration plus contemporaine. Au final, l’effet de paroi devrait être saisissant ! Le bâtiment lame le long du périphérique, enfin, s’appuyant sur les traces d’un ancien talus, sert de véritable mur antibruit. Doté de pavé de verre d’une trame lâche, cette paroi noire opaque s’animera au gré des événements sportifs, comme des phares dans la nuit...
* NGF : nivellement général de la France

Fiche technique Institut du judo, Paris XIVe
Lieu : 21-23, avenue de la Porte de Châtillon
Maîtrise d’ouvrage : FFJDA, Sofracim
Maîtrise d’oeuvre : Architecture Studio.
Programme : Stade international de Judo (2 500 places) et salle d’entraînement, siège de la FFJDA, hôtel Formule 1, surface commerciale spécialisée et parking
Surface : Shon, 24 000 m2
Calendrier : concours, 1988 ; chantier, 22 mois ; livraison, juillet 2001.
Coût : 160 MF TTC ; lot menuiserie PVC, 870 000 F TTC
Entreprises : Fougerolle, entreprise générale ; Serbois/Serplast, menuiserie PVC ; Impédance, BE acoustique


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