Dix-huit mois après le drame de la rue d'Aubagne, plusieurs collectifs, associations et syndicats dénoncent les conditions de vie indignes à Marseille et les dysfonctionnements manifestes de la municipalité, dans une tribune au quotidien Libération, allant jusqu'à parler d'"homicide par négligence qui se prépare", alors que la France est confinée.

Dix-huit mois ont passé, dix-huit longs mois. Il a fallu le drame de l'effondrement des immeubles de la rue d'Aubagne, huit décès et des milliers de victimes collatérales, pour jeter une lumière crue sur les logements indignes de Marseille. Cinq cents immeubles ont depuis été placés sous arrêté de péril imminent. Pas moins de 4.000 personnes en ont été délogées. Pour quel résultat ? "Un homicide par négligence se prépare" : collectifs, associations et syndicats tirent de nouveau la sonnette d'alarme ce jeudi 16 avril dans une tribune publiée par le journal Libération. Les mots sont forts, mais alors que la France est confinée, secouée par la crise sanitaire et économique due à la pandémie de Covid-19, ils sont d'autant plus nécessaires.

 

L'inquiétude est, en effet, plus que jamais vive pour tous ces habitants de Marseille qui vivent toujours dans des logements indignes et dangereux.

 

Une lettre alarmante des architectes et ingénieurs du Service Sécurité des immeubles de la ville

 

Cette tribune est un appel à des réponses immédiates de la mairie de Marseille, mais aussi du ministère du Logement, afin que ce dernier pallie les carences de la première. Il se fait d'autant plus pressant après l'envoi d'une lettre alarmante des architectes et ingénieurs du Service Sécurité des immeubles de la ville, qui met en cause directement "une chaîne de responsabilité, des hauts-fonctionnaires jusqu'aux élus". Ce courrier a été révélé le 10 avril dernier, par le journal Le Ravi.

 

"Un constant courageux et d'une extrême gravité, établi par celles et ceux qui ont la vie de milliers d'entre nous entre les mains, déclarent les signataires de la tribune du 16 avril, un manque d'effectifs, de matériel, de formations du personnel dans ce service pourtant crucial pour gérer la crise, des burn-out déjà révélés par la presse sans qu'aucune suite ne leur soit donnée." Sont ainsi dénoncés les nombreux dysfonctionnements, dont les conséquences pourraient être dramatiques. Ce sont ainsi par exemple, les signatures d'arrêtés de péril dans des "délais anormalement longs, mettant directement en jeu la sécurité des occupants", ou encore "l'absence de marché d'exécution pour réaliser des travaux d'office lorsque les propriétaires sont défaillants."

 

"Après dix-huit mois de mobilisation des Marseillais(es), et l'espoir qu'avait suscité la signature en juin dernier d'une 'charte du relogement' entre l'État, la ville et les collectifs, l'horizon d'un changement de politique du logement s'éloigne chaque jour. Les fondations d'une politique du logement ignorées. De nouveaux drames se rapprochent irrémédiablement, et se vivent chaque jour dans le confinement des 40 000 logements potentiellement indignes que compte la ville, auxquels s'ajoutent tous les autres logements sur-occupés qui exposent leurs habitants à des risques sanitaires et sociaux. Nous refusons d'attendre de nouveaux morts." Les signataires de la tribune du 16 avril.

 

Les signataires exigent du maire de Marseille la suspension de son adjoint, délégué à la prévention et gestion des risques et destinataire du courrier des architectes et ingénieurs. Ils en appellent également à l'État pour qu'enfin, la situation change à Marseille.

"Face aux carences structurelles et durables du management des services municipaux en charge de la sécurité des immeubles de Marseille, l'Etat, au titre de son pouvoir de police subsidiaire en la matière, doit faire connaître immédiatement la manière dont il entend répondre à cette défaillance de la ville de Marseille afin de garantir la sécurité publique. Nous exigeons des réponses immédiates du maire et du ministre du Logement. Il en va de notre avenir et de celui de notre ville. Il en va de nos vies, plus que jamais."

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