Les perspectives de la construction dans la filière bois en Île-de-France ont été au cœur des échanges, ce mardi 29 avril, à l'occasion du colloque organisé à la Région : "Les forêts franciliennes : des ressources inexploitées ?". Le constat ? La forêt de la région parisienne est sous-exploitée. Et l'industrie de transformation du bois a progressivement disparu. Seule une forte augmentation de la demande pourrait aujourd'hui lui permettre de se restructurer. Explications.

Constatant le décalage entre la ressource forestière locale, la consommation de produits à base de bois et la provenance de ces produits, l'Agence des espaces verts de la région Île-de-France (AEV) a organisé, mardi 29 avril, le colloque "Les forêts franciliennes : des ressources inexploitées ?". Objectif : identifier les facteurs et leviers qui permettront de conforter la filière francilienne et de mieux valoriser les bois de la région. C'est, en effet, un réservoir d'activités et d'emplois sous-exploité selon l'AEV. Qui rappelle un fait méconnu : 25 % de la région est peuplé de forêts, c'est-à-dire : 296.000 hectares… soit autant que la zone urbaine.

 

"Mettre en concurrence les filières bois et béton"
A l'occasion du colloque, Corinne Rufet, vice-présidente de la Région Ile-de-France, chargée de l'Environnement, de l'Agriculture et de l'Energie, a reconnu d'ailleurs que "le gisement de consommateurs bois dans la région devient important pour la filière. Notre objectif reste clair : proposer très vite aux maîtres d'ouvrages des ossatures complètement bois. J'encourage les entreprises du bois à se mettre en concurrence avec les représentants de la filière béton."

 

"Le bois représente un éco-matériau s'inscrivant dans de nombreuses politiques comme celle de la transition énergétique, indique Jean-Luc Dunoyer, directeur territorial, Ile-de-France à l'ONF. Cela représente aujourd'hui plusieurs millions de m² dans les futurs programmes de rénovation énergétique."

 

"14 nouvelles entreprises de construction bois en cinq ans"
Autre signe positif de la construction bois ? "On est passé en cinq ans de 42 à 66 entreprises de construction bois", ajoute Brice Lefranc, délégué général de Francîlbois, l'interprofession de la filière bois en Ile-de-France. La place croissante du bois dans la construction est un enjeu nouveau et de taille, à nous de concevoir, des matériaux, bien produits, bien pensés, réutilisables."

 

Véronique Brichard, présidente de la section des métiers du bois à la Fédération française du bâtiment (FFB) va également dans ce sens. "Le bois est en grande partie sur un marché important et valorisé, "souligne-t-elle.

 

Avant d'ajouter : "Le matériau bois se prête complètement au marché de la rénovation énergétique. On se rend, en effet compte que les Franciliens, par manque d'espace, ont besoin d'agrandir ou surélever leur habitat. Pour répondre à cette demande conséquente, nous nous regroupons avec les entreprises artisanales qualifiées dans les différents corps d'états."

 

Seuls bémols cette année ? "Tout d'abord, nous sommes confrontés à un manque de main d'œuvre de personnels qualifiés et ensuite, nos entreprises naviguent à vue en raison d'une réduction nette des carnets de commandes. Les clients s'engagent globalement à la dernière minute. Et ce changement de comportement des consommateurs est désormais à prendre en compte."

 

"Des réticences culturelles"
Bien qu'étant un mode de construction traditionnel, la construction bois est perçue comme un processus constructif innovant et en pleine expansion mais doit faire face à des réticences "culturelles", s'accordent à dire les professionnels de la filière bois en Ile-de-France.

 

Chiffres à l'appui : la part de la construction dans la filière bois en Île-de-France (13 %) est passée à la vitesse supérieure. Cependant, au sein du secteur de la construction en général, la construction en bois est moins développée en Île-de-France qu'en France (0,5% en Île-de-France contre 2% en France), notamment en raison des spécificités du parc de logements en Île-de-France (Ndlr : nombre d'habitats collectifs supérieur aux logements individuels).

 

D'après un dernier rapport du comité technique publié par Francîlbois, interprofession de la filière bois en Ile-de-France, "l'environnement réglementaire et normatif est historiquement défini autour de la construction béton, présentant un certain nombre de limites dans l'application." L'organisme prend l'exemple des limites dans la mise en œuvre du Code de l'urbanisme, l'exclusion de l'utilisation de parements extérieurs de façade en bois dans les logements de 3ème et 4ème famille, les immeubles de grande hauteur (IGH)…

 

Les bureaux de contrôle par manque de sensibilisation à la construction bois peuvent être bloquants sur certains projets rappellent aussi les représentants de Francîlbois. "Enfin, les architectes et charpentiers ne sont pas tous formés à la construction bois et n'optent pas forcément pour les principes constructifs optimums, impactant de manière défavorable le coût de la construction", concluent les experts.

 

Quel avenir pour le bois-énergie ?
Toutefois, une question débattue au colloque régional reste entière : celle de l'avenir du bois-énergie. "Même si elle bénéficie d'un prix moins important que les chaudières à gaz, c'est la piste la plus gourmande en ressources, indiquent des représentants de l'Agence des espaces de la région Ile-de-France. La combustion de bois est responsable d'une partie des pollutions aux particules fines. Plus le bois est sec, meilleur sera le rendement et il émettra moins de particules fines. Le bois peut être une opportunité d'un point de vue écologique à condition de maîtriser la qualité des produits."

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