Alors que plus de 161 sites en France seront ouverts les 31 mai et 1er juin pour l'opération "Carrières et matériaux à cœur ouvert" pilotée par l'organisation interprofessionnelle des carrières et matériaux de construction, son président, Didier Riou, dresse le bilan d'activité et définit les priorités de la filière. Entretien.

Batiactu : A la fin de la semaine, l'Unicem, "fait découvrir aux petits et aux grands le monde peu connu et pourtant passionnant des carrières et matériaux minéraux". Quel est le but de la troisième édition de cette opération ?
Didier Riou :
Près de 161 sites exploités par ses adhérents seront ouverts les 31 mai et 1er juin prochains à travers la France. La précédente édition, en 2009, avait accueilli 53.000 visiteurs sur 150 carrières de sables et de graviers.

 

Nous voulons profiter de cette opération pour faire comprendre le 'monde mystérieux' des matériaux de notre quotidien et les atouts de la filière minérale. Mais aussi mettre en lumière le dynamisme d'une industrie, point de départ de la filière construction minérale, forte de groupes mondialement connus pour leur capacité d'innovation, mais aussi de 3.500 PME présentes sur l'ensemble du territoire.

 

Le deuxième objectif : vanter les atouts de la filière. On se rend compte aujourd'hui que le temps de parole a été dominé par la démarche environnementale et l'on veut revenir à un terme essentiel : la conception responsable.

 

La filière minérale a, en effet, un gros atout : elle est aussi bonne que le bois, par exemple. Nous nous apercevons qu'en construisant avec nos produits, nous faisons des choix responsables sur le plan de la performance énergétique, sociale et environnementale. Dans les années 1970, la filière a pris de grosses claques, après avoir rencontré de nombreux abus. Depuis, les entreprises ont pris conscience de l'importance environnementale et à ma connaissance, à ce jour, il n'y a plus d'abus. Pour rappel : il faut en moyenne 12 ans à un indépendant pour obtenir une délivrance de permis, son dossier de candidature est passé aujourd'hui au crible par les services de l'Etat.

 

Batiactu : Vous avez défini l'an dernier vos priorités, lors de votre nomination à la tête de l'UNICEM en juin dernier, quelles sont-elles ?
Didier Riou :
Notre filière de construction minérale est un acteur clé de la construction durable et de l'aménagement du cadre de vie. Elle affiche un haut degré d'excellence professionnelle, en particulier en contribuant globalement de manière positive et exemplaire à la biodiversité dans notre pays, mais aussi en protégeant et développant les emplois locaux.

 

Ces deux contributions fortes, environnementales et sociales, sur des sujets de société qui sont des préoccupations majeures de nos concitoyens, sont au cœur de notre nouvel engagement développement durable. Elles doivent être connues de tous et inciter le pouvoir politique à aider au développement, bénéfique pour le territoire, de notre filière plutôt que de laisser se développer des entraves contraires à l'intérêt général.

 

Batiactu : La politique de la sécurité dans les carrières demeure également inscrite au cœur de votre stratégie, pouvez-vous nous la développer ?
Didier Riou :
Dans notre stratégie de développement durable lancée fin 2012, s'il est un axe qui me tient particulièrement à cœur, c'est celui qui concerne nos ambitions de progrès en matière de santé et sécurité pour nos collaborateurs. En effet, nos statistiques de taux de fréquence des accidents du travail - même si elles sont comparables à celles des autres industries françaises - ne peuvent en aucune manière être considérées comme satisfaisantes. Ainsi, les secteurs du béton prêt à l'emploi et des carrières de roches meubles enregistrent encore aujourd'hui des taux de fréquence de 20 % et les carrières de roches massives (Ndlr : pierre et granulats) de 30 %. Ces chiffres correspondent aux moyennes de la profession. Alors que les meilleurs d'entre nous se situent en dessous de 10 et parfois même de 5, de trop nombreuses sociétés atteignent encore des taux de fréquence de 40, voire de 50…

 

La sécurité n'est pas un simple objectif, c'est une valeur, une éthique morale qui doit en être présente au quotidien à l'esprit de tout patron, de tout manager, de chaque employé : il n'est plus tolérable de tuer quelqu'un dans une carrière. Faisons alors de la sécurité le premier enjeu de notre stratégie de développement durable. Nous comptons diviser par deux les taux de fréquence sur les cinq prochaines années.

 

Batiactu : L'adoption d'un nouveau référentiel, la certification ISO 9001, la multiplication de manifestations en région… Le bilan est plutôt positif pour la charte environnementale déployée par l'Unicem en 2012 ?
Didier Riou :
Le fait marquant de l'année 2012 a été, en effet, l'adoption d'un nouveau référentiel de progrès environnemental mieux adapté aux enjeux de la profession et plus proche des besoins de nos adhérents et de nos partenaires. Dès juillet dernier, tous les audits environnementaux ont donc été menés selon une grille aux exigences renforcées. Les thèmes existants ont été complétés et actualisés en tenant compte de l'évolution des pratiques, alors que les thèmes de la biodiversité et de la maîtrise des énergies ont été ajoutés. Par ailleurs, le nombre de sites engagés dans la démarche de la charte a continué de progresser en 2012 pour atteindre 1.058 à la fin de l'année.

 

Batiactu : Qu'en est-il des progrès réalisés sur le terrain ?
Didier Riou :
Avec les 63 sites ayant obtenu la validation durant l'année, 449 ont été validés en 2012 à ce niveau depuis le lancement de la charte (contre 386 à fin 2011), soit 42 % de l'ensemble des sites engagés. De plus, une vingtaine de ces sites ont choisi d'adopter une démarche thématique de progrès et dix avaient déjà validé une mention à la fin de l'année.

 

Batiactu : Enfin, malgré la légère embellie pour les matériaux de construction au mois d'avril dernier, quel regard portez-vous sur la conjoncture au sein de votre filière ?
Didier Riou :
Même si d'après les chiffres de notre dernière enquête mensuelle, les livraisons de granulats et de béton prêt à l'emploi (BPE) ont connu des rebonds respectifs de +10,3 % et +7,7 % par rapport au mois précédent, la conjoncture n'est pas très bonne. Les livraisons de granulat et de béton prêt à l'emploi vont baisser respectivement de 3 % en volume et globalement, nous observons une baisse générale de livraisons de l'ordre de 20 % depuis 2007.

 

Le contexte général demeure quant à lui bien morose : l'économie française est entrée en récession au premier trimestre de l'année avec un repli du PIB modéré de -0,2 % sur deux trimestres consécutifs. Nous observons donc une activité toujours dégradée, malgré des carnets de commandes relativement stables et une stabilisation des perspectives dans le segment résidentiel. Par conséquent, notre filière ne demande pas de subventions auprès de l'Etat mais davantage d'équité, par exemple, par rapport à la filière bois. Les architectes français ne construisent pas tout en bois. Il est donc important de rappeler que nous représentons avant tout une filière d'excellence, au sein de laquelle la construction dure.

 

L'Unicem en chiffres
La fédération regroupe 17 syndicats, soit au total la quasi-totalité des industries extractives de minéraux (granulats, minéraux industriels, chaux, roches ornementales …) et des fabricants de matériaux de construction (béton, mortier, plâtre…) et représente près de 1.200 membres. Le secteur compte 3.500 entreprises, 60.000 emplois et enregistre un chiffre d'affaires de 10 milliards d'euros.

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