TECHNOLOGIE. Le LiFi, une solution de connexion à Internet qui repose sur des impulsions lumineuses plutôt que sur des radiofréquences, connaît un développement continu, notamment de la part d'acteurs français. Entretien avec Benjamin Azoulay, directeur général d'Oledcomm, une société née en 2012.

"La technologie de communication par la lumière n'est pas nouvelle. Elle est même ancienne puisque Alexandre Graham Bell a inventé le 'photophone' qui consistait à allumer-éteindre un projecteur pour transmettre un message. Mais le télégraphe a été plus rapide à se développer", nous raconte Benjamin Azoulay, directeur général d'Oledcomm, société française pionnière du LiFi. "Ce qui a tout changé aujourd'hui, c'est l'avènement de la LED, qui s'impose partout et qui est plus durable que les autres sources lumineuses. Le semi-conducteur s'allume instantanément et peut clignoter plusieurs millions de fois par seconde, ce qui est totalement imperceptible". D'où l'idée d'utiliser ces impulsions de lumière pour coder et envoyer des données. La technologie présente un gros avantage : elle n'émet aucune onde radiofréquence dans l'environnement et reste focalisée sur une zone précise.

 

Une liaison "wireless" sécurisée

 

Une caractéristique intéressante pour de nombreuses applications d'accès à Internet, comme nous le détaille Benjamin Azoulay : "C'est très apprécié dans le monde hospitalier, dans les crèches où l'on n'a pas le droit d'exposer les enfants à des ondes radiofréquences, ou dans l'industrie dans les environnements à atmosphère explosive notamment". Les rayons lumineux ont cet avantage de ne pas traverser les murs ni les corps, et de ne pas s'égayer dans toutes les directions alentours, sans aucun contrôle. "Cet aspect est important pour la sécurisation informatique que ce soit dans le monde de la banque, de l'assurance ou celui de la défense", poursuit-il. La connexion reste confinée à la pièce où se trouvent émetteurs et récepteurs LiFi. Côté performances, la liaison par la lumière n'a pas à rougir, bien au contraire. Le directeur général d'Oledcomm avance : "La vitesse potentielle est énorme : 224 Gbits à la seconde ont été atteints à Oxford dans un laboratoire. Cependant, les émetteurs-récepteurs nécessitent d'être refroidis à l'azote liquide… Toutefois, le LiFi surclasse nettement les ondes radiofréquences". D'autant que, contrairement aux ondes radio, dont la bande passante risque de se saturer à l'avenir avec la multiplication des objets connectés, l'utilisation des ondes lumineuses est gratuite (pour l'instant) et quasi-infinie.

 

La société Oledcomm travaille à la conception d'émetteurs-récepteurs LiFi depuis une décennie. Issue des travaux de laboratoires de Paris-Saclay, elle a été officiellement créée en 2012 et fait aujourd'hui partie des grands acteurs français du secteur. "Nous concevons des émetteurs-récepteurs. MyLiFi était une lampe de bureau, dont le design a été confié à Pierre Garner, qui a connu un gros succès. Elle est d'ailleurs exposée chez EDF à Electropolis. En 2018, nous avons remporté deux prix au CES de Las Vegas", relate Benjamin Azoulay. "Cette année, notre technologie a évolué du BtoC vers le BtoB avec LiFiMax, qui vise le marché professionnel". La solution est un point d'accès à Internet, sorte de petit routeur lumineux à poser au plafond d'une salle de réunion, capable de gérer jusqu'à 16 utilisateurs en simultané. Chaque device à connecter devra être branché sur un petit récepteur, en port USB, capable de communiquer avec le plafonnier LiFi. "Il se branche aussi bien sur un PC que sur une tablette. Et nous développons un port Lightning", nous révèle le spécialiste. "L'utilisation est un réel Plug&play puisqu'il n'y a aucun driver à installer". Grâce à cette solution, il est possible d'obtenir une connexion descendante (download) à 100 Mb/seconde et une liaison montante (upload) de 40 Mb/s. Des chiffres qu'Oledcomm revendique comme les meilleurs du monde face à ses concurrents directs comme Luciom (Philips Lighting) qui est à 30 Mb/s, et PureLiFi qui plafonne à 53 Mb/s.

 

LiFi
LiFi © OledComm

 

Vers du LiFi natif

 

L'étape suivante, pour la société française, sera de parvenir à intégrer sa technologie directement dans les appareils : dans des "multicapteurs" au plafond, qui gèreront en même temps la présence/absence dans des salles de réunion ou la température et la qualité de l'air par exemple. A l'autre extrémité, il faudra également que les objets communicants (smartphones, tablettes, ordinateurs portables), embarquent une puce dédiée. D'après Benjamin Azoulay, les premiers téléphones compatibles à la fois 5G/Wifi et LiFi devraient apparaître sur le marché en 2023-2024, le temps que la solution se miniaturise encore. La technologie devrait également se répandre dans différents champs comme l'aéronautique (pour que les passagers puissent surfer en haut débit pendant le vol, sans perturber les instruments de navigation de l'avion) ou l'automobile (pour que les véhicules autonomes puissent communiquer entre eux et avec les infrastructures). Côté domotique, les applications sont plus floues. Le directeur général nous explique : "Nous en parlons avec Somfy mais nous cherchons toujours des cas d'usages. Sans doute pour les familles qui craignent l'hyper-connectivité de leurs enfants et veulent contrôler l'accès à Internet avec moins de mobilité. Ou ceux qui veulent préserver leurs enfants en bas âge des radiofréquences". Dans le monde scolaire, l'apparition de tablettes éducatives durcies et communicant sans ondes radio pourrait également être intéressante.

 

Tout l'enjeu, outre la miniaturisation des émetteurs-récepteurs dans les prochaines années, sera également de mettre en place des standards internationaux s'appuyant sur ceux du WiFi (IEEE 802.11). Le dirigeant d'Oledcomm conclut : "La compatibilité 5G/WiFi/LiFi est fondamentale pour que l'utilisateur puisse passer d'une connexion à l'autre suivant la sécurité requise, suivant la bande passante disponible ou suivant sa localisation. Le LiFi est une technologie complémentaire aux autres, qui ne s'y substituera pas mais qui viendra les délester ponctuellement, pour libérer de la bande passante". La lumière ne fera donc pas d'ombre aux autres technologies mais viendra habilement leur apporter de la souplesse.

 

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