TECHNOLOGIES. La 4e vague de la Révolution industrielle est à l'œuvre avec le déploiement massif du numérique et le recours aux données. La France apparaît en retard par rapport aux autres puissances mondiales alors que ce virage vers les nouvelles technologies pourrait être une opportunité économique. L'Institut Montaigne livre sa vision des PME et ETI du futur.

Le poids de l'industrie a diminué ces 15 dernières années dans les économies développées, et particulièrement en France, où elle ne représente plus que 10,2 % du PIB (contre 14,4 % dans l'UE). Une situation liée à des difficultés structurelles et conjoncturelles, avec des coûts élevés par rapport à la concurrence ou un déficit d'image de marque ou de réseaux de distribution à l'étranger. L'arrivée de la quatrième phase de la Révolution industrielle pourrait cependant être l'occasion, pour les petites et moyennes entreprises françaises (PME et ETI), de rebondir en prenant à temps le virage du numérique. L'Institut Montaigne livre un rapport, intitulé "Industrie du futur, prêts, partez !", qui décortique ces questions, plus complexes pour les structures de taille intermédiaire que pour les grands groupes qui disposent de moyens et d'outils adaptés.

 

 

Entrer de plain-pied dans l'ère de la donnée

 

Premier constat : les dirigeants des PME et ETI françaises sont encore trop peu nombreux à ses soucier de la transformation de leur entreprise. Selon un sondage BpiFrance, seuls 13 % considéraient comme stratégique cette évolution en 2017. Pourtant le digital, dont la profondeur reste encore méconnue, pourrait être un levier important de redynamisation de tout le secteur industriel. Avec le concours du Boston Consulting Group, l'Institut Montaigne a élaboré une approche particulière pour les pouvoirs publics, les entreprises et la société civile afin de mettre en place des "centres d'accélération" sur tout le territoire. Neuf piliers technologiques ont d'abord été identifiés dont beaucoup peuvent concerner les produits de la construction et les fabricants de systèmes : blockchain (pour le monde de l'énergie décentralisée), cloud & cybersécurité, Internet des objets (pour la domotique), big data & intelligence artificielle, robots collaboratifs & smart machines, outils de simulation avancée (pour la conception), impression 3D & matériaux innovants, réalité augmentée (pour l'immobilier et l'aménagement mais aussi pour l'entretien)…

 

Et les bénéfices de l'adoption de ces nouveaux procédés s'appuyant sur les datas et les capacités de calcul sont nombreux. Tout d'abord en renforçant la compétitivité avec des gains espérés de l'ordre de +10 à +20 % sur les coûts de fabrication (hors matières premières). Pour les employés, l'adoption de solutions robotisées ou cobotisées pourrait améliorer les conditions de travail et prévenir les TMS. Enfin, côté environnemental, les activités industrielles réduiraient ainsi leur impact en minimisant le gaspillage. L'Institut Montaigne note toutefois "des inquiétudes - légitimes - sur les emplois, le contenu même de ces derniers et les compétences attendues", avec une disparition, à terme, des métiers les moins qualifiés.

 

 

Fédérer au-delà des pôles de compétitivité

 

Mais comment favoriser le déploiement de l'industrie 4.0 en France ? Le rapport cite les exemples de l'Allemagne et des Etats-Unis, qui auraient d'ores et déjà "structuré l'écosystème au service des entreprises". Outre-Rhin, 19 centres d'excellence dans les Länder autorisent les sociétés à venir tester et mieux comprendre les nouvelles technologies en collaboration avec les milieux universitaires et les centres de recherche. De l'autre côté de l'Atlantique, ce sont les secteurs industriels qui proposent d'identifier et tester les solutions pertinentes aux problématiques rencontrées, en bénéficiant d'importantes subventions publiques. Dans l'Hexagone, les efforts de financements, seraient trop fragmentés pour être efficaces même si "plusieurs initiatives vont dans le bon sens" : soutien à l'impression 3D ou à la robotisation, Alliance pour l'industrie du futur… Ne manquerait qu'une coordination et de rationalisation, en fédérant pôles de compétitivité, centres techniques des industries mécaniques et instituts publics de recherche type CEA. Les "centres d'accélération" aideraient les startups à se développer, y compris en mobilisant des offres de financements et de formations de tous niveaux (masters et doctorats mais également licences et BTS, alternance et apprentissage et formation continue pour les dirigeants). L'occasion pour les 1.800 ETI industrielles et les 50.000 PME françaises de faire (une partie) de leur retard ?

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