RSE. Quels items un investisseur ou gestionnaire d'actifs doit-il considérer pour répondre à des enjeux à la fois environnementaux, sociétaux et de gouvernance ? L'Observatoire de l'immobilier durable (OID) s'est penché sur la question et a défini 18 indicateurs clés. Explications

Alors que la finance responsable se structure et que le cadre réglementaire évolue rapidement pour favoriser une gestion responsable des actifs, le monde de l'immobilier s'interroge sur la pertinence des indicateurs à suivre en priorité : biodiversité ? Impact sociétal ? Mobilité durable ? Empreinte carbone ?... Afin d'y voir plus clair, l'Observatoire de l'immobilier durable (OID) propose, pour ses chiffres de 2018, de dépasser la seule performance énergétique des bâtiments pour élargir le scope aux enjeux "environnementaux, sociétaux et de gouvernance" (ESG).

 

Le respect de l'environnement en tête

 

Pour parvenir à dégager les principaux axes, c'est plus de la moitié du secteur de l'immobilier d'investissement en France (56 % précisément) qui a été scrutée : sociétés civiles de placements immobiliers, organismes professionnels de placement collectif (OPCI), investisseurs institutionnels et sociétés d'investissement immobilier cotée (SIIC), tous ont été observés. Le montant global des biens incorporés dans le périmètre de l'OID atteint les 338 Mrds €, dont un tiers chez les investisseurs institutionnels et un quart géré par des SIIC. Un benchmark des référentiels d'évaluation extra-financière a été réalisé afin d'identifier les fameux critères les plus importants. L'Observatoire note : "La majorité des référentiels prend en compte la qualité du reporting sur les démarches extra-financières (transparence, exhaustivité, périodicité, fiabilité) et l'existence d'indicateurs, d'objectifs et d'initiatives sur certains thèmes".

 

Sans surprise, les plus courants sont ceux portant sur des notions environnementales : énergie, climat, eau, déchets et obtention de certifications ou de labels. Pour les SIIC, c'est l'énergie qui arrive en tête (96 %) loin devant la biodiversité (57 %), tout comme pour les fonds non cotés (SCPI et OPCI grand public) qui placent la question énergétique en tête (49 %) devant celle des ressources et déchets (36 %). Chez les investisseurs institutionnels, c'est l'eau qui domine les indicateurs (80 %) devant le carbone (76 %). Les problématiques liées à l'humain n'arrivent qu'ensuite chez tous les acteurs de l'immobilier durable : la publication de plans d'actions engageant des achats responsables concernent 46 % des SIIC, tandis que celle d'un impact social positif est constatée dans 40 % des cas. Pour les SCPI et OPCI, le "confort et bien être" est suivi à 29 % et la mobilité à 24 %. Enfin, pour les investisseurs institutionnels, la santé et la sécurité des occupants disposent d'indicateurs dans 32 % des cas.

 

Des objectifs hétérogènes selon les acteurs

 

L'OID a, en tout, relevé 39 items différents, relevant des enjeux environnementaux, sociétaux et de gouvernance, qu'elle a ensuite trié et classé selon leur "niveau de matérialité". Ainsi, les enjeux "matériels" doivent être acceptés comme étant prioritaires pour tous les acteurs, alors que les "non matériels" sont davantage liés à des contraintes réglementaires plus larges (Droits de l'Homme, conditions de travail, rémunération des salariés). Julien Mauffrey, directeur des études chez Aspim, témoigne : "Il est notable que les différents acteurs de l'immobilier d'investissement ont des objectifs et des obligations très hétérogènes, mais ils ont tous un point commun : l'actif immobilier. Et c'est bien à ce niveau que sera évaluée l'appréhension des enjeux ESG, notamment pour les professionnels de fonds non cotés que nous représentons". L'expert estime que se positionner au niveau de l'actif permet d'avoir une perspective plus opérationnelle des actions déployées, ce qui est une vision plus fine que celle généralement adoptée par les gestionnaires.

 

Sur tous les critères évalués, 18 ont été retenus par l'Observatoire de l'immobilier durable (voir encadré). Outre les classiques "Energie", "Carbone", "Eau", "Déchets", "Biodiversité" ou "Mobilité", on voit apparaître les thématiques liées aux occupants : "Sécurité & santé", "Confort & bien-être", "Accessibilité", "Impact territorial & emploi" ou "Services rendus". Enfin, à l'échelle non plus des actifs mais des équipes en charge de l'investissement et de la gestion immobilière, l'OID met en avant une "Ethique des affaires", des "Achats responsables" ou encore une meilleure gouvernance prenant en compte tous les enjeux susmentionnés.

 

Les dix-huit enjeux ESG retenus :
E1. Energie
E2. Carbone
E3. Ressource & déchets
E4. Eau
E5. Biodiversité
E6. Mobilité & déplacements
E7. Résilience au changement climatique
S1. Sécurité & santé des occupants
S2. Confort & bien être
S3. Impact territorial & emploi
S4. Accessibilité
S5. Services rendus aux occupants
S6. Impact social positif
G1. Ethique des affaires
G2. Intégration des enjeux ESG dans la politique d'investissement, gestion, contrôle des risques
G3. Relations parties prenantes
G4. Gouvernance interne
G5. Achats responsables

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