Le récent démantèlement de deux filières de travail clandestin dans le milieu du BTP dans l'Ouest et en Corse conduit désormais des entrepreneurs du BTP à réclamer l'ouverture des frontières, afin de sauver un secteur à fort potentiel de croissance mais qui n'attire pas la main d'oeuvre française.

Les perspectives apparaissent d'autant plus sombres à ces entreprises que la réforme des retraites va conduire dès 2004 environ 12.000 employés à mettre fin à une carrière entamée à un très jeune âge.
"Ce sont surtout des chefs d'équipe expérimentés", constate Thierry Danjou, président de la Fédération française du bâtiment (FFB) d'Ille-et-Vilaine selon lequel "tous les indicateurs laissent penser qu'on ne s'en sortira pas tous seuls". Et de plaider pour une "politique des quotas" d'immigration afin de ne pas laisser se développer le travail clandestin.

Dernièrement, la FFB 35 a exprimé son "inquiétude" après la mise en examen d'une dizaine de personnes, dont le PDG de la société SA Cardinal (300 salariés), pour "recours au travail dissimulé" ou "dissimulation de salariés".
L'enquête a mis en cause 14 entreprises sous-traitantes employant 104 salariés turcs, dont au moins 45 n'étaient pas déclarés. Certains ne disposaient pas de titre de travail, voire de titre de séjour.
Ces sous-traitants faisaient parfois appel à de la main-d'oeuvre clandestine recrutée en région parisienne et logée en Bretagne, pour partie payée de la main à la main et sans respect de la durée légale de travail.

Début décembre, une trentaine de personnes, dont 19 chefs d'entreprises, du secteur du bâtiment essentiellement, ont été interpellés en Corse. Ils sont soupçonnés de recourir à une agence clandestine de recrutement de travailleurs non déclarés qu'elle faisait venir du Portugal illégalement.

Pour la FFB 35, ces pratiques d'intermédiaires "peu scrupuleux" ont été rendues possibles par une "pénurie de main d'oeuvre chronique" qui ne pourra être résorbée, selon elle, que par "le recours à une main d'oeuvre étrangère nécessaire dans certains métiers, notamment ceux du gros oeuvre".
"Le bâtiment se porte pas trop mal par rapport à l'activité économique dans son ensemble et les perspectives de croissance sont bonnes. En Ille-et-Vilaine le marché est très bon et présente une bonne visibilité sur 10 ans", affirme Thierry Danjou selon lequel l'activité continue de pâtir d'une "mauvaise image" malgré les efforts accomplis ces dix dernières années, notamment en matière de rémunérations "qui ont augmenté plus vite que la moyenne en France".

Si le recours à une main d'oeuvre étrangère qualifiée apparaît à ses yeux indispensable ce n'est pas faute d'avoir exploré d'autres voies.
En Ille-et-Vilaine, les entrepreneurs ont lancé une opération "bâti-jeunes" qui a permis à quelque 120 collégiens de visiter des chantiers en vue de leur faire découvrir les métiers du bâtiment.
Même les jeunes filles ne sont pas en reste. "On aimerait bien leur inculquer l'idée que tous les emplois leur sont ouverts", espère Thierry Danjou en pensant aux métiers d'électricien, de peintre ou de carreleur.

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